Économétrie avancée
Séries temporelles — approfondissements
- Présentation du cours
- Nature de l'économétrie et données économiques
- Le modèle de régression simple
- Régression multiple : estimation
- Régression multiple : inférence
- Régression multiple : propriétés asymptotiques des MCO
- Régression multiple : approfondissements
- Variables qualitatives (indicatrices)
- Hétéroscédasticité
- Problèmes de spécification et de données
- Introduction aux séries temporelles
- Séries temporelles — approfondissements
- Autocorrélation et hétéroscédasticité en séries temporelles
- Données de panel — méthodes simples
- Données de panel — méthodes avancées
- Variables instrumentales et doubles moindres carrés
- Modèles à équations simultanées
- Variables dépendantes limitées et sélection d'échantillon
- Sujets avancés en séries temporelles
- Réaliser un projet empirique
- Annexe A — Rappels d'outils mathématiques de base
- Annexe B — Rappels de probabilité
- Annexe C — Rappels de statistique mathématique
- Annexe D — Rappels d'algèbre matricielle
- Annexe E — Le modèle de régression linéaire sous forme matricielle
Économétrie avancée
Chapitre 10 : Séries temporelles — approfondissements
Avant de commencer
Pourquoi ce chapitre
Le chapitre 9 a appliqué les MCO aux séries temporelles sous les hypothèses classiques (exogénéité stricte, en particulier). Or ces hypothèses tombent dès qu’un modèle contient une variable dépendante retardée, et les « petits » échantillons temporels obligent souvent à raisonner en grand échantillon. Ce chapitre pose les conditions — stationnarité et dépendance faible — sous lesquelles les MCO restent valides asymptotiquement, puis alerte sur les séries fortement persistantes qui font échouer cette théorie.
Stationnarité et dépendance
Stationnarité
Un processus \{x_t\} est stationnaire si la loi jointe de (x_{t_1},\dots,x_{t_m}) est identique à celle de (x_{t_1+h},\dots,x_{t_m+h}) pour tout décalage h. La stationnarité en covariance (plus faible) demande seulement : \mathbb{E}(x_t) constante, \mathrm{Var}(x_t) constante, et \mathrm{Cov}(x_t,x_{t+h}) dépendant de h seulement, pas de t.
Sans une forme de stabilité dans le temps, on ne peut rien apprendre d’une unique réalisation de la série : si la relation entre variables changeait à chaque période, une seule trajectoire observée ne suffirait pas à l’estimer. Une série à tendance est non stationnaire (sa moyenne bouge) — on la traite en incluant la tendance (processus trend-stationnaire).
Dépendance faible
Un processus stationnaire est faiblement dépendant si x_t et x_{t+h} deviennent « presque indépendants » quand h \to \infty : concrètement \mathrm{Corr}(x_t,x_{t+h}) \to 0 assez vite. C’est la propriété qui remplace l’échantillonnage aléatoire de l’analyse en coupe : elle fait tenir la loi des grands nombres et le théorème central limite.
Le MA(1) x_t = e_t + \alpha_1 e_{t-1} est corrélé à un seul retard puis non corrélé au-delà : faiblement dépendant. L’AR(1) y_t = \rho_1 y_{t-1} + e_t est faiblement dépendant si et seulement si |\rho_1| < 1 (condition de stabilité) : alors \mathrm{Corr}(y_t,y_{t+h}) = \rho_1^{\,h} \to 0. Même avec \rho_1 = 0{,}9, la corrélation à 10 périodes n’est plus que 0{,}35.
Propriétés asymptotiques MCO
Convergence et normalité asymptotique
On remplace l’exogénéité stricte par l’exogénéité contemporaine \mathbb{E}(u_t \mid \mathbf{x}_t) = 0, en ajoutant la dépendance faible de \{(\mathbf{x}_t, y_t)\}. S’y ajoutent l’homoscédasticité \mathrm{Var}(u_t\mid\mathbf{x}_t)=\sigma^2 et l’absence d’autocorrélation \mathbb{E}(u_t u_s\mid\mathbf{x}_t,\mathbf{x}_s)=0.
Sous TS.1’–TS.3’, les MCO sont convergents (mais plus forcément sans biais). Sous TS.1’–TS.5’, ils sont asymptotiquement normaux et les t, F, LM usuels restent valides. Un modèle à variable dépendante retardée viole nécessairement l’exogénéité stricte — donc les MCO y sont biaisés — mais reste convergent si |\rho_1|<1.
Tester l’efficience du marché revient à tester H_0 : \rho_1 = 0 dans \textit{return}_t = \beta_0 + \rho_1\,\textit{return}_{t-1} + u_t. Sur les rendements hebdomadaires du NYSE (1976–1989), \hat\rho_1 = 0{,}059 (t = 1{,}55) : on ne rejette pas l’efficience. Un AR(2) confirme (retards conjointement non significatifs).
Séries fortement persistantes
Marche aléatoire et racine unitaire
Quand y_t = y_{t-1} + e_t, la série n’est pas faiblement dépendante : \mathrm{Corr}(y_t,y_{t+h}) = \sqrt{t/(t+h)} reste proche de 1 même pour de grands h. On parle de processus I(1) (intégré d’ordre 1), ou à racine unitaire : le passé lointain influence durablement le présent, et la variance croît avec t.
Marche aléatoire et racine unitaire (suite)
Marche aléatoire et racine unitaire (suite 2)
Régresser une série I(1) sur une autre série I(1) indépendante produit très souvent un R^2 élevé et un t « significatif »… alors qu’il n’existe aucune relation. C’est la régression fallacieuse (spurious regression) : la théorie asymptotique usuelle ne s’applique pas aux séries à racine unitaire.
La solution : la différenciation
Si \{y_t\} est I(1), alors la différence première \Delta y_t = y_t - y_{t-1} est I(0), c’est-à-dire faiblement dépendante. On mène alors la régression sur les séries différenciées, retrouvant un cadre où les MCO et l’inférence usuelle sont valides.
Beaucoup de séries macroéconomiques et financières en niveau (PIB, prix, indices boursiers) se comportent comme des I(1). Avant toute régression en séries temporelles, on se demande donc : la série est-elle faiblement dépendante, ou fortement persistante ? Dans le doute, on teste la racine unitaire (chapitre 17) ou l’on travaille en différences.
Synthèse
Ce qu’il faut retenir
Les MCO restent valides asymptotiquement en séries temporelles à deux conditions : stationnarité et dépendance faible. Un modèle dynamique (variable retardée) est alors convergent malgré la perte de l’absence de biais. Le danger vient des séries fortement persistantes (racine unitaire), qui invalident l’inférence et provoquent des régressions fallacieuses — la parade étant de travailler en différences premières. Le chapitre 11 traite les deux entorses restantes : autocorrélation et hétéroscédasticité des erreurs.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)