• Jaouad Madkour
  • Accueil
  • Licence
  • Master
  • Doctorat
  • Informatique
  • Publications
  • À propos

Modélisation ARMA des rentabilités financières

La prévision : ponctuelle, par intervalle, par densité

Modélisation ARMA des rentabilités financières
  • Présentation du cours
  • Variable aléatoire et processus stochastique
  • La stationnarité
  • Le bruit blanc
  • L'opérateur retard et l'écriture polynomiale
  • Les processus autorégressifs AR(p)
  • Les processus de moyenne mobile MA(q)
  • Les processus mixtes ARMA(p,q)
  • Conditions de stationnarité et d'inversibilité
  • Les tests de racine unitaire
  • Espérance, variance et fonction d'autocovariance
  • Autocorrélation, autocorrélogramme et mémoire
  • Box et Jenkins : l'identification
  • Le choix du modèle par les critères d'information
  • L'estimation : moindres carrés et maximum de vraisemblance
  • La validation, et ce que les résidus révèlent
  • La prévision : ponctuelle, par intervalle, par densité
  • Mise en œuvre sur R
  • Mise en œuvre sur Python

Modélisation ARMA des rentabilités financières

Chapitre 15 : La prévision — ponctuelle, par intervalle, par densité

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Avant de commencer

Ce que « prévoir » veut dire

Trois réponses, de plus en plus riches

Ponctuelle : un nombre. « La rentabilité de demain sera de 0,04 %. »

Par intervalle : une fourchette et sa probabilité. « Entre -2{,}3\,\% et +2{,}4\,\% avec 95 % de chances. »

Par densité : toute la loi de y_{T+h}. C’est la réponse complète — les deux autres n’en sont que des résumés.

En finance, c’est la troisième qui compte

Une VaR est un quantile de la densité prévue. Le prix d’une option est une espérance sous cette densité. La prévision ponctuelle, elle, n’intéresse presque personne sur données de marché.

La prévision ponctuelle

Le critère

Meilleure prévision au sens de l’erreur quadratique

La prévision \hat{y}_{T+h} qui minimise \mathrm{E}\big[(y_{T+h} - \hat{y}_{T+h})^2 \mid \Omega_T\big] est l’espérance conditionnelle \hat{y}_{T+h|T} = \mathrm{E}\big(y_{T+h} \mid \Omega_T\big) .

Un résultat, pas une convention

Ce n’est pas un choix parmi d’autres : sous le critère quadratique, aucune fonction du passé ne fait mieux. Changer de critère changerait la réponse — la médiane conditionnelle minimiserait l’erreur absolue.

La règle de calcul

Trois substitutions, appliquées à l’équation du modèle

Pour toute date future T+h, on remplace :

  • y_{T+j} connu (j \le 0) par sa valeur observée ;
  • y_{T+j} futur (j > 0) par sa propre prévision \hat{y}_{T+j|T} ;
  • \varepsilon_{T+j} futur (j > 0) par zéro ; \varepsilon_{T+j} passé par le résidu \hat\varepsilon_{T+j}.
Pourquoi zéro

Un choc futur est par définition imprévisible et centré : sa meilleure prévision est son espérance, qui vaut zéro. C’est là que se loge toute l’incertitude de la prévision.

Sur un AR(1)

Avec y_t = \theta + \alpha\,y_{t-1} + \varepsilon_t :

\hat{y}_{T+1|T} = \theta + \alpha\,y_T \hat{y}_{T+2|T} = \theta + \alpha\,\hat{y}_{T+1|T} = \theta(1+\alpha) + \alpha^2 y_T \hat{y}_{T+h|T} = \mu + \alpha^h\,(y_T - \mu), \qquad \mu = \frac{\theta}{1-\alpha} .

La convergence vers la moyenne

Comme |\alpha| < 1, \hat{y}_{T+h|T} \to \mu quand h \to \infty. Au-delà de quelques périodes, un modèle stationnaire ne prévoit plus rien d’autre que la moyenne.

