Probabilités
Variance, covariance et couples
- Présentation du cours
- Du dé aux probabilités
- Le vocabulaire du hasard
- Compter sans énumérer
- Permutations et arrangements
- Les combinaisons
- Les axiomes et les premières règles
- Conditionnement et indépendance
- Le théorème de Bayes
- La variable aléatoire
- Loi et fonction de répartition
- L'espérance mathématique
- Variance, covariance et couples
- Bernoulli et la loi binomiale
- Géométrique et Poisson
- Étude de cas : un portefeuille de crédits
- Du discret au continu
- Uniforme et exponentielle
- La loi normale
- Les lois dérivées et la carte des lois
- La loi des grands nombres
- Le théorème central limite
- Mise en œuvre sur R et Python
Probabilités
Chapitre 11 : Variance, covariance et couples
Mesurer le risque
La même espérance, deux risques
La définition
Variance et écart-type
V(X) = E\big[(X - E(X))^2\big] = \sum_i p_i\big(x_i - E(X)\big)^2
\sigma(X) = \sqrt{V(X)}
Formule de König-Huygens, transposée
V(X) = E(X^2) - \big[E(X)\big]^2
C’est mot pour mot V(x) = \overline{x^2} - \overline{x}^2. Moyenne des carrés moins carré de la moyenne — et c’est toujours cette forme qu’on utilise pour calculer.
Le calcul sur le dé
Les deux voies donnent le même nombre
E(X) = 3{,}5 \qquad E(X^2) = \frac16(1+4+9+16+25+36) = \frac{91}{6} \approx 15{,}167
V(X) = 15{,}167 - 12{,}25 = 2{,}917 \qquad \sigma(X) = 1{,}708
Ce que l’écart-type apporte de plus
V(X) s’exprime en points carrés : un nombre qu’on ne peut pas interpréter.
\sigma(X) = 1{,}708 s’exprime en points de dé. Un lancer s’écarte en moyenne de 1{,}7 point de la valeur 3{,}5 : cette phrase a un sens, celle sur la variance n’en a pas.
Les propriétés
Trois règles
V(aX + b) = a^2\,V(X) \qquad\qquad \sigma(aX+b) = |a|\,\sigma(X)
V(X + Y) = V(X) + V(Y) + 2\,\mathrm{cov}(X,Y)
Deux lectures immédiates
La constante b disparaît : translater une distribution ne change pas sa dispersion.
Le coefficient a apparaît au carré, parce que la variance est une moyenne de carrés. Doubler les enjeux d’un pari quadruple sa variance, mais ne fait que doubler son écart-type.
Les couples de variables
Deux variables ensemble
Le vocabulaire, déjà connu
Les trois lois d’un couple
| Nom | Définition | Équivalent descriptif |
|---|---|---|
| Jointe | p_{ij} = P(X = x_i, Y = y_j) | tableau de contingence |
| Marginales | p_{i\bullet} = \sum_j p_{ij} | distributions marginales |
| Conditionnelles | P(Y = y_j \mid X = x_i) = \dfrac{p_{ij}}{p_{i\bullet}} | profils-lignes |
Indépendance de deux variables
X et Y sont indépendantes si, pour tout couple de valeurs,
p_{ij} = p_{i\bullet} \times p_{\bullet j}
soit : chaque case est le produit de ses deux marges.
La covariance
Elle vient de la variance
V(X) = E\big[(X - E(X))(X - E(X))\big]
Le second facteur devient l’écart de l’autre variable :
\boxed{\;\mathrm{cov}(X,Y) = E\big[(X - E(X))(Y - E(Y))\big] = E(XY) - E(X)E(Y)\;}
La conséquence immédiate
\mathrm{cov}(X,X) = V(X)
La variance est la covariance d’une variable avec elle-même. Une seule formule pour les deux notions, exactement comme dans le cours de statistique descriptive.
Indépendance et covariance
Une implication à sens unique
X, Y \text{ indépendantes} \;\Longrightarrow\; \mathrm{cov}(X,Y) = 0
La réciproque est fausse. Une covariance nulle n’exclut qu’une liaison linéaire.
La conséquence sur la variance d’une somme
Si X et Y sont indépendantes :
V(X + Y) = V(X) + V(Y)
C’est la seule situation où les variances s’additionnent — et c’est pourquoi l’hypothèse d’indépendance revient si souvent.
Le coefficient de corrélation
Normaliser la covariance
\rho(X,Y) = \frac{\mathrm{cov}(X,Y)}{\sigma(X)\,\sigma(Y)} \qquad\qquad -1 \leq \rho \leq 1
La diversification, écrite en une ligne
Deux actifs de rentabilités X et Y :
V(X+Y) = V(X) + V(Y) + 2\rho\,\sigma(X)\sigma(Y)
- \rho > 0 : les actifs montent et descendent ensemble, le risque dépasse la somme des risques ;
- \rho = 0 : les risques s’additionnent ;
- \rho < 0 : les pertes de l’un compensent les gains de l’autre, le risque diminue.
Diversifier, c’est chercher des corrélations basses. Markowitz n’a rien écrit d’autre.
L’écart-type du portefeuille
Le fil conducteur, chiffré
Les 200 crédits, sous l’hypothèse d’indépendance
Chaque X_i est une indicatrice de paramètre p = 0{,}04 : V(X_i) = p(1-p) = 0{,}04 \times 0{,}96 = 0{,}0384
Les crédits étant supposés indépendants, les variances s’additionnent : V(X) = 200 \times 0{,}0384 = 7{,}68 \qquad \sigma(X) = 2{,}771
La lecture prudentielle
E(X) = 8 défauts, \sigma(X) = 2{,}77. La banque doit donc provisionner non pas 8 défauts, mais 8 plus quelques écarts-types.
L’espérance donne la provision ; l’écart-type donne le capital. Toute la réglementation bancaire tient dans cette distinction.
Ce que l’indépendance a permis — et ce qu’elle cache
Le chiffre 2{,}77 dépend entièrement d’une hypothèse
Si les défauts étaient corrélés à \rho = 0{,}2, la variance gagnerait les 200 \times 199 termes de covariance : \sigma passerait de 2{,}8 à plus de 12.
Le nombre moyen de défauts, lui, n’aurait pas bougé — l’espérance est insensible à la corrélation.
La leçon de 2008, en une phrase
Les modèles ne se sont pas trompés sur les pertes moyennes. Ils se sont trompés sur leur dispersion, parce qu’ils avaient supposé nulle une corrélation qui ne l’était pas.
Le risque n’est pas dans l’espérance : il est dans les covariances.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Sept points
- V(X) = E(X^2) - [E(X)]^2 : König-Huygens, transposé mot pour mot.
- \sigma(X) s’interprète, V(X) non : elle est dans le carré de l’unité.
- V(aX+b) = a^2 V(X) : la constante disparaît, le coefficient est au carré.
- Loi jointe, marges, conditionnelles : le tableau de contingence, avec des probabilités.
- \mathrm{cov}(X,Y) = E(XY) - E(X)E(Y), et \mathrm{cov}(X,X) = V(X).
- Indépendance entraîne covariance nulle ; la réciproque est fausse.
- Les variances ne s’additionnent que sous indépendance — l’espérance, elle, s’additionne toujours.
La suite
Toute la machinerie est en place : loi, répartition, espérance, variance, covariance.
Reste à l’appliquer aux quelques lois qui décrivent la plupart des situations réelles. La cinquième partie s’ouvre sur celle qui les commande toutes : Bernoulli et la binomiale.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)