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Probabilités

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Probabilités

Chapitre 1 : Le vocabulaire du hasard

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

24 septembre 2026

Décrire une expérience

Pourquoi un vocabulaire

Un chapitre court, mais qui décide de tout

Les erreurs de probabilité sont rarement des erreurs de calcul. Ce sont presque toujours des erreurs de description : on a mal listé ce qui pouvait arriver.

Trois mots suffisent à éviter la plupart d’entre elles : expérience, univers, événement. Ce chapitre les pose, et rien de plus.

Expérience aléatoire

Une expérience aléatoire est une opération dont on connaît à l’avance tous les résultats possibles, mais pas celui qui se produira.

Deux conditions donc : la liste est connue, le tirage ne l’est pas.

L’univers

Univers

L’univers, noté \Omega, est l’ensemble de tous les résultats possibles de l’expérience. Chacun de ses éléments est une éventualité.

Quatre univers
Expérience Univers \Omega Taille
Lancer un dé \{1,2,3,4,5,6\} 6
Lancer deux dés \{(1,1),(1,2),\dots,(6,6)\} 36
Un crédit \{\text{sain},\ \text{défaut}\} 2
Durée de vie d’une machine [0 ; +\infty[ infini

L’univers (suite)

Le choix de l’univers n’est pas neutre

Pour deux dés, on peut décrire le résultat par le couple (3,5) ou par la somme 8. Les deux descriptions sont légitimes, mais elles ne donnent pas les mêmes probabilités.

Avec les couples, les 36 issues sont équiprobables. Avec les sommes, elles ne le sont pas : 7 s’obtient de six façons, 12 d’une seule.

La règle de méthode à retenir

Choisissez toujours l’univers dans lequel les issues sont équiprobables, quitte à ce qu’il soit plus grand. C’est le seul où la règle de Laplace s’applique.

Le célèbre problème de d’Alembert — qui croyait P(\text{au moins un pile en deux lancers}) = 2/3 — vient exclusivement de cette erreur.

Les événements

Ce qu’est un événement

Événement

Un événement est une partie de l’univers : un sous-ensemble d’éventualités.

On dit qu’un événement est réalisé lorsque le résultat de l’expérience lui appartient.

Sur le dé
Énoncé Événement Cardinal
« obtenir un 6 » \{6\} 1
« obtenir un nombre pair » \{2,4,6\} 3
« obtenir au moins 5 » \{5,6\} 2
« obtenir un nombre \leq 6 » \Omega 6
« obtenir un 7 » \varnothing 0

Deux événements particuliers

Les bornes

L’univers \Omega est l’événement certain : il est toujours réalisé.

L’ensemble vide \varnothing est l’événement impossible : il ne l’est jamais.

Un événement réduit à une seule éventualité est dit élémentaire.

Traduire avant de calculer

La difficulté d’un exercice de probabilité est presque toujours dans la traduction de l’énoncé en ensemble.

« Au moins un », « au plus deux », « aucun », « exactement trois » : chacune de ces formules désigne une partie précise de \Omega. Écrivez-la avant de chercher une formule.

Les opérations

Les trois opérations, et rien d’autre

Le dictionnaire logique

Du français aux ensembles
Français Ensemble Se lit
A et B A \cap B les deux sont réalisés
A ou B A \cup B l’un au moins l’est
non A \overline{A} A n’est pas réalisé
A implique B A \subset B si A l’est, B l’est aussi

Le dictionnaire logique (suite)

Le « ou » des mathématiques est inclusif

« A ou B » est réalisé lorsque A seul l’est, lorsque B seul l’est, et lorsque les deux le sont.

Le langage courant emploie souvent un « ou » exclusif — « fromage ou dessert » — qui exclut le cas double. Ce n’est pas celui de A \cup B.

Vérification sur le dé

A = \{2,4,6\} (pair), B = \{5,6\} (au moins 5).

A \cap B = \{6\}, \;A \cup B = \{2,4,5,6\}, \;\overline{A} = \{1,3,5\}.

Incompatibilité

Événements incompatibles

Deux événements sont incompatibles — ou disjoints — lorsqu’ils ne peuvent pas se produire ensemble :

A \cap B = \varnothing

Le piège le plus fréquent du cours

Incompatible n’est pas indépendant. Ce sont deux notions opposées, et les confondre coûte cher.

Deux événements incompatibles sont au contraire fortement liés : si l’un se produit, l’autre est certainement exclu. L’indépendance, définie au chapitre 6, dit exactement le contraire — l’un n’apprend rien sur l’autre.

Le système complet

Partition de l’univers

Des événements B_1, B_2, \dots, B_k forment un système complet — ou une partition — lorsque :

  1. ils sont deux à deux incompatibles ;
  2. leur réunion est l’univers entier.
Trois exemples

Sur le dé : \{1,2\}, \{3,4\}, \{5,6\}.

Le couple le plus utile de tous : A et \overline{A} — deux événements forment toujours une partition.

En gestion : la segmentation d’une clientèle en catégories de risque faible, moyen, élevé.

Le système complet (suite)

À quoi cela sert

Une partition découpe un problème en cas exhaustifs et sans recouvrement. C’est la structure de raisonnement la plus rentable du cours : au chapitre 6, elle donnera la formule des probabilités totales ; au chapitre 7, celle de Bayes.

« Traiter cas par cas, puis rassembler » n’est pas une astuce d’exercice : c’est un théorème.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Cinq points
  1. Une expérience aléatoire a des résultats connus à l’avance, mais imprévisibles individuellement.
  2. L’univers \Omega est la liste de ces résultats ; le choisir équiprobable est la première décision de tout exercice.
  3. Un événement est une partie de \Omega ; traduire l’énoncé en ensemble précède tout calcul.
  4. « Et », « ou », « non » sont l’intersection, la réunion, le complémentaire — le « ou » étant inclusif.
  5. Incompatible (A \cap B = \varnothing) n’est pas indépendant : c’est même le contraire.
La suite

Le vocabulaire est en place, et la règle de Laplace attend son dû : cas favorables sur cas possibles.

Reste à savoir compter ces cas quand ils se chiffrent en milliers. C’est le dénombrement, et c’est l’objet des trois chapitres suivants.

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Ressources du chapitre

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