• Jaouad Madkour
  • Accueil
  • Licence
  • Master
  • Doctorat
  • Informatique
  • Publications
  • À propos

Économétrie avancée

Annexe E — Le modèle de régression linéaire sous forme matricielle

Économétrie avancée
  • Présentation du cours
  • Nature de l'économétrie et données économiques
  • Le modèle de régression simple
  • Régression multiple : estimation
  • Régression multiple : inférence
  • Régression multiple : propriétés asymptotiques des MCO
  • Régression multiple : approfondissements
  • Variables qualitatives (indicatrices)
  • Hétéroscédasticité
  • Problèmes de spécification et de données
  • Introduction aux séries temporelles
  • Séries temporelles — approfondissements
  • Autocorrélation et hétéroscédasticité en séries temporelles
  • Données de panel — méthodes simples
  • Données de panel — méthodes avancées
  • Variables instrumentales et doubles moindres carrés
  • Modèles à équations simultanées
  • Variables dépendantes limitées et sélection d'échantillon
  • Sujets avancés en séries temporelles
  • Réaliser un projet empirique
  • Annexe A — Rappels d'outils mathématiques de base
  • Annexe B — Rappels de probabilité
  • Annexe C — Rappels de statistique mathématique
  • Annexe D — Rappels d'algèbre matricielle
  • Annexe E — Le modèle de régression linéaire sous forme matricielle

Économétrie avancée

Annexe E : Le modèle de régression linéaire sous forme matricielle

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Avant de commencer

Pourquoi cette annexe

Pourquoi ce chapitre ?

Ce chapitre referme le cours en reformulant, en notation matricielle compacte, tout ce qui a été établi progressivement depuis le chapitre 1 : l’estimateur MCO, son non-biais, sa matrice de variance-covariance, le théorème de Gauss-Markov, et l’inférence exacte sous normalité. Rien de nouveau sur le plan économique — mais une vision d’ensemble, unifiée, du cours entier.

Le modèle et l’estimateur MCO

Écriture matricielle

Le modèle sous forme matricielle

Avec \mathbf y (n\times1) le vecteur des observations, \mathbf X (n\times k) la matrice des régresseurs (première colonne de 1 pour l’intercept) et \mathbf u (n\times1) le vecteur des erreurs, le modèle linéaire s’écrit en une seule équation : \mathbf y=\mathbf X\boldsymbol\beta+\mathbf u. Chacune des n équations individuelles y_t=\mathbf x_t\boldsymbol\beta+u_t (chapitre 2) est une ligne de cette écriture compacte.

L’estimateur MCO en une formule

Minimiser SSR(\mathbf b)=(\mathbf y-\mathbf{Xb})'(\mathbf y-\mathbf{Xb}) conduit aux équations normales \mathbf X'\mathbf X\hat{\boldsymbol\beta}=\mathbf X'\mathbf y — l’équivalent matriciel exact des conditions de premier ordre du chapitre 2 — dont la solution, quand \mathbf X'\mathbf X est inversible, est \hat{\boldsymbol\beta}=(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\mathbf X'\mathbf y. Cette formule unique condense tout le système des k équations à k inconnues du chapitre 2.

Écriture matricielle (suite)

Le rôle exact du rang plein

\mathbf X'\mathbf X est inversible si et seulement si \operatorname{rang}(\mathbf X)=k — la traduction matricielle directe de MLR.3 (absence de colinéarité parfaite, chapitre 1). Sans cette condition, \hat{\boldsymbol\beta} n’est simplement pas défini : ce n’est pas un problème d’inférence, mais d’existence même de l’estimateur.

Valeurs ajustées, résidus, et orthogonalité

\hat{\mathbf y}=\mathbf X\hat{\boldsymbol\beta}, \hat{\mathbf u}=\mathbf y-\hat{\mathbf y}, et la condition de premier ordre équivaut à \mathbf X'\hat{\mathbf u}=\mathbf 0 : puisque la première colonne de \mathbf X est un vecteur de 1, ceci implique immédiatement que les résidus somment à zéro et que chaque régresseur est en covariance d’échantillon nulle avec les résidus — deux propriétés du chapitre 2, ici obtenues en une ligne.

