• Jaouad Madkour
  • Accueil
  • Licence
  • Master
  • Doctorat
  • Informatique
  • Publications
  • À propos

Modélisation ARMA des rentabilités financières

Les processus mixtes ARMA(p,q)

Modélisation ARMA des rentabilités financières
  • Présentation du cours
  • Variable aléatoire et processus stochastique
  • La stationnarité
  • Le bruit blanc
  • L'opérateur retard et l'écriture polynomiale
  • Les processus autorégressifs AR(p)
  • Les processus de moyenne mobile MA(q)
  • Les processus mixtes ARMA(p,q)
  • Conditions de stationnarité et d'inversibilité
  • Les tests de racine unitaire
  • Espérance, variance et fonction d'autocovariance
  • Autocorrélation, autocorrélogramme et mémoire
  • Box et Jenkins : l'identification
  • Le choix du modèle par les critères d'information
  • L'estimation : moindres carrés et maximum de vraisemblance
  • La validation, et ce que les résidus révèlent
  • La prévision : ponctuelle, par intervalle, par densité
  • Mise en œuvre sur R
  • Mise en œuvre sur Python

Modélisation ARMA des rentabilités financières

Chapitre 6 : Les processus mixtes ARMA(p,q)

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Avant de commencer

Pourquoi combiner

Ce n’est pas un goût de la généralité

On pourrait toujours approcher une série par un AR d’ordre élevé, ou par un MA d’ordre élevé. Mais chaque retard ajouté coûte un paramètre à estimer, donc de la précision perdue. Le modèle mixte est une affaire d’économie de paramètres.

La définition

La forme habituelle

ARMA(p,q)

y_t = \theta + \sum_{i=1}^{p}\alpha_i y_{t-i} + \varepsilon_t + \sum_{j=1}^{q}\beta_j\varepsilon_{t-j}, \qquad \boxed{\alpha_p \neq 0 \ \text{ et } \ \beta_q \neq 0}.

Une partie autorégressive, une partie moyenne mobile, un seul bruit blanc.

La forme polynomiale

Écriture compacte

A(L)\,y_t = \theta + B(L)\,\varepsilon_t .

Deux polynômes, deux rôles

A gouverne la stationnarité ; B gouverne l’inversibilité. Chacun garde exactement le rôle qu’il avait dans sa famille d’origine — c’est ce qui rend le cas mixte simple à traiter.

Le cas de référence : ARMA(1,1)

Le modèle mixte minimal

y_t = \theta + \alpha\,y_{t-1} + \varepsilon_t + \beta\,\varepsilon_{t-1}, \qquad (1-\alpha L)y_t = \theta + (1+\beta L)\varepsilon_t . Deux paramètres seulement, et pourtant : une mémoire infinie, dont le premier retard peut être ajusté indépendamment du rythme de décroissance.

Le théorème de Wold

Pourquoi la classe ARMA suffit

La question se pose légitimement : en s’enfermant dans les modèles AR, MA et ARMA, ne se prive-t-on pas de tout ce que les séries stationnaires peuvent faire d’autre ?

Théorème de décomposition de Wold (1938)

Tout processus stationnaire au sens faible, centré et non déterministe, s’écrit de façon unique y_t = \underbrace{\sum_{j\ge0}\psi_j\,\varepsilon_{t-j}}_{\text{partie stochastique}} \;+\; \underbrace{d_t}_{\text{partie déterministe}}, avec \psi_0 = 1, \sum_j\psi_j^2 < \infty, \varepsilon_t \sim \mathrm{WN}(0,\sigma_\varepsilon^2), et d_t parfaitement prévisible à partir du passé lointain.

Lire le théorème

Ce qu’il affirme, et c’est considérable

Toute série stationnaire est un bruit blanc filtré. Pas « peut être approchée par », mais est — exactement, et d’une seule façon.

Le filtre du chapitre 2 n’était donc pas une hypothèse de travail commode : c’est la forme générale de la stationnarité.

Les \varepsilon_t ont un nom

Ce sont les innovations : \varepsilon_t est l’erreur de la meilleure prévision linéaire de y_t à partir de tout son passé. Ce qui n’était pas prévisible, et rien d’autre.

