Économétrie avancée
Variables qualitatives (indicatrices)
- Présentation du cours
- Nature de l'économétrie et données économiques
- Le modèle de régression simple
- Régression multiple : estimation
- Régression multiple : inférence
- Régression multiple : propriétés asymptotiques des MCO
- Régression multiple : approfondissements
- Variables qualitatives (indicatrices)
- Hétéroscédasticité
- Problèmes de spécification et de données
- Introduction aux séries temporelles
- Séries temporelles — approfondissements
- Autocorrélation et hétéroscédasticité en séries temporelles
- Données de panel — méthodes simples
- Données de panel — méthodes avancées
- Variables instrumentales et doubles moindres carrés
- Modèles à équations simultanées
- Variables dépendantes limitées et sélection d'échantillon
- Sujets avancés en séries temporelles
- Réaliser un projet empirique
- Annexe A — Rappels d'outils mathématiques de base
- Annexe B — Rappels de probabilité
- Annexe C — Rappels de statistique mathématique
- Annexe D — Rappels d'algèbre matricielle
- Annexe E — Le modèle de régression linéaire sous forme matricielle
Économétrie avancée
Chapitre 6 : Variables qualitatives (indicatrices)
Avant de commencer
Pourquoi ce chapitre
Le genre, la région, le secteur d’activité, un style architectural : autant de facteurs qualitatifs qui n’ont pas de magnitude numérique naturelle, mais qui influencent souvent y de façon décisive. Ce chapitre montre comment les faire entrer dans le cadre de la régression multiple sans rien perdre de sa rigueur.
Variables indicatrices simples
Décrire l’information qualitative
Une variable indicatrice (ou dummy) code un fait binaire par 0 ou 1. Le choix de la modalité codée 1 est arbitraire mais doit être explicite dans le nom de la variable (par exemple female plutôt que gender, pour éviter toute ambiguïté).
Dans wage=\beta_0+\delta_0\,female+\beta_1\,educ+u, sous l’hypothèse habituelle E(u\mid \cdot)=0, \delta_0 = E(wage\mid female=1,educ)-E(wage\mid female=0,educ): c’est un décalage d’ordonnée à l’origine entre les deux groupes, à niveau d’éducation identique — les deux droites sont parallèles.
Décrire l’information qualitative (suite)
Décrire l’information qualitative (suite 2)
Avec deux groupes seulement, il faut une seule indicatrice plus l’intercept — pas deux. Inclure à la fois female et male avec un intercept général crée une colinéarité parfaite (female+male=1). Le groupe omis (ici les hommes) devient le groupe de référence ; tous les coefficients d’indicatrices se lisent comme des écarts à ce groupe.
\widehat{wage}=-1.57-1.81\,female+.572\,educ+.025\,exper+.141\,tenure : à éducation, expérience et ancienneté égales, une femme gagne en moyenne 1,81 $ de moins par heure qu’un homme. Sans les variables de contrôle, l’écart brut est de 2,51 $ — la régression multiple isole la part de l’écart non expliquée par des différences de capital humain observées.
Indicatrices et variable dépendante en logarithme
Si \log(y)=\dots+\delta_1x_1+u où x_1 est une indicatrice, l’approximation 100\,\delta_1 donne l’écart en % ; l’écart exact est 100[\exp(\delta_1)-1], à utiliser dès que |\delta_1| n’est pas petit (comme pour tout coefficient log-linéaire, chapitre 5).
Catégories et ordinal
Plus de deux groupes
Pour distinguer g groupes, on inclut un intercept général et g-1 indicatrices (une par groupe, sauf le groupe de référence). Chaque coefficient mesure l’écart d’ordonnée à l’origine entre son groupe et le groupe de référence.
En croisant genre et statut marital (référence : hommes célibataires), \widehat{\log(wage)}=.321+.213\,marrmale-.198\,marrfem-.110\,singfem+.079\,educ+\dots Les hommes mariés gagnent environ 21,3 % de plus que les hommes célibataires ; les femmes mariées, 19,8 % de moins. Pour tester directement l’écart entre deux groupes non-référence (ici, célibataires vs mariées), il faut soit recombiner les coefficients avec leur covariance, soit changer de groupe de référence et ré-estimer.
Information ordinale
Une variable ordinale (note de crédit, catégorie de beauté, tranche de classement) a un ordre mais pas d’écart interprétable entre modalités. L’entrer telle quelle impose un effet constant par unité, hypothèse souvent injustifiée. Solution : créer une indicatrice par modalité (sauf la modalité de référence), ce qui laisse l’effet libre de varier d’un échelon à l’autre.
Découper le rang d’une école de commerce en tranches (top10, r11_25, …) plutôt que de l’entrer en niveau améliore nettement l’ajustement (\bar R^2 passant de .836 à .905) : l’effet du classement sur le salaire de sortie n’est manifestement pas linéaire en rang. Ce principe s’applique à toute variable de notation — rating de crédit obligataire, scoring de risque — dès lors que rien ne garantit une relation linéaire avec la variable expliquée.
Interactions et indicatrices
Interaction entre deux indicatrices
Ajouter female\times married à un modèle contenant déjà female et married séparément permet à l’écart de mariage de différer entre hommes et femmes — c’est rigoureusement équivalent à définir directement les quatre indicatrices de groupe (chapitre précédent), mais l’écriture en interaction rend le test de l’hétérogénéité (H_0: coefficient d’interaction =0) immédiat.
