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Modélisation ARMA des rentabilités financières

La stationnarité

Modélisation ARMA des rentabilités financières
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Modélisation ARMA des rentabilités financières

Chapitre 1 : La stationnarité

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Avant de commencer

La question laissée ouverte

Une seule trajectoire observée. Pour en tirer quoi que ce soit, il faut que le processus se répète d’une certaine manière au fil du temps. Reste à dire laquelle.

La stationnarité stricte

Une exigence trop forte

Stationnarité stricte (ou forte)

Le processus (y_t) est strictement stationnaire si, pour tout k et toute suite de dates t_1,\dots,t_n, la loi jointe de (y_{t_1}, \dots, y_{t_n}) \quad \text{et celle de} \quad (y_{t_1+k}, \dots, y_{t_n+k}) sont identiques. Décaler l’origine du temps ne change rien.

Pourquoi on ne s’en sert pas

Cette définition porte sur des lois entières, qu’on n’observe jamais. Elle est invérifiable en pratique. On lui préfère une version qui ne contraint que les deux premiers moments.

La stationnarité faible

Trois conditions

Stationnarité au sens faible (ou du second ordre)

Le processus (y_t) est stationnaire au sens faible si :

  1. \mathrm{E}(y_t) = \mu, constante — indépendante de t ;
  2. \mathrm{V}(y_t) = \sigma^2 < \infty, constante ;
  3. \mathrm{Cov}(y_t,\,y_{t-k}) = \gamma_k ne dépend que de l’écart k, jamais de la date t.

Lire les trois conditions

Ce que chacune interdit
  1. interdit la tendance : la série ne dérive pas.

  2. interdit la variance changeante : l’amplitude des fluctuations reste stable. C’est celle qui posera problème sur les rentabilités.

  3. interdit que le lien entre deux dates dépende du moment où l’on regarde : la corrélation entre janvier et février doit être celle entre juillet et août.

Quatre séries, une seule stationnaire

Quatre séries, une seule stationnaire (suite)

Diagnostic à l’œil

En haut à gauche, la série oscille autour d’un niveau fixe avec une amplitude stable : rien ne s’y oppose. Les trois autres violent respectivement la condition (1), la condition (2), et — pour la marche aléatoire — les conditions (2) et (3) à la fois.

Strict, faible : quel lien ?

Les implications
  • Stationnarité stricte + moments d’ordre 2 finis \Rightarrow stationnarité faible.
  • La réciproque est fausse en général.
  • Elle devient vraie dans le cas gaussien : une loi normale est entièrement déterminée par sa moyenne et sa variance.
Ce que « faible » veut dire au juste

« Faible » ne veut pas dire approximatif. Cela veut dire : on ne contraint que l’espérance, la variance et les covariances. Tout le reste de la loi — asymétrie, épaisseur des queues — est laissé libre. C’est précisément ce qui permettra aux rentabilités d’être stationnaires et d’avoir des queues épaisses.

Pourquoi la stationnarité

L’ergodicité, en un mot

Ergodicité

Un processus stationnaire est ergodique pour la moyenne si \bar{y}_T = \frac{1}{T}\sum_{t=1}^{T} y_t \ \xrightarrow[T\to\infty]{} \ \mu . La moyenne calculée le long d’une trajectoire converge vers l’espérance du processus.

Le rôle exact des deux notions

La stationnarité garantit qu’il existe un \mu unique à estimer. L’ergodicité garantit qu’on peut l’atteindre en moyennant dans le temps. Ensemble, elles remplacent les répétitions dont on ne dispose pas.

Le danger d’ignorer la stationnarité

La régression fallacieuse

Deux séries indépendantes, chacune munie d’une tendance, présentent un R^2 élevé et des coefficients très significatifs — alors qu’aucun lien ne les unit. Le problème n’est pas la faiblesse du test, c’est que ses hypothèses sont violées : la statistique de Student ne suit plus la loi qu’on lui prête.

La règle de travail

On ne modélise jamais une série non stationnaire par un ARMA. On la stationnarise d’abord — et le chapitre 7 dira comment.

Le cas des rentabilités

Pourquoi les rentabilités et non les prix

Un cours de bourse n’est pas stationnaire : il n’a pas de niveau d’ancrage, et sa variance croît avec l’horizon. Sa différence logarithmique — la rentabilité — l’est approximativement : elle oscille autour de zéro, sans tendance.

Le passage au logarithme puis à la différence

P_t \ \text{non stationnaire} \quad \longrightarrow \quad r_t = \ln P_t - \ln P_{t-1} \ \text{stationnaire en moyenne}.

Une réserve, à garder en tête

« Stationnaire en moyenne » ne veut pas dire stationnaire tout court. La condition (2) — variance constante — est douteuse sur données financières. C’est exactement le point sur lequel le cours s’achèvera, et qui appellera les modèles GARCH.

Synthèse

Ce qu’il faut retenir

L’essentiel du chapitre 1
  • La stationnarité stricte porte sur les lois jointes : invérifiable en pratique.
  • La stationnarité faible impose trois conditions : espérance constante, variance constante et finie, covariance ne dépendant que du décalage.
  • Elle rend l’inférence possible à partir d’une trajectoire unique ; l’ergodicité en assure la convergence.
  • Une série non stationnaire doit être transformée avant toute modélisation ARMA.
  • Les rentabilités sont stationnaires en moyenne ; leur variance, elle, pose question.
Vers le chapitre 2

Il nous faut maintenant un exemple de processus stationnaire — le plus simple possible, celui qui servira de brique à tous les modèles du cours. C’est le bruit blanc.

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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