Calcul stochastique pour la finance
Probabilité risque-neutre et formule de Black-Scholes
- Présentation du cours
- Du temps discret au temps continu
- Le mouvement brownien
- Modéliser un prix, première tentative
- Modèles dynamiques et équations différentielles
- De l'équation différentielle à l'équation différentielle stochastique
- L'intégrale stochastique d'Itô
- Le lemme d'Itô
- Le modèle de Black-Scholes-Merton pour une action
- Les autres processus de la finance
- Couverture et équation de Black-Scholes
- Probabilité risque-neutre et formule de Black-Scholes
- Simuler, et ce qui vient après
Calcul stochastique pour la finance
Chapitre 10 : Probabilité risque-neutre et formule de Black-Scholes
Avant de commencer
Le raisonnement du chapitre
Le prix d’une option ne dépend pas de \mu. Nous allons exploiter ce fait de la façon la plus radicale : puisque la réponse est la même quel que soit \mu, choisissons le \mu qui rend le calcul facile.
Le changement de probabilité
L’idée
La probabilité \mathbb{Q} sous laquelle tout actif — l’action comme l’option — a pour rendement espéré le taux sans risque r : \frac{dS_t}{S_t} = r\,dt + \sigma\,dW^{\mathbb{Q}}_t .
Ce n’est pas une croyance sur le monde, et personne ne pense que les actions rapportent le taux sans risque. C’est un instrument de calcul, légitimé par le fait que le prix cherché ne dépend pas de \mu.
Le théorème qui l’autorise
Changer la dérive d’un mouvement brownien revient à changer de probabilité, sans modifier l’ensemble des trajectoires possibles. En posant W^{\mathbb{Q}}_t = W_t + \frac{\mu - r}{\sigma}\,t, le processus W^{\mathbb{Q}} est un mouvement brownien standard sous \mathbb{Q}.
(\mu - r)/\sigma est le ratio de Sharpe de l’action : la prime de risque par unité de volatilité. Passer de \mathbb{P} à \mathbb{Q}, c’est exactement retirer la prime de risque.
Le prix comme espérance
V_0 \;=\; e^{-rT}\;\mathrm{E}_{\mathbb{Q}}\big[\text{payoff}(S_T)\big].
Sous \mathbb{Q}, plus aucun actif ne porte de prime de risque : tous rapportent r. L’objection du chapitre 9 tombe. La difficulté a été déplacée du choix d’un taux d’actualisation vers un changement de mesure.
La formule
Le calcul
Sous \mathbb{Q}, le chapitre 7 donne
S_T = S_0\exp\Big[\Big(r - \frac{\sigma^2}{2}\Big)T + \sigma W^{\mathbb{Q}}_T\Big],
donc \ln S_T est gaussien de moyenne \ln S_0 + (r-\sigma^2/2)T et de variance \sigma^2T. Il reste à calculer une espérance sur une log-normale tronquée en K.
C_0 = S_0\,N(d_1) \;-\; K\,e^{-rT}\,N(d_2), d_1 = \frac{\ln(S_0/K) + \big(r + \tfrac{\sigma^2}{2}\big)T}{\sigma\sqrt{T}}, \qquad d_2 = d_1 - \sigma\sqrt{T}. N est la fonction de répartition de la loi normale centrée réduite.
Lire la formule
K e^{-rT}N(d_2) est la valeur actualisée du prix d’exercice, pondérée par N(d_2) — la probabilité risque-neutre d’exercer.
S_0N(d_1) est la valeur de l’action reçue en cas d’exercice, et N(d_1) est aussi la quantité d’actions à détenir pour couvrir : c’est le \Delta du chapitre 9.
C_0 - P_0 = S_0 - K\,e^{-rT}. Cette relation ne suppose aucun modèle : elle découle du seul arbitrage. Elle donne le put dès qu’on a le call.
Ce que la formule dit du prix
- C_0 croît avec S_0 : le call est un droit d’acheter.
- C_0 croît avec \sigma : la volatilité ne coûte rien au détenteur — il ne subit pas les baisses — et lui offre les hausses.
- C_0 croît avec T et avec r : plus le paiement de K est repoussé, moins il pèse.
Les grecques
Les cinq sensibilités
| Grecque | Dérivée | Ce qu’elle mesure |
|---|---|---|
| Delta \Delta | \partial V/\partial S | sensibilité au prix |
| Gamma \Gamma | \partial^2 V/\partial S^2 | instabilité du delta |
| Vega | \partial V/\partial\sigma | sensibilité à la volatilité |
| Theta | \partial V/\partial t | érosion par le temps |
| Rho | \partial V/\partial r | sensibilité au taux |
Pour un call : \Delta = N(d_1) \in\, ]0,1[, et \Gamma > 0.
Gamma et theta : les deux faces d’une même pièce
Réécrivons l’EDP du chapitre 9 pour un portefeuille couvert (\Delta-neutre) :
\Theta + \tfrac{1}{2}\sigma^2S^2\,\Gamma = r\,V .
Le détenteur d’une option a \Gamma > 0 : chaque mouvement du sous-jacent, à la hausse comme à la baisse, lui profite lorsqu’il rééquilibre sa couverture. Il paie ce privilège par un \Theta < 0 : la valeur temps s’érode chaque jour. Le gamma est ce qu’on achète, le theta est son loyer.
Ce que la couverture ne peut pas faire
- Le rééquilibrage est discret, non continu : entre deux ajustements, le gamma laisse passer une erreur.
- Chaque ajustement supporte des coûts de transaction, qui croissent quand on couvre plus souvent.
- \sigma est supposée connue et constante — l’économétrie financière a montré qu’elle ne l’est pas.
C’est le point de départ du chapitre « risque de modèle » du cours de Value at Risk.
Synthèse
Ce qu’il faut retenir
- Sous \mathbb{Q}, tout actif rapporte r ; Girsanov autorise ce changement de dérive.
- (\mu-r)/\sigma, le ratio de Sharpe, est exactement ce que le changement de mesure retire.
- V_0 = e^{-rT}\mathrm{E}_{\mathbb{Q}}[\text{payoff}], d’où C_0 = S_0N(d_1) - Ke^{-rT}N(d_2).
- N(d_2) est la probabilité risque-neutre d’exercice ; N(d_1) est le delta de couverture.
- \Theta + \tfrac12\sigma^2S^2\Gamma = rV : le gamma s’achète, le theta le paie.
La formule fermée n’existe que pour les options les plus simples. Dès qu’on sort de ce cadre, il faut simuler — et c’est cette technique que le cours de Value at Risk reprendra directement.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)