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Modélisation ARMA des rentabilités financières

Espérance, variance et fonction d’autocovariance

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Modélisation ARMA des rentabilités financières

Chapitre 9 : Espérance, variance et fonction d’autocovariance

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Avant de commencer

Ce que nous calculons, et pourquoi

Le but n’est pas le calcul

Nous cherchons la signature de chaque modèle : la forme que prend sa fonction d’autocovariance. C’est en comparant cette signature théorique aux autocorrélations observées qu’on identifiera p et q sur données réelles.

Les moments d’ordre un

Espérance d’un MA(q)

\mathrm{E}(y_t) = \mathrm{E}\Big[\mu + \varepsilon_t + \sum_j\beta_j\varepsilon_{t-j}\Big] = \mu .

La constante d’un MA est son espérance : tous les chocs sont centrés.

Espérance d’un AR(p)

En prenant l’espérance de y_t = \theta + \sum_i\alpha_iy_{t-i} + \varepsilon_t et en utilisant la stationnarité (\mathrm{E}(y_t) = \mathrm{E}(y_{t-i}) = \mu) :

\mu = \theta + \mu\sum_i\alpha_i \qquad \Longrightarrow \qquad \boxed{\ \mu = \frac{\theta}{1 - \sum_i\alpha_i}\ }

Deux lectures

La constante \theta n’est pas l’espérance : elle en est un déterminant, amplifié par la persistance. Plus \sum\alpha_i approche 1, plus \mu s’éloigne de c — et l’on retrouve au passage la condition de stationnarité, puisque le dénominateur s’annule en \sum\alpha_i = 1.

Application numérique

y_t = 2 + 0{,}6y_{t-1} + \varepsilon_t donne \mu = 2/(1-0{,}6) = 5. La série oscille autour de 5, non de 2.

Le processus MA, direct

MA(1)

Avec y_t = \theta + \varepsilon_t + \beta\varepsilon_{t-1} et z_t = y_t - \mu :

\gamma_0 = \mathrm{V}(z_t) = \sigma_\varepsilon^2(1+\beta^2).

\gamma_1 = \mathrm{E}\big[(\varepsilon_t+\beta\varepsilon_{t-1})(\varepsilon_{t-1}+\beta\varepsilon_{t-2})\big] = \beta\,\sigma_\varepsilon^2 ,

car seul le produit \beta\varepsilon_{t-1}\cdot\varepsilon_{t-1} survit — tous les autres croisent des chocs de dates différentes, non corrélés.

\gamma_k = 0 \quad \text{pour } k \ge 2 : \ \text{aucun choc partagé.}

L’autocorrélation d’un MA(1)

\boxed{\ \rho_1 = \frac{\beta}{1+\beta^2}, \qquad \rho_k = 0 \ \ (k\ge2).\ }

Une borne à connaître

La fonction \beta \mapsto \beta/(1+\beta^2) atteint son maximum en \beta=1, où elle vaut 0{,}5. Un MA(1) ne peut donc jamais produire une autocorrélation d’ordre 1 supérieure à 0,5 en valeur absolue. Si les données en montrent une de 0,7, le MA(1) est exclu d’emblée.

MA(q)

Formule générale

\gamma_k = \sigma_\varepsilon^2\sum_{j=0}^{q-k}\beta_j\,\beta_{j+k} \quad (0 \le k \le q), \qquad \gamma_k = 0 \quad (k>q), avec la convention \beta_0 = 1.

La lecture

\gamma_k compte les chocs partagés entre y_t et y_{t-k}, pondérés. Au-delà de q retards, il n’y en a plus aucun : la coupure est nette, sans décroissance.

AR et Yule-Walker

AR(1), par la forme MA infinie

Avec y_t - \mu = \sum_{j\ge0}\alpha^j\varepsilon_{t-j} :

\gamma_0 = \sigma_\varepsilon^2\sum_{j\ge0}\alpha^{2j} = \frac{\sigma_\varepsilon^2}{1-\alpha^2}.

\gamma_k = \mathrm{E}\Big[\sum_{i\ge0}\alpha^i\varepsilon_{t-i}\sum_{j\ge0}\alpha^j\varepsilon_{t-k-j}\Big] = \sigma_\varepsilon^2\alpha^k\sum_{j\ge0}\alpha^{2j} = \alpha^k\,\gamma_0 .