Propriétés à échantillon fini

Non-biais

Hypothèses E.1–E.3 et non-biais

Sous linéarité (E.1), exogénéité stricte E(\mathbf u\mid\mathbf X)=\mathbf 0 (E.2, généralisation matricielle de MLR.3-4) et rang plein (E.3), on écrit \hat{\boldsymbol\beta}=(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\mathbf X'\mathbf y=\boldsymbol\beta+(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\mathbf X'\mathbf u, d’où E(\hat{\boldsymbol\beta}\mid\mathbf X)=\boldsymbol\beta immédiatement, puisque E(\mathbf u\mid\mathbf X)=\mathbf 0. Toute la démonstration du non-biais MCO (chapitre 2) tient en cette seule ligne de calcul matriciel.

Matrice de variance-covariance

Homoscédasticité et absence d’autocorrélation réunies

Sous E.4, \operatorname{Var}(\mathbf u\mid\mathbf X)=\sigma^2\mathbf I_n (chapitre 12), on obtient \operatorname{Var}(\hat{\boldsymbol\beta}\mid\mathbf X)=\sigma^2(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}. La variance de \hat\beta_j est \sigma^2 fois le j-ième terme diagonal de (\mathbf X'\mathbf X)^{-1} ; les covariances entre estimateurs, nécessaires pour tester des combinaisons linéaires de coefficients (chapitre 3), sont directement les termes hors diagonale — plus besoin de la formule ad hoc du chapitre 2 pour chaque cas particulier.

Le théorème de Gauss-Markov, version générale

MCO = BLUE, démonstration matricielle

Pour tout estimateur linéaire non biaisé \tilde{\boldsymbol\beta}=\mathbf{Ay} (avec \mathbf{AX}=\mathbf I_k, condition de non-biais), on montre que \operatorname{Var}(\tilde{\boldsymbol\beta}\mid\mathbf X)-\operatorname{Var}(\hat{\boldsymbol\beta}\mid\mathbf X)=\sigma^2\mathbf A'\mathbf{MA}, où \mathbf M=\mathbf I_n-\mathbf X(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\mathbf X' est idempotente (chapitre 12) — donc \mathbf A'\mathbf{MA} est semi-définie positive. Pour toute combinaison linéaire \mathbf c'\boldsymbol\beta, \operatorname{Var}(\mathbf c'\tilde{\boldsymbol\beta})\ge\operatorname{Var}(\mathbf c'\hat{\boldsymbol\beta}) : les MCO sont BLUE, dans toute leur généralité, pas seulement coefficient par coefficient.

La matrice \mathbf M, déjà rencontrée

\mathbf M est exactement la matrice idempotente de rang n-k introduite au chapitre 12 comme préfiguration des résidus : \hat{\mathbf u}=\mathbf{My}=\mathbf{Mu}. Elle joue ici un double rôle — produire les résidus, et démontrer l’optimalité des MCO — ce qui illustre pourquoi les outils du chapitre 12 étaient nécessaires avant d’aborder ce résultat.

Estimation de \sigma^2

Non-biais de \hat\sigma^2

Avec \hat\sigma^2=\hat{\mathbf u}'\hat{\mathbf u}/(n-k), en utilisant \hat{\mathbf u}=\mathbf{Mu}, \operatorname{tr}(\mathbf M)=n-k (chapitre 12) et la propriété E[\operatorname{tr}(\mathbf{Muu}')\mid\mathbf X]=\sigma^2\operatorname{tr}(\mathbf M), on obtient E(\hat\sigma^2\mid\mathbf X)=\sigma^2 — la démonstration générale, en quelques lignes, de ce qui était admis sans preuve complète au chapitre 2.

Inférence sous normalité

Normalité de \hat{\boldsymbol\beta} et lois exactes

Le modèle linéaire classique en notation matricielle

Ajoutant \mathbf u\mid\mathbf X\sim\mathcal N(\mathbf 0,\sigma^2\mathbf I_n) (E.5, hypothèse MLR.6 du chapitre 3), on obtient \hat{\boldsymbol\beta}\mid\mathbf X\ \sim\ \mathcal N\big(\boldsymbol\beta,\ \sigma^2(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\big), puisque \hat{\boldsymbol\beta} est une transformation linéaire de \mathbf u (propriété de la loi normale multivariée, chapitre 12).

