Principes de microéconomie
Le choix du consommateur et ses limites
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Chapitre 11 : Le choix du consommateur et ses limites
Le modèle standard
Contrainte et préférences
La contrainte budgétaire
Avec un revenu R et deux biens de prix P_1 et P_2, les paniers accessibles vérifient P_1 q_1 + P_2 q_2 \leq R
La droite de budget est la frontière de cet ensemble. Sa pente, -P_1/P_2, donne le taux auquel le marché permet d’échanger un bien contre l’autre.
Les courbes d’indifférence
Une courbe d’indifférence relie les paniers entre lesquels le consommateur est indifférent.
Sa pente est le taux marginal de substitution : la quantité du second bien qu’il accepte d’abandonner pour une unité du premier, en restant aussi satisfait.
Ce sont les courbes de niveau du chapitre 5 de Mathématiques pour la gestion
Une courbe d’indifférence est une courbe de niveau de la fonction d’utilité — exactement l’objet construit dans le cours de mathématiques, où l’on montrait qu’isoquante et courbe d’indifférence sont la même notion sous deux noms.
L’optimum du consommateur
La condition d’optimum
Le consommateur atteint son meilleur panier là où la droite de budget est tangente à une courbe d’indifférence :
TMS = \frac{P_1}{P_2}
Pourquoi la tangence
Si les deux pentes diffèrent, le taux auquel le consommateur accepte d’échanger n’est pas celui auquel le marché le lui permet. Il peut alors se réorganiser et y gagner.
L’optimum est donc atteint quand les deux taux coïncident. C’est exactement la condition de tangence du chapitre 7 de Mathématiques pour la gestion — la méthode de Lagrange appliquée au consommateur.
Décomposer l’effet d’un prix
Substitution et revenu
Quand un prix baisse, deux effets s’additionnent :
- l’effet de substitution — le bien devenu relativement moins cher est préféré ;
- l’effet de revenu — le pouvoir d’achat s’élève, ce qui modifie toutes les quantités.
Le cas d’un bien inférieur
Pour un bien normal, les deux effets vont dans le même sens : la demande monte.
Pour un bien inférieur, ils s’opposent : la substitution pousse à en acheter plus, le revenu à en acheter moins.
Si l’effet de revenu l’emportait, la demande monterait avec le prix — c’est le bien de Giffen, théoriquement possible et empiriquement quasi introuvable.
Ce que la décomposition sert vraiment
Application en gestion
Elle fonde la loi de la demande admise au chapitre 3 de Principes d’économie : celle-ci n’est pas un postulat mais un résultat, valable sauf configuration très particulière.
Elle sert aussi à évaluer une politique : compenser une hausse de taxe par un transfert de revenu ne rétablit pas la situation antérieure, car l’effet de substitution demeure.
Là où le modèle vacille
Ce que l’observation montre
L’économie comportementale
L’économie comportementale confronte le modèle de choix rationnel aux comportements observés, et intègre les écarts systématiques qu’elle y trouve.
Quatre écarts documentés
| Écart | Description |
|---|---|
| Aversion à la perte | perdre 100 pèse plus que gagner 100 ne réjouit |
| Effet de dotation | on valorise davantage ce qu’on possède déjà |
| Cadrage | la formulation d’un choix en modifie l’issue |
| Incohérence temporelle | on préfère demain ce qu’on refusera le moment venu |
Le coût irrécupérable, une fois de plus
Exemple
Le chapitre 4 l’a établi : un coût déjà engagé ne doit pas entrer dans une décision future.
En pratique, chacun y résiste mal — on termine un mauvais film parce que la place est payée. L’erreur est si régulière qu’elle porte un nom, et qu’on peut la prédire.
Ce que ces écarts changent, et ne changent pas
Intuition
Ils ne détruisent pas le modèle standard. Sur la plupart des marchés, avec de l’expérience et des enjeux réels, il prédit correctement.
Ils indiquent où il échoue : décisions rares, complexes, à conséquences lointaines — retraite, crédit, assurance, santé. Ce sont précisément les décisions où l’erreur coûte le plus cher.
Les conséquences pour l’action publique
L’architecture du choix
Puisque la présentation d’un choix en modifie l’issue, il n’existe pas de présentation neutre. Il faut bien choisir une option par défaut, et ce choix a des effets.
L’exemple le mieux établi
L’adhésion automatique à un plan d’épargne retraite, avec faculté de sortie, élève considérablement les taux de participation par rapport à une adhésion volontaire — pour un ensemble d’options rigoureusement identique.
Seul le défaut change. La liberté de choix est intacte, le résultat ne l’est pas.
L’objection, qu’il faut prendre au sérieux
Qui décide de ce qui est bon pour autrui ? L’argument suppose de connaître la préférence « véritable » du consommateur — ce que l’économie comportementale montre justement difficile à établir.
L’analyse identifie ici une possibilité d’intervention et ses limites ; elle ne dit pas s’il faut s’en servir. C’est encore la frontière du positif et du normatif du chapitre 1 de Principes d’économie.
Bilan du cours
Les trois hypothèses, levées
Ce que ce cours a fait
| Hypothèse de Principes d’économie | Levée aux chapitres | Résultat |
|---|---|---|
| Pas d’externalité | 1–3 | taxe pigouvienne, biens publics, fiscalité |
| Concurrence parfaite | 4–8 | monopole, différenciation, oligopole |
| Information complète | 11 | antisélection, aléa moral |
| Consommateur rationnel | 12 | écarts systématiques, architecture du choix |
Le fil rouge chiffré
| Chapitre | Situation | Résultat |
|---|---|---|
| 1 | Cimenterie polluante | 40 produites contre 30 optimales, perte sèche 50 |
| 4 | Coûts de l’entreprise | coût moyen minimal 64 en q = 5 |
| 5 | Concurrence parfaite | P = Cm = CM_{\min} = 64, profit nul |
| 6 | Monopole | q = 20, P = 30, perte sèche 200 |
| 8 | Duopole | équilibre (30, 30) contre coopération (40, 40) |
| 9 | Embauche | trois salariés, où VPmL = w = 600 |
Ce qu’il faut en garder
Le marché concurrentiel reste la référence : c’est l’étalon auquel on mesure tout le reste.
Ce cours n’a pas montré qu’il fonctionne mal. Il a montré où et pourquoi il échoue, et ce que chaque échec coûte — condition pour intervenir à bon escient plutôt que par principe.
Chaque diagnostic s’est chiffré. C’est ce qui distingue l’analyse économique de l’opinion.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)