Ce que le théorème justifie

Trois conséquences pour la pratique
  • La forme MA(\infty) est universelle : chercher un modèle, c’est chercher les \psi_j.
  • Un MA(\infty) a une infinité de paramètres, donc n’est pas estimable tel quel. Un ARMA(p,q) en donne une approximation à quelques paramètres, aussi fine qu’on veut.
  • Autrement dit : la classe ARMA est dense dans l’ensemble des processus stationnaires. On ne perd rien d’essentiel à s’y restreindre.
Ce que le théorème ne dit pas

Il porte sur la prévision linéaire, et sur elle seule. Les \varepsilon_t sont non corrélés — pas indépendants. Une dépendance non linéaire peut donc subsister intégralement dans la partie « imprévisible ».

Retenez cette réserve : c’est exactement l’espace où logeront les modèles GARCH, et le chapitre 14 y reviendra.

Le principe de parcimonie

L’argument

Parcimonie

Entre deux modèles qui ajustent également bien les données, on retient celui qui compte le moins de paramètres.

Ce n’est pas une préférence esthétique

Chaque paramètre estimé consomme de l’information. Un modèle surchargé ajuste très bien l’échantillon — y compris son bruit — et prévoit mal hors échantillon. C’est le sur-ajustement, et c’est ce que les critères d’information du chapitre 12 pénaliseront explicitement.

Un exemple parlant

Ce qu’un ARMA(1,1) économise

Considérons un ARMA(1,1) avec \alpha = 0{,}8. Sa représentation MA infinie a des poids qui décroissent en 0{,}8^j.

Pour approcher cette mémoire par un MA pur avec une erreur inférieure à 1 %, il faudrait aller jusqu’à q \simeq 20 — donc estimer vingt paramètres au lieu de deux.

Le piège des racines communes

Le problème

Redondance

Si A(L) et B(L) ont une racine commune, elle se simplifie et le modèle se ramène à un ARMA d’ordres inférieurs.

Un cas d’école

(1-0{,}5L)(1-\alpha L)y_t = (1-0{,}5L)(1+\beta L)\varepsilon_t est un ARMA(2,2) en apparence. En simplifiant par (1-0{,}5L), c’est un ARMA(1,1). Les deux écritures décrivent le même processus.

Pourquoi cela pose un problème pratique

Le symptôme au moment de l’estimation

Le modèle n’est plus identifiable : une infinité de couples de paramètres donnent le même ajustement. L’algorithme d’estimation peine à converger, et les écarts-types des coefficients explosent.

La règle pratique

Si un ARMA(2,2) donne des coefficients très mal estimés alors qu’un ARMA(1,1) ajuste presque aussi bien, il faut soupçonner une racine commune — et retenir le modèle réduit. C’est le principe de parcimonie, sous sa forme la plus concrète.

La famille au complet

Trois cas particuliers d’une même écriture

ARMA contient tout ce qui précède
Modèle p q Écriture
Bruit blanc 0 0 y_t = \varepsilon_t
AR(p) p 0 A(L)y_t = \varepsilon_t
MA(q) 0 q y_t = B(L)\varepsilon_t
ARMA(p,q) p q A(L)y_t = B(L)\varepsilon_t

Et si la série n’est pas stationnaire

ARIMA(p,d,q)

Lorsqu’il faut différencier d fois avant de modéliser : A(L)\,(1-L)^d\,y_t = \theta + B(L)\,\varepsilon_t . Le « I » signifie integrated : la série d’origine est l’intégrale — la somme cumulée — d’un processus ARMA.

Le cas des rentabilités

Le log-prix est typiquement I(1) : il faut le différencier une fois. Modéliser la rentabilité par un ARMA(p,q) revient donc à modéliser le log-prix par un ARIMA(p,1,q). Les deux formulations sont équivalentes, et l’on travaillera sur la rentabilité.

Synthèse

Ce qu’il faut retenir

L’essentiel du chapitre 6
  • ARMA(p,q) : A(L)y_t = \theta + B(L)\varepsilon_t.
  • A décide de la stationnarité, B de l’inversibilité.
  • La parcimonie n’est pas esthétique : chaque paramètre superflu dégrade la prévision.
  • Une racine commune à A et B rend le modèle non identifiable ; il faut simplifier.
  • Bruit blanc, AR et MA sont des cas particuliers d’ARMA ; ARIMA ajoute la différenciation.
Vers la partie III

Nous avons les modèles. Il faut maintenant établir sous quelles conditions ils sont utilisables, puis calculer ce qu’ils prédisent — moments, autocovariances, autocorrélations. C’est ce qui rendra l’identification possible.

← Chapitre précédentLes processus de moyenne mobile MA(q) Chapitre suivant →Conditions de stationnarité et d'inversibilité

Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

© 2026 Jaouad Madkour · jmadkour.org

jmadkour@uae.ac.ma

construit avec Quarto