Autocorrélation d’un AR(1)

\boxed{\ \rho_k = \alpha^k \ }

Lire ce résultat

Décroissance géométrique, jamais nulle

\alpha = 0{,}8 : \rho_1 = 0{,}80, \rho_2 = 0{,}64, \rho_3 = 0{,}51, \rho_{10} = 0{,}11. L’autocorrélation s’estompe mais ne s’annule à aucun retard fini.

Si \alpha < 0, elle alterne de signe tout en décroissant en module.

La signature qui distingue les deux familles
AR(1) MA(1)
\rho_k décroît géométriquement s’annule dès k=2
Mémoire infinie strictement finie

La méthode générale : Yule-Walker

Multiplions y_t = \sum_i\alpha_iy_{t-i}+\varepsilon_t (centré) par y_{t-k} et prenons l’espérance. Pour k \ge 1, \mathrm{E}(\varepsilon_ty_{t-k}) = 0 :

Équations de Yule-Walker

\gamma_k = \sum_{i=1}^{p}\alpha_i\,\gamma_{k-i} \quad (k\ge1), \qquad \text{soit} \qquad \rho_k = \sum_{i=1}^{p}\alpha_i\,\rho_{k-i}.

Ce que ces équations disent

Les autocorrélations obéissent à la même récurrence que le processus lui-même. Elles sont donc entièrement déterminées par les \alpha_i — et, lues à l’envers, elles permettent d’estimer les \alpha_i à partir des \rho_k observées. C’est l’estimateur de Yule-Walker.

La variance d’un AR(p)

Pour k=0, le terme en \varepsilon ne disparaît pas :

\gamma_0 = \sum_{i=1}^{p}\alpha_i\,\gamma_i + \sigma_\varepsilon^2 .

AR(2) : le système complet

\rho_1 = \frac{\alpha_1}{1-\alpha_2}, \qquad \rho_2 = \alpha_2 + \frac{\alpha_1^2}{1-\alpha_2}, \qquad \rho_k = \alpha_1\rho_{k-1}+\alpha_2\rho_{k-2} \ \ (k\ge3). Selon les racines de A, la décroissance est monotone (racines réelles) ou oscillante amortie (racines complexes) — ce qui produit des pseudo-cycles.

Le cas ARMA(1,1)

Le résultat

Autocorrélations d’un ARMA(1,1)

\rho_1 = \frac{(1+\alpha\beta)(\alpha+\beta)}{1+2\alpha\beta+\beta^2}, \qquad \rho_k = \alpha\,\rho_{k-1} \ \ (k\ge2).

La structure, et c’est tout l’intérêt du modèle mixte

À partir du retard 2, la décroissance est purement autorégressive, au rythme \alpha. La partie MA n’agit que sur le premier retard, dont elle règle le niveau de départ.

Un ARMA(1,1) permet donc d’ajuster séparément le point de départ et la vitesse de décroissance — ce qu’aucun AR(1) ni MA(1) seul ne peut faire.

Synthèse

Ce qu’il faut retenir

L’essentiel du chapitre 9
  • AR : \mu = \theta/(1-\sum\alpha_i) ; la constante \theta n’est pas l’espérance.
  • MA(q) : \gamma_k = 0 pour k>q — coupure nette. MA(1) : \rho_1 = \beta/(1+\beta^2), borné par 0{,}5.
  • AR(1) : \rho_k = \alpha^k — décroissance géométrique, jamais nulle.
  • Yule-Walker : \rho_k = \sum_i\alpha_i\rho_{k-i} ; les autocorrélations suivent la même récurrence que le processus.
  • ARMA(1,1) : \rho_k = \alpha\rho_{k-1} dès k\ge2 ; le MA ne règle que le premier retard.
Vers le chapitre 10

Ces fonctions théoriques deviennent un outil de diagnostic dès qu’on sait les représenter et les estimer. C’est l’objet du chapitre suivant — et il faudra un second instrument, l’autocorrélation partielle, pour lire l’ordre d’un AR.

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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