• Jaouad Madkour
  • Accueil
  • Licence
  • Master
  • Doctorat
  • Informatique
  • Publications
  • À propos

Théorie des réseaux

La diffusion sur un réseau

Théorie des réseaux
  • Présentation du cours
  • Pourquoi les réseaux en économie
  • Le vocabulaire des graphes
  • La matrice d'adjacence et l'algèbre des graphes
  • Les centralités locales
  • Les centralités spectrales
  • Densité, clustering et assortativité
  • Composantes, distances et petit monde
  • Le graphe aléatoire d'Erdos et Renyi
  • Petit monde et attachement préférentiel
  • La détection de communautés
  • La diffusion sur un réseau
  • Les jeux en réseau
  • L'identification des effets de pairs
  • Réseaux financiers et risque systémique
  • Réseaux de production et chocs sectoriels
  • Mise en œuvre sur R et Python

Théorie des réseaux

Chapitre 10 : La diffusion sur un réseau

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Deux familles de modèles

Ce qui les sépare

Contagion simple

Un seul contact infecté suffit, avec une certaine probabilité. C’est le modèle d’une maladie, d’une information, d’un virus informatique.

Contagion complexe

Il faut plusieurs contacts pour être convaincu. C’est le modèle d’une norme sociale, d’une technologie coûteuse, d’un comportement risqué.

La conséquence est radicale

Un raccourci propage très bien une contagion simple : un seul lien suffit à traverser.

Il ne propage pas une contagion complexe : le nœud atteint n’a qu’un voisin infecté, donc reste sous son seuil. Le petit monde n’aide pas à diffuser une norme.

Le modèle SIS

Les états et le mécanisme

Susceptible - Infecte - Susceptible

Un nœud infecté transmet à chaque voisin sain au taux \beta, et guérit au taux \mu — sans immunité.

On pose \tau = \beta/\mu, le taux effectif de transmission.

En champ moyen, sans réseau

\frac{di}{dt} = \beta \bar{k}\, i\,(1-i) - \mu i

L’épidémie persiste si \tau > 1/\bar{k}.

Le seuil sur un réseau

Le résultat spectral

Sur un réseau donné, l’épidémie persiste si

\tau \;>\; \tau_c = \frac{1}{\lambda_1}

où \lambda_1 est la plus grande valeur propre de \mathbf{A}.

Sur notre réseau

\lambda_1 \approx 2{,}343 \qquad\Longrightarrow\qquad \tau_c \approx 0{,}427

Contre 1/\bar{k} = 1/2{,}29 \approx 0{,}437 en champ moyen : à peine plus bas.

Pourquoi le rayon spectral, et non la moyenne

Intuition

\lambda_1 \geq \bar{k} toujours. Le réseau est donc toujours plus facile à contaminer que sa moyenne ne le suggère.

L’écart est faible ici parce que les degrés sont presque tous égaux. Il devient énorme dès qu’il y a des hubs.

Le cas des réseaux sans échelle

Pastor-Satorras et Vespignani, 2001

Pour une loi de puissance d’exposant \gamma \leq 3, la variance des degrés diverge, donc

\lambda_1 \to \infty \qquad\Longrightarrow\qquad \tau_c \to 0

Le résultat, très inquiétant

Il n’y a plus de seuil épidémique. Une maladie de transmissibilité arbitrairement faible se maintient indéfiniment.

Les hubs sont infectés presque immédiatement et réinfectent tout le reste. C’est ce qui explique la persistance de virus informatiques peu contagieux pendant des années.

La vaccination

Le paradoxe de l’ami

Feld, 1991

Vos amis ont en moyenne plus d’amis que vous.

Un nœud de degré k est atteint par k arêtes : plus il est connecté, plus il a de chances d’être le voisin de quelqu’un.

La distribution du degré d’un voisin

q_k = \frac{k\,p_k}{\bar{k}} \qquad\Longrightarrow\qquad \mathbb{E}[k_{\text{voisin}}] = \frac{\mathbb{E}[k^2]}{\bar{k}} \;\geq\; \bar{k}

La stratégie qui en découle

Vacciner un ami au hasard

On tire un individu au hasard, et l’on vaccine un de ses contacts tiré au hasard.

Aucune connaissance du réseau n’est requise.

Le gain

La vaccination aléatoire d’un réseau sans échelle exige de couvrir presque toute la population.

La vaccination par les amis atteint le même effet avec une fraction bien moindre, parce qu’elle touche les hubs sans les avoir identifiés.

Pourquoi c’est remarquable

Cibler les hubs suppose de connaître le réseau — donnée rarement disponible en santé publique.

Cette stratégie exploite la structure sans l’observer. C’est un résultat d’ingénierie sociale, pas seulement de théorie.

La contagion complexe

Le modèle de seuil

Granovetter, 1978 - Morris, 2000

Un nœud adopte si la fraction de ses voisins déjà adoptants dépasse un seuil \theta :

\frac{\text{voisins adoptants}}{k_i} \;\geq\; \theta

Sur notre réseau, avec theta = 1/2

Si 1 et 2 adoptent : 3 a deux voisins sur trois adoptants, donc 2/3 \geq 1/2 : il adopte.

Puis 4 a un voisin sur deux, soit 1/2 \geq 1/2 : il adopte. Puis 5 a un sur trois : 1/3 < 1/2, il n’adopte pas.

La diffusion s’arrête au pont

Le nœud 4 adopte mais ne transmet pas : il ne suffit pas, à lui seul, à convaincre 5.

Un pont laisse passer un virus et bloque une norme. Les deux triangles restent des mondes séparés pour tout ce qui demande d’être convaincu deux fois.

Ce que cela implique

Les liens forts contre les liens faibles

Granovetter montrait que les liens faibles apportent l’information.

Centola et Macy (2007) montrent que les liens forts et redondants portent l’adoption. Les deux résultats sont vrais parce qu’ils portent sur deux objets différents.

La conséquence pour une campagne

Diffuser une information : viser les ponts et les hubs.

Faire adopter un comportement : viser un groupe dense et le saturer, puis laisser le voisinage basculer. Les deux stratégies sont opposées.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Six points
  1. Contagion simple : un contact suffit. Complexe : il en faut plusieurs.
  2. Le seuil épidémique vaut \tau_c = 1/\lambda_1, non 1/\bar{k}.
  3. Sur un réseau sans échelle à \gamma \leq 3, le seuil disparaît.
  4. Paradoxe de l’ami : \mathbb{E}[k_{\text{voisin}}] = \mathbb{E}[k^2]/\bar{k} \geq \bar{k}.
  5. Vacciner l’ami d’un individu tiré au hasard atteint les hubs sans connaître le réseau.
  6. Un pont transmet un virus mais bloque une norme : les deux stratégies de campagne sont opposées.
La suite

Le chapitre 11 remplace la contagion mécanique par un choix : chacun décide de son effort en fonction de celui de ses voisins.

← Chapitre précédentLa détection de communautés Chapitre suivant →Les jeux en réseau

Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

© 2026 Jaouad Madkour · jmadkour.org

jmadkour@uae.ac.ma

construit avec Quarto