Principes de microéconomie
L’oligopole et l’interaction stratégique
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Chapitre 7 : L’oligopole et l’interaction stratégique
Quand chacun dépend des autres
Ce qui rend l’oligopole particulier
Oligopole
Un oligopole est un marché où quelques vendeurs seulement se partagent la production, en nombre assez restreint pour que la décision de chacun affecte sensiblement les autres.
L’interdépendance stratégique
Le producteur en concurrence parfaite ignore ses rivaux : il subit un prix. Le monopoleur n’en a pas.
L’oligopoleur, lui, doit anticiper : s’il baisse son prix, son concurrent suivra-t-il ? S’il augmente sa production, l’autre réduira-t-il la sienne ?
Aucun des deux chapitres précédents ne permet de traiter cela. Il faut la théorie des jeux.
Le dilemme du prisonnier
La situation type
Les trois éléments d’un jeu
Des joueurs, les stratégies dont chacun dispose, et les gains qui résultent de chaque combinaison.
Deux cimenteries, deux stratégies
Chacune peut produire beaucoup — ce qui fait baisser le prix — ou peu. Gains annuels, en milliers de dirhams :
| B produit peu | B produit beaucoup | |
|---|---|---|
| A produit peu | A = 40, B = 40 | A = 10, B = 50 |
| A produit beaucoup | A = 50, B = 10 | A = 30, B = 30 |
Stratégie dominante
Une stratégie est dominante si elle est la meilleure quelle que soit la décision de l’autre joueur.
Le raisonnement de A
Exemple
- Si B produit peu : A gagne 50 en produisant beaucoup, contre 40 en produisant peu. → beaucoup.
- Si B produit beaucoup : A gagne 30 en produisant beaucoup, contre 10 en produisant peu. → beaucoup.
Produire beaucoup est dominant. Par symétrie, c’est aussi le cas pour B.
Le résultat, et son paradoxe
Équilibre de Nash
Un équilibre de Nash est une combinaison de stratégies telle qu’aucun joueur n’a intérêt à changer seul de décision.
L’issue du jeu
Les deux produisent beaucoup : chacune gagne 30, soit 60 au total.
Or si toutes deux avaient produit peu, chacune aurait gagné 40, soit 80.
| Issue | Gain de A | Gain de B | Total |
|---|---|---|---|
| Équilibre de Nash | 30 | 30 | 60 |
| Coopération | 40 | 40 | \mathbf{80} |
L’équilibre est collectivement inférieur à la coopération — et pourtant, aucune des deux ne peut s’en écarter seule sans y perdre.
Ce que le dilemme enseigne
Intuition
La poursuite de l’intérêt individuel ne conduit pas toujours au meilleur résultat collectif.
C’est une limite au principe 6 de Principes d’économie : la main invisible suppose des marchés concurrentiels, et cesse d’opérer quand les décisions sont stratégiques.
La même structure, partout
Quatre dilemmes du prisonnier
| Situation | Stratégie dominante | Résultat collectif |
|---|---|---|
| Cartel pétrolier | dépasser son quota | prix effondré |
| Course aux armements | s’armer | dépense pure, sécurité inchangée |
| Publicité entre rivaux | faire de la publicité | dépenses annulées |
| Ressource commune (ch. 2) | prélever plus | épuisement |
La tragédie des communs est un dilemme du prisonnier à n joueurs. Les deux chapitres décrivent le même mécanisme.
La coopération persiste
La répétition
Le jeu répété change tout
Joué une seule fois, le dilemme conduit à la trahison. Joué indéfiniment, la coopération devient possible : trahir rapporte une fois, puis coûte à chaque période suivante.
Une stratégie simple — coopérer d’abord, puis faire ce que l’autre a fait au coup précédent — suffit souvent à soutenir la coopération.
Ce qui favorise l’entente
- Peu de participants, faciles à surveiller.
- Des interactions fréquentes et durables.
- Une capacité à détecter rapidement une défection.
Pourquoi les cartels tiennent mal
L’OPEP illustre les deux forces à la fois : les membres s’entendent sur des quotas, et chacun est tenté de les dépasser.
Plus les membres sont nombreux, plus la surveillance est coûteuse, et plus l’accord se relâche. Les cartels durables sont rares — et c’est le dilemme du prisonnier qui l’explique.
Le point de vue des autorités
La politique de concurrence
Les ententes sur les prix sont interdites dans la plupart des pays. L’objectif est de maintenir les entreprises dans le dilemme, pour que la concurrence joue au bénéfice du consommateur.
Un renversement à noter
Le dilemme du prisonnier est ici une bonne nouvelle. Ce qui appauvrit les deux entreprises enrichit les acheteurs : plus de production, prix plus bas.
L’analyse ne dit donc pas que la coopération est bonne en soi. Elle dit qu’elle est bonne pour ceux qui coopèrent — ce qui n’est pas la même chose.
Les cas difficiles
Toutes les coordinations ne sont pas des ententes. La fixation d’un standard technique commun, ou le partage de coûts de recherche, peuvent bénéficier à tous.
Distinguer l’entente nuisible de la coopération utile est l’essentiel du travail des autorités de concurrence — et cela ne se tranche pas dans un tableau à quatre cases.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- En oligopole, chacun doit anticiper les réactions des autres.
- Une stratégie dominante est la meilleure quoi que fasse l’autre ; ici, produire beaucoup.
- L’équilibre de Nash (30, 30) est collectivement inférieur à la coopération (40, 40).
- La répétition et un petit nombre de participants rendent la coopération possible.
- Pour le consommateur, l’échec de l’entente est une bonne nouvelle — d’où la politique de concurrence.
La suite
Les chapitres 3 à 7 ont traité l’entreprise du côté de ce qu’elle vend. Le chapitre 8 la prend du côté de ce qu’elle achète : le travail et le capital.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)