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Théorie des réseaux

Les jeux en réseau

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Théorie des réseaux

Chapitre 11 : Les jeux en réseau

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

25 septembre 2026

Le cadre

Ce qui change par rapport à la diffusion

Un choix, pas une contagion

Chaque nœud choisit un effort x_i \geq 0 — recherche et développement, prévention, éducation.

Son gain dépend de son effort et de celui de ses voisins.

Le gain quadratique de Ballester, Calvo-Armengol et Zenou, 2006

u_i(\mathbf{x}) = x_i - \tfrac{1}{2}x_i^2 + \phi \sum_j A_{ij}\,x_i x_j

\phi mesure l’intensité de l’interaction locale.

Complémentarité et substituabilité

Le signe de phi décide de tout

\phi > 0 : compléments stratégiques — l’effort d’un voisin augmente le rendement du mien.

\phi < 0 : substituts stratégiques — l’effort d’un voisin dispense du mien.

Deux exemples

Compléments : la recherche dans une filière, l’apprentissage d’une langue, l’équipement d’un réseau.

Substituts : la fourniture d’un bien public local, la collecte d’information coûteuse, la surveillance d’un quartier.

L’équilibre de Nash

La condition de premier ordre

La meilleure réponse

\frac{\partial u_i}{\partial x_i} = 1 - x_i + \phi\sum_j A_{ij}x_j = 0 \qquad\Longrightarrow\qquad x_i = 1 + \phi\sum_j A_{ij}x_j

Sous forme matricielle

\mathbf{x} = (\mathbf{I} - \phi\mathbf{A})^{-1}\mathbf{1}

Le résultat central

C’est exactement la centralité de Katz-Bonacich du chapitre 4, avec \alpha = \phi.

L’effort d’équilibre d’un joueur est sa centralité de Bonacich. Une notion descriptive devient la solution d’un jeu.

La condition d’existence

Le rôle du rayon spectral

L’équilibre existe et est unique si

|\phi| \;<\; \frac{1}{\lambda_1}

Sur notre réseau

\lambda_1 \approx 2{,}343 \qquad\Longrightarrow\qquad |\phi| < 0{,}427

Ce que dit la borne

Au-delà, les efforts se renforcent sans limite : la série \sum_r \phi^r\mathbf{A}^r diverge.

Le même nombre \lambda_1 borne le seuil épidémique et l’intensité d’interaction admissible. Deux problèmes sans rapport, une seule quantité.

Le joueur clé

La question de politique publique

Le key player

Si l’on ne peut retirer qu’un seul joueur — subventionner un chercheur, incarcérer un délinquant, sauver une banque —, lequel a le plus d’effet sur l’activité totale ?

La mauvaise réponse

Ce n’est pas celui dont l’effort est le plus élevé.

Retirer un joueur supprime son effort propre, mais aussi tout ce que sa présence induisait chez ses voisins, et chez les voisins de ses voisins.

L’intercentralité

c_i = \frac{x_i^2}{\big[(\mathbf{I}-\phi\mathbf{A})^{-1}\big]_{ii}}

C’est la perte totale d’activité si i disparaît.

L’application la plus citée

Delinquance juvenile - Ballester et al.

Sur des réseaux d’amitié scolaires américains, le joueur clé n’est presque jamais le délinquant le plus actif.

C’est celui dont la position amplifie le plus l’effort des autres.

La conséquence

Une politique qui cible les individus les plus visibles se trompe de cible.

La bonne cible est structurelle, pas comportementale — et elle exige de connaître le réseau.

Les substituts stratégiques

Un tout autre régime

Quand phi est négatif

Chacun préfère laisser son voisin faire l’effort. Les équilibres deviennent des ensembles indépendants maximaux : ceux qui agissent ne sont voisins de personne qui agit.

Sur notre réseau

\{1, 4, 6\} agit, le reste se repose : aucun des trois n’est voisin d’un autre, et tout nœud inactif a un voisin actif.

\{2, 4, 7\} ou \{3, 6\} conviennent aussi. Il y a plusieurs équilibres.

Ce que la multiplicité implique

L’équilibre n’est plus unique, et les équilibres ne se valent pas : \{3,6\} mobilise deux joueurs, \{1,4,6\} en mobilise trois pour le même résultat.

La théorie ne dit plus lequel se réalisera. Il faut alors une histoire — une convention, un ordre d’arrivée, une institution.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Six points
  1. Chaque joueur choisit un effort ; le réseau détermine ses interactions.
  2. Compléments (\phi>0) ou substituts (\phi<0) : deux régimes opposés.
  3. Avec des compléments, \mathbf{x} = (\mathbf{I}-\phi\mathbf{A})^{-1}\mathbf{1} : c’est Katz-Bonacich.
  4. L’unicité exige |\phi| < 1/\lambda_1, soit 0{,}427 ici.
  5. Le joueur clé n’est pas le plus actif, mais celui qui amplifie le plus les autres.
  6. Avec des substituts, les équilibres sont multiples : la théorie ne suffit plus à prédire.
La suite

Le chapitre 12 pose la question que ce chapitre a esquivée : comment mesurer un effet de pairs sur des données réelles, sans confondre influence, sélection et environnement commun ?

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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