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Probabilités

Les axiomes et les premières règles

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Probabilités

Chapitre 5 : Les axiomes et les premières règles

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

24 septembre 2026

Ce qu’est une probabilité

Trois axiomes, et tout le reste s’en déduit

Les axiomes de Kolmogorov

Une probabilité est une application P qui associe à chaque événement un nombre, et qui vérifie :

  1. P(A) \geq 0 pour tout événement A ;
  2. P(\Omega) = 1 ;
  3. si A et B sont incompatibles, alors P(A \cup B) = P(A) + P(B).
Ce sont les propriétés des fréquences

Une fréquence est positive ; les fréquences somment à 1 ; et l’effectif de deux modalités disjointes est la somme des effectifs.

Kolmogorov n’a rien inventé : il a écrit les trois propriétés que la fréquence possède déjà, et décrété qu’elles définissaient la probabilité. C’est cela, axiomatiser.

Les conséquences immédiates

Cinq règles, toutes déduites des axiomes
Règle Énoncé
Complémentaire P(\overline{A}) = 1 - P(A)
Impossible P(\varnothing) = 0
Encadrement 0 \leq P(A) \leq 1
Croissance si A \subset B alors P(A) \leq P(B)
Différence P(B \setminus A) = P(B) - P(A \cap B)

Les conséquences immédiates (suite)

La règle du complémentaire est la plus rentable du cours

« Au moins un », « pas tous », « au moins deux » : ces énoncés recouvrent des dizaines de cas, alors que leur contraire n’en recouvre souvent qu’un.

P(\text{au moins un défaut}) = 1 - P(\text{aucun défaut})

Réflexe : dès qu’un énoncé contient « au moins », calculez le contraire.

Sur le portefeuille de crédits

Dix crédits indépendants, chacun de probabilité de défaut 0{,}04.

P(\text{au moins un défaut}) = 1 - (0{,}96)^{10} = 1 - 0{,}665 = 0{,}335

Un tiers des années comportent au moins un défaut. Le calcul direct aurait exigé dix termes.

La règle d’addition

Quand les événements se recouvrent

Formule générale de l’addition

P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B)

Le troisième axiome n’en est que le cas particulier où A \cap B = \varnothing.

Pourquoi retrancher

En additionnant P(A) et P(B), on a compté deux fois ce qui appartient aux deux. On retire une fois le doublon.

C’est le principe d’inclusion-exclusion, et c’est exactement le raisonnement d’un comptable qui élimine un double emploi.

Un exemple complet

Une clientèle bancaire

60\,\% des clients détiennent un compte d’épargne (A), 35\,\% un crédit (B), et 20\,\% les deux.

P(A \cup B) = 0{,}60 + 0{,}35 - 0{,}20 = 0{,}75

Trois clients sur quatre détiennent au moins l’un des deux produits.

La lecture commerciale

P(\overline{A} \cap \overline{B}) = 1 - 0{,}75 = 0{,}25 : un quart de la clientèle ne détient aucun des deux produits.

C’est précisément la cible d’une campagne d’équipement — et ce chiffre, qu’aucune addition naïve ne donne, sort d’une seule ligne de calcul.

Une erreur qui coûte cher

Ne jamais additionner sans vérifier l’incompatibilité

P(A) + P(B) = 0{,}95 \qquad \text{alors que} \qquad P(A \cup B) = 0{,}75

Une probabilité surestimée de vingt points. Et si les deux pourcentages avaient été 70\,\% et 50\,\%, l’addition aurait donné 1{,}20 — un résultat impossible qui aurait au moins alerté.

La somme dépasse 1 : c’est le signe qu’on a oublié l’intersection.

La règle de Laplace

L’équiprobabilité

Le cas des issues également probables

Si l’univers \Omega compte N éventualités équiprobables, alors pour tout événement A :

P(A) = \frac{\mathrm{card}(A)}{\mathrm{card}(\Omega)} = \frac{\text{cas favorables}}{\text{cas possibles}}

C’est ici que le dénombrement paie

Les trois chapitres précédents n’avaient pas d’autre but : fournir \mathrm{card}(A) et \mathrm{card}(\Omega).

Toute la difficulté d’un exercice de ce type est de choisir la bonne case du tableau du chapitre 4 — le calcul, lui, est une division.

Un exercice complet

Un jury tiré au sort

Un jury de 4 personnes est tiré parmi 7 femmes et 5 hommes. Quelle est la probabilité qu’il soit mixte ?

Cas possibles : \binom{12}{4} = 495.

Par le contraire : le jury n’est pas mixte s’il est entièrement féminin ou entièrement masculin : \binom{7}{4} + \binom{5}{4} = 35 + 5 = 40

P(\text{mixte}) = 1 - \frac{40}{495} = 1 - 0{,}081 = 0{,}919

Un exercice complet (suite)

Trois réflexes ont servi
  1. L’ordre ne compte pas dans un jury : combinaisons.
  2. « Mixte » recouvre beaucoup de cas, « non mixte » seulement deux : passer au contraire.
  3. « Entièrement féminin ou entièrement masculin » sont incompatibles : on additionne sans correction.

Ces trois réflexes suffisent à traiter la majorité des exercices de la partie III.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Cinq points
  1. Une probabilité est positive, vaut 1 sur l’univers, et est additive sur les événements incompatibles.
  2. Ces trois axiomes ne font que reprendre les propriétés des fréquences.
  3. P(\overline{A}) = 1 - P(A) : le réflexe du contraire, dès qu’on lit « au moins ».
  4. P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B) : ne jamais additionner sans retirer l’intersection.
  5. Sous équiprobabilité, tout se ramène à un dénombrement.
La suite

Toutes ces règles supposent une information fixe. Or l’information change : un test tombe, un signal apparaît, un client se manifeste.

Le chapitre 6 introduit l’outil qui traite l’arrivée d’une information : la probabilité conditionnelle. C’est le concept central de tout le cours.

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  • Exercices corrigés
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