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Statistique inférentielle

Les qualités d’un estimateur

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Statistique inférentielle

Chapitre 6 : Les qualités d’un estimateur

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

24 septembre 2026

Trois qualités

Ce que l’on demande à un estimateur

Les trois critères
Qualité Ce qu’elle exige
Sans biais il vise le bon point : E(\widehat{\theta}) = \theta
Convergent il s’améliore quand n grandit
Efficace il est le moins dispersé de sa catégorie
Elles ne se déduisent pas les unes des autres

Un estimateur peut être sans biais et ne pas converger. Il peut converger et rester biaisé à distance finie.

Les trois se vérifient séparément — et, comme on le verra, elles peuvent entrer en conflit.

La convergence

La définition

Estimateur convergent

\widehat{\theta} est convergent si sa valeur se rapproche de \theta quand n augmente indéfiniment.

Condition suffisante, et commode : le biais tend vers zéro et la variance tend vers zéro.

La moyenne d’échantillon

Biais nul quel que soit n, et

V(\overline{X}) = \frac{\sigma^2}{n} \;\longrightarrow\; 0

C’est la loi des grands nombres, chapitre 19 des probabilités : \overline{X} est convergent.

La convergence n’est pas la précision

Une distinction opérationnelle

La convergence est une propriété asymptotique : elle décrit ce qui se passe à l’infini.

Un gestionnaire ne travaille jamais à l’infini. Il travaille sur cinquante observations, et ce qui l’intéresse est la précision à cette taille-là.

Un estimateur convergent peut être inutilisable

Sur nos salaires, \sigma/\sqrt{n} vaut 821 dirhams à n=10. L’estimateur est convergent, sans biais, irréprochable en théorie — et incapable de fonder la moindre décision salariale.

La convergence garantit qu’une méthode n’est pas absurde ; elle ne garantit pas qu’elle soit utile.

L’efficacité

Comparer deux estimateurs sans biais

Estimateur efficace

Entre deux estimateurs sans biais, le plus efficace est celui de plus petite variance.

Moyenne contre médiane

Pour une population normale, tous deux estiment m sans biais. Mais

V(\text{médiane}) \approx \frac{\pi}{2}\,V(\overline{X}) \approx 1{,}57\,V(\overline{X})

La médiane est 57\,\% plus dispersée : à précision égale, elle exige un échantillon une fois et demie plus grand.

Quand la médiane reprend l’avantage

Le compromis efficacité-robustesse

La supériorité de la moyenne suppose une population normale et sans valeurs aberrantes.

Une seule saisie erronée — un salaire tapé à 75\,000 au lieu de 7\,500 — déplace la moyenne de plusieurs dizaines de dirhams. La médiane, elle, ne bouge pas.

La règle de choix

Données propres et distribution régulière : la moyenne, plus efficace.

Données réelles, mal contrôlées, à queues épaisses : la médiane, moins efficace mais robuste. C’est exactement pourquoi les revenus se publient en médiane.

L’erreur quadratique moyenne

Un critère qui réunit les deux

La décomposition

Erreur quadratique moyenne

\text{EQM}(\widehat{\theta}) = E\big[(\widehat{\theta}-\theta)^2\big] = \big[\text{biais}(\widehat{\theta})\big]^2 + V(\widehat{\theta})

Une seule mesure de l’erreur totale

Le biais dit où l’on vise ; la variance dit comment on groupe. L’EQM les additionne dans la même unité.

C’est le critère qui permet de comparer un estimateur biaisé mais précis à un estimateur sans biais mais dispersé — ce qu’aucun des deux critères ne permettait séparément.

Le résultat qui dérange

Le minimum n’est pas en zéro de biais

Sur la figure, le minimum de l’EQM se trouve à gauche de c=1, c’est-à-dire du côté des estimateurs légèrement biaisés.

Accepter un peu de biais peut réduire l’erreur totale.

Où cela sert réellement

C’est le principe des estimateurs rétrécis, et celui de la régression pénalisée qu’emploient tous les modèles de prévision modernes.

En licence, on s’en tient aux estimateurs sans biais — c’est la convention. Mais il faut savoir que ce n’est pas un impératif mathématique : c’est un choix, et il a un coût.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Six points
  1. Trois qualités : sans biais, convergent, efficace — indépendantes les unes des autres.
  2. Convergent signifie que biais et variance tendent vers zéro quand n grandit.
  3. La convergence est asymptotique ; elle ne dit rien de la précision à n = 50.
  4. Efficace : de plus petite variance parmi les estimateurs sans biais.
  5. La moyenne est plus efficace que la médiane, mais la médiane est robuste aux valeurs aberrantes.
  6. \text{EQM} = \text{biais}^2 + \text{variance} : un peu de biais peut réduire l’erreur totale.
La suite

Nous savons juger un estimateur. Nous ne savons toujours pas d’où il sort : pourquoi \overline{X} pour m, et que faire pour un paramètre moins évident ?

Le chapitre 7 donne les deux méthodes qui construisent un estimateur au lieu de le deviner.

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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