Économétrie avancée
Annexe B — Rappels de probabilité
- Présentation du cours
- Nature de l'économétrie et données économiques
- Le modèle de régression simple
- Régression multiple : estimation
- Régression multiple : inférence
- Régression multiple : propriétés asymptotiques des MCO
- Régression multiple : approfondissements
- Variables qualitatives (indicatrices)
- Hétéroscédasticité
- Problèmes de spécification et de données
- Introduction aux séries temporelles
- Séries temporelles — approfondissements
- Autocorrélation et hétéroscédasticité en séries temporelles
- Données de panel — méthodes simples
- Données de panel — méthodes avancées
- Variables instrumentales et doubles moindres carrés
- Modèles à équations simultanées
- Variables dépendantes limitées et sélection d'échantillon
- Sujets avancés en séries temporelles
- Réaliser un projet empirique
- Annexe A — Rappels d'outils mathématiques de base
- Annexe B — Rappels de probabilité
- Annexe C — Rappels de statistique mathématique
- Annexe D — Rappels d'algèbre matricielle
- Annexe E — Le modèle de régression linéaire sous forme matricielle
Économétrie avancée
Annexe B : Rappels de probabilité
Avant de commencer
Pourquoi cette annexe
Tous les résultats de l’introduction et des chapitres 1 à 9 — non-biais, convergence, lois t et F — reposent sur un socle probabiliste précis : variables aléatoires, espérance, variance, covariance, et la famille de lois normale/\chi^2/t/F. Ce chapitre rassemble ce socle en un seul endroit, comme référence et non comme nouveau cours de probabilité.
Variables aléatoires
Discrètes et continues
Une variable aléatoire prend des valeurs numériques déterminées par le résultat d’une expérience. Une variable discrète prend un nombre fini (ou dénombrable) de valeurs, chacune associée à une probabilité p_j=P(X=x_j) (avec \sum_j p_j=1) : c’est la fonction de densité (pdf) f(x). Une variable continue prend n’importe quelle valeur réelle avec probabilité individuelle nulle ; seules les probabilités sur un intervalle, obtenues par l’aire sous f, ont un sens.
F(x)=P(X\le x) est toujours croissante, comprise entre 0 et 1. Elle permet de calculer toute probabilité d’intervalle : P(X>c)=1-F(c) et P(a<X\le b)=F(b)-F(a).
Distributions jointes, indépendance
X et Y sont indépendantes si et seulement si f_{X,Y}(x,y)=f_X(x)f_Y(y) pour tout (x,y) — la probabilité jointe se factorise. L’indépendance implique l’absence de corrélation, mais l’inverse est faux (voir plus bas).
f_{Y\mid X}(y\mid x)=\dfrac{f_{X,Y}(x,y)}{f_X(x)}. L’espérance conditionnelle E(Y\mid X=x) — moyenne de Y pour une valeur donnée de X — est l’outil central de l’économétrie : la fonction de régression E(y\mid x) des chapitres 1 à 9 n’est rien d’autre que cette notion, appliquée à un modèle linéaire en x.
Espérance et variance
Espérance
Pour X discrète, E(X)=\sum_j x_jf(x_j) — une moyenne pondérée par les probabilités. Propriétés essentielles : E(c)=c pour toute constante ; E(aX+b)=aE(X)+b (linéarité) ; plus généralement, E\!\left(\sum_i a_iX_i\right)=\sum_i a_iE(X_i), sans aucune condition d’indépendance.
Sauf cas particulier (fonction affine), l’espérance d’une transformation non linéaire de X n’est pas la transformation de l’espérance — E(X^2)\neq[E(X)]^2 en général. Ce fait rappelle pourquoi \operatorname{Var}(X)=E(X^2)-[E(X)]^2 est presque toujours strictement positif.
Variance, écart-type, standardisation
\operatorname{Var}(X)=E[(X-\mu)^2]=E(X^2)-\mu^2,\qquad sd(X)=\sqrt{\operatorname{Var}(X)}. \operatorname{Var}(aX+b)=a^2\operatorname{Var}(X) : ajouter une constante ne change pas la dispersion, la multiplier par a multiplie la variance par a^2 (et l’écart-type par |a|) — c’est pourquoi l’écart-type, exprimé dans l’unité d’origine, est souvent plus interprétable que la variance.
Z=\dfrac{X-\mu}{\sigma}\ \Longrightarrow\ E(Z)=0,\ \operatorname{Var}(Z)=1. C’est exactement la construction du coefficient bêta du chapitre 5 : centrer-réduire une variable pour rendre les comparaisons indépendantes de l’unité de mesure.
Covariance et corrélation
Mesurer l’association linéaire
\operatorname{Cov}(X,Y)=E[(X-\mu_X)(Y-\mu_Y)]=E(XY)-\mu_X\mu_Y,\qquad \operatorname{Corr}(X,Y)=\dfrac{\operatorname{Cov}(X,Y)}{sd(X)\,sd(Y)}\in[-1,1]. X,Y indépendantes \Rightarrow \operatorname{Cov}(X,Y)=0 (non corrélées) — mais l’inverse est faux : X et X^2 peuvent avoir une covariance nulle tout en étant manifestement dépendantes. Covariance et corrélation ne captent que la dépendance linéaire.
Si E(X)=0, alors Cov(X,X^2)=E(X^3), qui s’annule dès que la distribution de X est symétrique — bien que Y=X^2 soit une fonction déterministe (donc parfaitement dépendante) de X. La corrélation nulle ne signifie jamais absence de relation, seulement absence de relation linéaire.
