Principes de microéconomie
L’entreprise en concurrence parfaite
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Chapitre 4 : L’entreprise en concurrence parfaite
La règle de production
Une entreprise qui subit le prix
Rappel : preneur de prix
En concurrence parfaite, l’entreprise ne peut pas influencer le prix. Elle le subit, et décide seulement de la quantité.
Sa recette marginale — ce que rapporte la tonne suivante — est donc égale au prix, quelle que soit la quantité vendue : Rm = P
La règle d’or
L’entreprise produit tant que la tonne suivante rapporte plus qu’elle ne coûte, et s’arrête quand les deux s’égalisent : \boxed{\,P = Cm\,}
Pourquoi cette règle et pas une autre
Intuition
Si P > Cm, la tonne suivante rapporte plus qu’elle ne coûte : il faut la produire.
Si P < Cm, la dernière tonne produite a coûté plus qu’elle n’a rapporté : il fallait s’arrêter avant.
Le profit est donc maximal là où les deux s’égalisent. C’est le raisonnement marginal de l’introduction de Principes d’économie, dans sa forme la plus pure.
Sur la cimenterie du chapitre 3
Exemple
| Prix | P = Cm vers | Coût moyen | Résultat |
|---|---|---|---|
| 80 | q = 6 | 66{,}7 | profit positif |
| 64 | q = 5 | 64{,}0 | profit nul |
| 40 | q = 4 | 65{,}0 | perte, mais on continue |
À 64 dirhams, le prix égale exactement le coût moyen minimal : l’entreprise couvre tous ses coûts, y compris implicites, sans plus.
La courbe d’offre, enfin construite
Le résultat central
Puisque l’entreprise produit là où P = Cm, sa courbe d’offre est sa courbe de coût marginal — dans sa partie croissante.
L’offre du marché est la somme horizontale des offres individuelles.
La boucle est bouclée
La courbe d’offre admise dans Principes d’économie n’était donc pas un postulat : elle monte parce que le coût marginal monte, et le coût marginal monte par productivité marginale décroissante.
Chaque point de la courbe d’offre du marché répond à la question : à ce prix, quelle quantité les entreprises trouvent-elles rentable de produire ?
Fermer ou continuer
Deux décisions différentes
Arrêt temporaire et sortie définitive
L’arrêt temporaire est une décision de court terme : les coûts fixes restent dus de toute façon.
La sortie est une décision de long terme : on se débarrasse de tout, y compris des coûts fixes.
Les deux seuils
| Décision | Horizon | Critère |
|---|---|---|
| Arrêter temporairement | court terme | P < CVM |
| Sortir du marché | long terme | P < CM |
Pourquoi produire à perte peut être rationnel
Intuition
Le coût fixe est irrécupérable à court terme : il sera payé qu’on produise ou non.
Tant que le prix couvre le coût variable moyen, chaque tonne vendue laisse quelque chose pour éponger le fixe. Arrêter aggraverait la perte.
C’est pourquoi une usine tourne parfois à perte pendant des mois — et ce n’est pas de l’irrationalité.
Sur notre cimenterie
Exemple
Le coût variable moyen minimal est de 40 dirhams, atteint entre q = 3 et q = 4.
| Prix | Décision de court terme |
|---|---|
| 50 | produire, malgré une perte |
| 40 | seuil d’arrêt |
| 30 | arrêter : la vente ne couvre même plus le variable |
Le coût irrécupérable, une erreur courante
Application en gestion
Un coût déjà engagé et non récupérable ne doit jamais entrer dans une décision future. Il est le même quoi qu’on fasse.
Continuer un projet raté « parce qu’on a déjà tant investi » est l’erreur type. La seule question valable est : à partir de maintenant, les recettes futures dépassent-elles les coûts futurs ?
L’équilibre de long terme
Le profit nul, et pourquoi il n’est pas un échec
Le mécanisme d’entrée et de sortie
Si les entreprises font des profits, d’autres entrent. L’offre augmente, le prix baisse.
Si elles font des pertes, certaines sortent. L’offre diminue, le prix remonte.
Le mouvement ne s’arrête que lorsque le profit économique est nul.
La condition d’équilibre de long terme
P = Cm = CM_{\min}
Sur notre cimenterie : P = 64 dirhams, q = 5 tonnes par entreprise.
Nul ne veut pas dire ruiné
Un profit économique nul signifie que les ressources engagées rapportent exactement ce qu’elles rapporteraient ailleurs — coûts implicites compris.
Le propriétaire perçoit une rémunération normale. Il n’a simplement aucune raison de préférer ce secteur à un autre, ni l’inverse. C’est ce qui stabilise le marché.
Ce que la concurrence parfaite garantit
Application en gestion
À l’équilibre de long terme, trois choses se produisent ensemble :
- Le prix égale le coût marginal — l’allocation est efficace, comme au chapitre 6 de Principes d’économie.
- Le prix égale le coût moyen minimal — la production se fait au moindre coût possible.
- Le profit est nul — aucun surprofit n’est extrait du consommateur.
C’est la référence. Les trois chapitres suivants mesurent l’écart à cette référence lorsque la concurrence s’affaiblit.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- En concurrence parfaite, Rm = P, et l’entreprise produit où P = Cm.
- La courbe d’offre est la courbe de coût marginal croissante.
- Court terme : on arrête si P < CVM, car le fixe est irrécupérable.
- Long terme : on sort si P < CM ; l’entrée et la sortie ramènent le profit à zéro.
- À l’équilibre de long terme, P = Cm = CM_{\min} — efficacité et moindre coût à la fois.
La suite
Cette référence suppose une entreprise sans pouvoir sur le prix. Le chapitre 5 lève cette hypothèse et examine le cas extrême opposé : un vendeur unique.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)