Pentes différentes selon le groupe
\log(wage)=(\beta_0+\delta_0\,female)+(\beta_1+\delta_1\,female)\,educ+u donne un intercept et une pente propres à chaque groupe. \delta_0 capture l’écart d’intercept, \delta_1 l’écart de rendement de l’éducation entre les groupes. Économétriquement, ce modèle s’estime en régressant y sur female, educ et female\times educ.
Quand female et female\times educ sont très corrélées dans l’échantillon (ce qui arrive dès que educ=0 n’apparaît jamais dans les données), l’erreur-type de \delta_0 explose : on estime alors mal l’écart au niveau educ=0, point sans intérêt pratique. Recentrer l’interaction sur (educ-\overline{educ}) donne un écart interprétable à l’éducation moyenne, avec une erreur-type exploitable.
Le test de Chow
Pour tester si un même modèle décrit deux groupes (H_0 : mêmes coefficients dans les deux), on compare la SSR de la régression poolée (SSR_p) à la somme des SSR des régressions séparées par groupe (SSR_1+SSR_2) : F=\dfrac{[SSR_p-(SSR_1+SSR_2)]/(k+1)}{(SSR_1+SSR_2)/[n-2(k+1)]}\ \sim\ F_{k+1,\,n-2(k+1)}\text{ sous }H_0. Équivalent à tester conjointement la significativité de l’indicatrice de groupe et de toutes ses interactions avec les régresseurs.
Le test de Chow interdit toute différence, y compris de pente. S’il rejette H_0, il faut identifier quelle différence compte : tester seulement les interactions (H_0: pentes égales, intercepts libres) est souvent plus informatif — c’est ce qu’on a fait ci-dessus pour l’écart de rendement de l’éducation.
La probabilité linéaire
Une variable dépendante binaire
Quand y\in\{0,1\}, P(y=1\mid x)=E(y\mid x). Le modèle P(y=1\mid x)=\beta_0+\beta_1x_1+\dots+\beta_kx_k s’estime par MCO comme n’importe quel modèle linéaire ; \hat\beta_j s’interprète comme la variation de la probabilité de succès pour une hausse d’une unité de x_j, toutes choses égales par ailleurs.
\widehat{inlf}=.586-.0034\,nwifeinc+.038\,educ+.039\,exper-.0006\,exper^2-.016\,age-.262\,kidslt6+.013\,kidsge6 : chaque enfant de moins de 6 ans réduit la probabilité de participation de 26,2 points, alors qu’un enfant plus âgé n’a quasiment aucun effet — un contraste économiquement très parlant.
Une variable dépendante binaire (suite)
Le MPL peut prédire des probabilités hors de [0,1], impose un effet marginal constant (irréaliste sur toute la plage de x), et souffre nécessairement d’hétéroscédasticité puisque \operatorname{Var}(y\mid x)=p(x)[1-p(x)] dépend de x. Cela ne biaise pas \hat\beta_j (chapitre 2) mais invalide les erreurs-types usuelles — problème traité au chapitre 7. En pratique, le MPL reste très utilisé pour son interprétabilité directe, surtout près du centre de la distribution des régresseurs.
Évaluation de politiques
Groupes de traitement et de contrôle, auto-sélection
Dans y=\beta_0+\beta_1\,partic+u, si la participation à un programme n’est pas assignée aléatoirement, E(u\mid partic=1)\neq E(u\mid partic=0) est plausible : les participants diffèrent systématiquement des non-participants sur des facteurs non observés corrélés à y. La régression multiple atténue le problème en contrôlant les facteurs observables, mais ne le résout pas si des facteurs pertinents restent inobservés — situation qui appelle les méthodes plus avancées (variables instrumentales, données de panel) des chapitres suivants.
Deux usages typiques du MPL en évaluation de politiques : tester la discrimination dans l’octroi de prêts (approved=\beta_0+\beta_1\,nonwhite+\beta_2\,income+\dots, où \beta_1<0 signale une discrimination ceteris paribus), et mesurer l’effet causal d’une subvention à la formation sur la productivité d’une firme. Dans les deux cas, la validité de l’interprétation causale dépend entièrement de la qualité des variables de contrôle incluses.
Synthèse
Ce qu’il faut retenir
- Une indicatrice s’interprète comme un décalage d’intercept ; g groupes exigent g-1 indicatrices plus un intercept, sous peine de piège de colinéarité.
- L’information ordinale se code par indicatrices par modalité plutôt qu’en niveau, sauf si la linéarité est justifiée.
- Les interactions indicatrice\timescontinue permettent des pentes différentes par groupe ; le test de Chow généralise ceci à une différence globale entre groupes.
- Le modèle de probabilité linéaire étend la régression MCO aux variables dépendantes binaires, avec des limites (bornes, hétéroscédasticité) à garder en tête.
Le MPL a mis en évidence un problème plus général : l’hétéroscédasticité, c’est-à-dire une variance de l’erreur qui dépend des régresseurs. Le chapitre suivant traite ce problème de façon systématique — comment le détecter, et comment corriger l’inférence.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)