Un ordre de grandeur

\alpha = 0{,}6, y_T - \mu = 10. L’écart prévu vaut 6 à un pas, 3{,}6 à deux pas, 0{,}6 à cinq pas, 0{,}06 à dix pas. La mémoire du modèle s’épuise en une poignée de périodes.

Sur un MA(q)

\hat{y}_{T+1|T} = \theta + \beta_1\hat\varepsilon_T + \dots + \beta_q\hat\varepsilon_{T+1-q}

Un horizon strictement borné

Pour h > q, tous les chocs concernés sont futurs, donc remplacés par zéro : \hat{y}_{T+h|T} = \theta = \mu \qquad (h > q).

La mémoire finie se voit dans la prévision

Un MA(2) prévoit quelque chose à un et deux pas, et strictement rien au-delà. La coupure de l’ACF au retard q et la coupure de la prévision à l’horizon q sont le même phénomène.

La prévision par intervalle

L’erreur de prévision

Décomposition

En représentation MA(\infty), y_t = \mu + \sum_{j\ge0}\psi_j\varepsilon_{t-j}, l’erreur à l’horizon h s’écrit e_{T+h} = y_{T+h} - \hat{y}_{T+h|T} = \sum_{j=0}^{h-1}\psi_j\,\varepsilon_{T+h-j} .

Elle ne contient que des chocs futurs — ceux qu’on ne pouvait pas connaître.

\mathrm{V}(e_{T+h}) = \sigma_\varepsilon^2\sum_{j=0}^{h-1}\psi_j^2 .

Lire cette variance

Trois enseignements

Elle croît avec h : chaque période supplémentaire ajoute un choc.

Elle converge vers \sigma_\varepsilon^2\sum_{j\ge0}\psi_j^2 = \mathrm{V}(y_t), la variance inconditionnelle. À long horizon, prévoir ne réduit plus l’incertitude du tout.

À un pas, elle vaut \sigma_\varepsilon^2 : c’est le minimum absolu, l’incertitude irréductible.

AR(1) : la formule explicite

\psi_j = \alpha^j, donc \mathrm{V}(e_{T+h}) = \sigma_\varepsilon^2\,\frac{1-\alpha^{2h}}{1-\alpha^2} \ \xrightarrow[h\to\infty]{} \ \frac{\sigma_\varepsilon^2}{1-\alpha^2} = \gamma_0 .

L’intervalle

Intervalle de prévision à 95 pour cent

\hat{y}_{T+h|T} \ \pm\ 1{,}96\,\sqrt{\mathrm{V}(e_{T+h})} .

Trois hypothèses, souvent oubliées

Cet intervalle suppose que les innovations sont gaussiennes, que les paramètres sont connus (et non estimés), et que le modèle est bien spécifié. Chacune est fausse en pratique ; l’intervalle réel est plus large que l’intervalle affiché.

Intervalle de prévision, intervalle de confiance

Ne pas confondre. Un intervalle de confiance encadre un paramètre inconnu mais fixe. Un intervalle de prévision encadre une variable aléatoire non encore réalisée : il est nécessairement plus large, puisqu’il intègre l’aléa futur en plus de l’incertitude d’estimation.

La prévision par densité

De l’intervalle à la loi entière

Densité prédictive

f\big(y_{T+h} \mid \Omega_T\big) . Sous hypothèse gaussienne et paramètres connus : y_{T+h} \mid \Omega_T \ \sim\ \mathcal{N}\Big(\hat{y}_{T+h|T},\ \ \sigma_\varepsilon^2\textstyle\sum_{j=0}^{h-1}\psi_j^2\Big).

Ce que la densité apporte de plus

Elle donne n’importe quel quantile, donc la VaR ; la probabilité d’un événement, par exemple \mathbb{P}(y_{T+h} < 0) ; et l’espérance de toute fonction du futur, ce dont l’évaluation d’options a besoin.

