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Principes de microéconomie

L’oligopole et l’interaction stratégique

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Principes de microéconomie

Chapitre 7 : L’oligopole et l’interaction stratégique

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

24 septembre 2026

Quand chacun dépend des autres

Ce qui rend l’oligopole particulier

Oligopole

Un oligopole est un marché où quelques vendeurs seulement se partagent la production, en nombre assez restreint pour que la décision de chacun affecte sensiblement les autres.

L’interdépendance stratégique

Le producteur en concurrence parfaite ignore ses rivaux : il subit un prix. Le monopoleur n’en a pas.

L’oligopoleur, lui, doit anticiper : s’il baisse son prix, son concurrent suivra-t-il ? S’il augmente sa production, l’autre réduira-t-il la sienne ?

Aucun des deux chapitres précédents ne permet de traiter cela. Il faut la théorie des jeux.

Le dilemme du prisonnier

La situation type

Les trois éléments d’un jeu

Des joueurs, les stratégies dont chacun dispose, et les gains qui résultent de chaque combinaison.

Deux cimenteries, deux stratégies

Chacune peut produire beaucoup — ce qui fait baisser le prix — ou peu. Gains annuels, en milliers de dirhams :

B produit peu B produit beaucoup
A produit peu A = 40, B = 40 A = 10, B = 50
A produit beaucoup A = 50, B = 10 A = 30, B = 30
Stratégie dominante

Une stratégie est dominante si elle est la meilleure quelle que soit la décision de l’autre joueur.

Le raisonnement de A

Exemple
  • Si B produit peu : A gagne 50 en produisant beaucoup, contre 40 en produisant peu. → beaucoup.
  • Si B produit beaucoup : A gagne 30 en produisant beaucoup, contre 10 en produisant peu. → beaucoup.

Produire beaucoup est dominant. Par symétrie, c’est aussi le cas pour B.

Le résultat, et son paradoxe

Équilibre de Nash

Un équilibre de Nash est une combinaison de stratégies telle qu’aucun joueur n’a intérêt à changer seul de décision.

L’issue du jeu

Les deux produisent beaucoup : chacune gagne 30, soit 60 au total.

Or si toutes deux avaient produit peu, chacune aurait gagné 40, soit 80.

Issue Gain de A Gain de B Total
Équilibre de Nash 30 30 60
Coopération 40 40 \mathbf{80}

L’équilibre est collectivement inférieur à la coopération — et pourtant, aucune des deux ne peut s’en écarter seule sans y perdre.

Ce que le dilemme enseigne

Intuition

La poursuite de l’intérêt individuel ne conduit pas toujours au meilleur résultat collectif.

C’est une limite au principe 6 de Principes d’économie : la main invisible suppose des marchés concurrentiels, et cesse d’opérer quand les décisions sont stratégiques.

La même structure, partout

Quatre dilemmes du prisonnier
Situation Stratégie dominante Résultat collectif
Cartel pétrolier dépasser son quota prix effondré
Course aux armements s’armer dépense pure, sécurité inchangée
Publicité entre rivaux faire de la publicité dépenses annulées
Ressource commune (ch. 2) prélever plus épuisement

La tragédie des communs est un dilemme du prisonnier à n joueurs. Les deux chapitres décrivent le même mécanisme.

La coopération persiste

La répétition

Le jeu répété change tout

Joué une seule fois, le dilemme conduit à la trahison. Joué indéfiniment, la coopération devient possible : trahir rapporte une fois, puis coûte à chaque période suivante.

Une stratégie simple — coopérer d’abord, puis faire ce que l’autre a fait au coup précédent — suffit souvent à soutenir la coopération.

Ce qui favorise l’entente
  • Peu de participants, faciles à surveiller.
  • Des interactions fréquentes et durables.
  • Une capacité à détecter rapidement une défection.
Pourquoi les cartels tiennent mal

L’OPEP illustre les deux forces à la fois : les membres s’entendent sur des quotas, et chacun est tenté de les dépasser.

Plus les membres sont nombreux, plus la surveillance est coûteuse, et plus l’accord se relâche. Les cartels durables sont rares — et c’est le dilemme du prisonnier qui l’explique.

Le point de vue des autorités

La politique de concurrence

Les ententes sur les prix sont interdites dans la plupart des pays. L’objectif est de maintenir les entreprises dans le dilemme, pour que la concurrence joue au bénéfice du consommateur.

Un renversement à noter

Le dilemme du prisonnier est ici une bonne nouvelle. Ce qui appauvrit les deux entreprises enrichit les acheteurs : plus de production, prix plus bas.

L’analyse ne dit donc pas que la coopération est bonne en soi. Elle dit qu’elle est bonne pour ceux qui coopèrent — ce qui n’est pas la même chose.

Les cas difficiles

Toutes les coordinations ne sont pas des ententes. La fixation d’un standard technique commun, ou le partage de coûts de recherche, peuvent bénéficier à tous.

Distinguer l’entente nuisible de la coopération utile est l’essentiel du travail des autorités de concurrence — et cela ne se tranche pas dans un tableau à quatre cases.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Cinq points
  1. En oligopole, chacun doit anticiper les réactions des autres.
  2. Une stratégie dominante est la meilleure quoi que fasse l’autre ; ici, produire beaucoup.
  3. L’équilibre de Nash (30, 30) est collectivement inférieur à la coopération (40, 40).
  4. La répétition et un petit nombre de participants rendent la coopération possible.
  5. Pour le consommateur, l’échec de l’entente est une bonne nouvelle — d’où la politique de concurrence.
La suite

Les chapitres 3 à 7 ont traité l’entreprise du côté de ce qu’elle vend. Le chapitre 8 la prend du côté de ce qu’elle achète : le travail et le capital.

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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