\operatorname{Var}(aX+bY)=a^2\operatorname{Var}(X)+b^2\operatorname{Var}(Y)+2ab\operatorname{Cov}(X,Y). Si X et Y sont non corrélées, \operatorname{Var}(X\pm Y)=\operatorname{Var}(X)+\operatorname{Var}(Y) — la variance d’une différence est la somme, pas la différence, des variances. Pour n variables deux à deux non corrélées, \operatorname{Var}\!\left(\sum_i a_iX_i\right)=\sum_i a_i^2\operatorname{Var}(X_i).
Si les rendements de deux actifs sont non corrélés, la variance du rendement du portefeuille (combinaison linéaire pondérée) est la somme pondérée des variances individuelles — le principe fondateur de la diversification. Dès que \operatorname{Cov}\neq0 (le cas général en finance), le terme croisé 2ab\operatorname{Cov}(X,Y) doit être pris en compte, ce qui motive toute la modélisation de la matrice de covariance en gestion de portefeuille.
Espérance et variance conditionnelles
E[c(X)\mid X]=c(X) (une fonction de X se comporte comme une constante une fois X connu) ; si X\perp Y, E(Y\mid X)=E(Y) ; et surtout, la loi des espérances itérées : E[E(Y\mid X)]=E(Y). Si E(Y\mid X)=E(Y) (l’espérance conditionnelle ne dépend pas de X), alors \operatorname{Cov}(X,Y)=0 — c’est ce résultat qui justifie que E(u\mid x)=0 (hypothèse centrale de tout ce cours depuis le chapitre 1) implique \operatorname{Cov}(x,u)=0, condition nécessaire à l’absence de biais des MCO.
Parmi toutes les fonctions g(X) possibles, E(Y\mid X) minimise l’erreur quadratique moyenne de prédiction E\{[Y-g(X)]^2\}. C’est la justification probabiliste profonde de la régression : quand on écrit E(y\mid x)=\beta_0+\beta_1x, on postule que la meilleure prédiction linéaire de y est une fonction affine de x.
La famille normale
La loi normale
X\sim\mathcal N(\mu,\sigma^2) a pour densité f(x)=\frac{1}{\sigma\sqrt{2\pi}}\exp[-(x-\mu)^2/2\sigma^2], symétrique autour de \mu. Standardiser X donne Z=(X-\mu)/\sigma\sim\mathcal N(0,1), dont la cdf \Phi(z) est tabulée. Toute combinaison linéaire de variables normales indépendantes est elle-même normale — en particulier, la moyenne de n variables i.i.d. \mathcal N(\mu,\sigma^2) suit \mathcal N(\mu,\sigma^2/n).
En général, absence de corrélation n’implique pas indépendance (voir plus haut) — sauf pour des variables conjointement normales, où les deux notions coïncident. C’est une propriété remarquable, propre à la famille gaussienne, qui simplifie beaucoup l’analyse sous l’hypothèse de normalité (MLR.6, chapitre 3).
Les lois dérivées : \chi^2, t, F
Avec Z,Z_1,\dots,Z_n des \mathcal N(0,1) indépendantes :
- \chi^2_n=\sum_{i=1}^n Z_i^2 suit une loi du chi-deux à n degrés de liberté (E=n, \operatorname{Var}=2n), toujours positive, non symétrique.
- T=Z/\sqrt{\chi^2_n/n} (avec Z et \chi^2_n indépendantes) suit une loi de Student t_n — plus dispersée que la normale, s’en rapprochant quand n\to\infty.
- F=(\chi^2_{k_1}/k_1)/(\chi^2_{k_2}/k_2) suit une loi de Fisher F_{k_1,k_2}.
Ce n’est pas un hasard si ce sont exactement les trois lois des chapitres 3 et 7 : le test t sur un coefficient MCO combine un numérateur normal (\hat\beta_j centré) et un dénominateur qui est la racine d’un \chi^2 (l’estimateur de \sigma^2, via SSR/\sigma^2\sim\chi^2_{n-k-1} sous normalité) — exactement la construction de T ci-dessus. Le test F pour des restrictions multiples est de même un ratio de deux \chi^2 normalisés. Toute la théorie exacte du chapitre 3 est une application directe de ces trois définitions.
Synthèse
Ce qu’il faut retenir
- Espérance et variance obéissent à des règles de linéarité simples, valables sans hypothèse d’indépendance pour l’espérance, avec covariance pour la variance.
- Covariance et corrélation ne mesurent que la dépendance linéaire ; l’espérance conditionnelle capture toute la relation, linéaire ou non, et minimise l’erreur quadratique de prédiction.
- E(u\mid x)=0\Rightarrow\operatorname{Cov}(x,u)=0 via la loi des espérances itérées : c’est le pont exact entre l’hypothèse fondamentale de la régression et la condition d’orthogonalité utilisée pour dériver les MCO.
- Les lois \chi^2, t et F se construisent toutes à partir de normales indépendantes ; ce sont précisément les lois utilisées pour l’inférence exacte en régression (chapitre 3).
Ce chapitre a traité les variables aléatoires individuellement, comme des objets de population. Le chapitre suivant applique ces mêmes outils à l’échantillonnage — comment un estimateur, construit à partir d’un échantillon, hérite lui-même d’une distribution de probabilité, et comment on en tire les propriétés (non-biais, efficacité, convergence) déjà utilisées depuis le chapitre 1.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)