Quand la forme fermée ne suffit plus

Densité par simulation
  1. Tirer N trajectoires de chocs futurs (\varepsilon_{T+1},\dots,\varepsilon_{T+h}).
  2. Propager le modèle sur chacune pour obtenir y_{T+h}^{(i)}.
  3. La distribution empirique des y_{T+h}^{(i)} est la densité prédictive.
Les deux façons de tirer les chocs

Paramétrique : tirer dans \mathcal{N}(0,\hat\sigma_\varepsilon^2) — simple, mais impose la normalité.

Bootstrap : rééchantillonner dans les résidus observés — conserve l’asymétrie et les queues épaisses, sans hypothèse de loi. C’est la voie à privilégier en finance.

Évaluer une prévision de densité

La transformée en probabilité intégrale

Si la densité prévue est correcte, les valeurs u_t = F_t(y_t) — la fonction de répartition prévue évaluée en la réalisation — sont uniformes sur [0,1] et indépendantes.

Le lien avec la VaR

C’est exactement le principe du backtesting réglementaire : compter les dépassements de VaR revient à vérifier que u_t franchit le seuil 1\,\% dans 1\,\% des cas, et sans se regrouper dans le temps. Le cours de Value at Risk y consacre son chapitre 5.

La limite à combler

Ce qui est juste et ce qui ne l’est pas

Le diagnostic, sur données financières

La prévision ponctuelle est correcte — et sans intérêt : elle vaut à peu près la moyenne dès le premier pas, puisqu’il n’y a presque pas de mémoire.

La prévision par intervalle et par densité est fausse, parce qu’elle suppose une variance constante que le chapitre 14 a montrée changeante.

Le mécanisme de l’erreur

En période calme, l’intervalle fondé sur \hat\sigma_\varepsilon^2 — la volatilité moyenne de l’échantillon — est trop large : il ne sert à rien.

En période agitée, il est beaucoup trop étroit : il sous-estime le risque précisément au moment où l’on en a besoin.

Ce que les GARCH viennent corriger

\hat{y}_{T+h|T} \pm 1{,}96\,\sqrt{\hat{h}_{T+h|T}} \qquad \text{au lieu de} \qquad \hat{y}_{T+h|T} \pm 1{,}96\,\hat\sigma_\varepsilon . La prévision ponctuelle est inchangée. C’est la largeur de l’intervalle qui devient conditionnelle au passé récent — et c’est tout l’objet du cours suivant.

Synthèse

Ce qu’il faut retenir

L’essentiel du chapitre 15
  • La meilleure prévision au sens quadratique est l’espérance conditionnelle \mathrm{E}(y_{T+h}\mid\Omega_T).
  • Règle de calcul : chocs futurs remplacés par zéro, valeurs futures par leurs prévisions.
  • AR : \hat{y}_{T+h|T} = \mu + \alpha^h(y_T-\mu), convergence vers \mu. MA(q) : prévision égale à \mu dès h > q.
  • \mathrm{V}(e_{T+h}) = \sigma_\varepsilon^2\sum_{j<h}\psi_j^2 : croissante en h, bornée par la variance inconditionnelle.
  • Densité prédictive : gaussienne sous hypothèse forte, bootstrap des résidus sinon.
  • Sur données financières, le point est bon mais l’intervalle est faux : c’est la variance conditionnelle qu’il faut modéliser.
Vers les chapitres 16 et 17

Toute la démarche est en place. Il reste à l’exécuter — sur un vrai jeu de données, avec un vrai logiciel. R d’abord, Python ensuite.

← Chapitre précédentLa validation, et ce que les résidus révèlent Chapitre suivant →Mise en œuvre sur R

Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

© 2026 Jaouad Madkour · jmadkour.org

jmadkour@uae.ac.ma

construit avec Quarto