D’où viennent exactement les lois t et F

Trois ingrédients, tous établis au chapitre 12, se combinent : (i) (\hat\beta_j-\beta_j)/sd(\hat\beta_j)\sim\mathcal N(0,1) ; (ii) (n-k)\hat\sigma^2/\sigma^2=(\mathbf u/\sigma)'\mathbf M(\mathbf u/\sigma)\sim\chi^2_{n-k} car \mathbf M est idempotente de rang n-k ; (iii) \hat{\boldsymbol\beta} et \hat\sigma^2 sont indépendants, car (\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\mathbf X'\mathbf M=\mathbf 0. En combinant (i), (ii) et (iii) selon la définition même de la loi de Student (chapitre 12), \dfrac{\hat\beta_j-\beta_j}{\operatorname{se}(\hat\beta_j)}\ \sim\ t_{n-k}.

Le test t du chapitre 3, enfin complètement démontré

Cette dérivation referme une boucle ouverte depuis le chapitre 3 : le résultat t=\hat\beta_j/\operatorname{se}(\hat\beta_j)\sim t_{n-k-1} sous H_0, utilisé des dizaines de fois dans ce cours, découle entièrement des propriétés des matrices idempotentes et de la loi normale multivariée établies au chapitre précédent — rien n’est plus admis sans preuve.

Efficacité et lien avec le maximum de vraisemblance

MCO = estimateur à variance minimale, MCO = MV

Sous les hypothèses E.1–E.5, la borne de Cramér-Rao pour tout estimateur non biaisé de \boldsymbol\beta est exactement \sigma^2(\mathbf X'\mathbf X)^{-1} : les MCO sont donc optimaux parmi tous les estimateurs non biaisés, pas seulement parmi les estimateurs linéaires (extension du théorème de Gauss-Markov). De plus, sous normalité, maximiser la vraisemblance revient exactement à minimiser SSR(\mathbf b) : MCO et maximum de vraisemblance coïncident — sauf pour \sigma^2, où l’estimateur MV (SSR/n) est biaisé, contrairement à \hat\sigma^2=SSR/(n-k) systématiquement préféré en pratique.

Synthèse générale du cours

Ce qu’il faut retenir

L’essentiel du chapitre 13
  • \hat{\boldsymbol\beta}=(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}\mathbf X'\mathbf y condense en une formule tout le système d’équations normales du chapitre 2 ; son existence exige le rang plein de \mathbf X.
  • Non-biais, matrice de variance-covariance \sigma^2(\mathbf X'\mathbf X)^{-1}, et théorème de Gauss-Markov (BLUE) se démontrent en quelques lignes à partir des outils du chapitre 12 — idempotence, positivité semi-définie, propriétés de l’espérance et de la variance matricielles.
  • Sous normalité, les lois t et F exactes du chapitre 3 découlent directement des propriétés des matrices idempotentes appliquées au vecteur d’erreurs.
  • Les MCO sont l’estimateur à variance minimale parmi tous les estimateurs non biaisés (pas seulement linéaires) sous normalité, et coïncident avec le maximum de vraisemblance pour \boldsymbol\beta.
Fin de ce second bloc du cours

Les chapitres 5 à 13 ont approfondi et généralisé les fondations posées à l’introduction et aux chapitres 1 à 4 : formes fonctionnelles avancées, variables qualitatives, hétéroscédasticité, problèmes de spécification, séries temporelles, et enfin l’appareil probabiliste et matriciel complet qui sous-tend l’ensemble. Les chapitres suivants (variables instrumentales, données de panel) prolongeront ce cadre vers les situations où l’exogénéité stricte elle-même doit être abandonnée.

← Chapitre précédentAnnexe D — Rappels d'algèbre matricielle

Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

© 2026 Jaouad Madkour · jmadkour.org

jmadkour@uae.ac.ma

construit avec Quarto