Principes de microéconomie
Les externalités
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Introduction : Les externalités
Prérequis
Ce que ce cours suppose acquis
Le cours qui précède
Principes d’économie, dont ce cours reprend l’offre, la demande, l’équilibre et le surplus pour les fonder sur le comportement individuel.
Les notions mobilisées
L’équilibre de marché et la notion de surplus. Du côté mathématique : la pente d’une droite, et l’idée qu’un optimum s’atteint là où une grandeur marginale s’annule.
Ce que le cours établit lui-même
Repris depuis le début
La dérivée n’est pas exigée. Le raisonnement à la marge est mené en différences — de combien varie le coût quand on produit une unité de plus — avant d’être écrit comme une dérivée pour ceux qui l’ont vue.
Mathématiques pour la gestion rend donc plusieurs chapitres plus rapides, sans être un préalable.
Où le cours précédent s’arrête
Une hypothèse qui tombe
Le point de départ
Principes d’économie a établi que l’équilibre concurrentiel maximise le surplus total — sous trois hypothèses : concurrence parfaite, information complète, et absence d’externalité.
Ce cours lève ces trois hypothèses, une par une. Il commence par la troisième, parce que c’est celle dont les conséquences sont les plus visibles.
Externalité
Une externalité est l’effet de l’action d’un agent sur le bien-être d’un tiers, sans que cet effet donne lieu à paiement ni compensation.
Elle est négative si l’effet nuit, positive s’il bénéficie.
Quatre situations
| Situation | Type |
|---|---|
| Une usine rejette ses fumées | négative |
| Un voisin fume dans un lieu partagé | négative |
| Un propriétaire restaure sa façade | positive |
| Une entreprise forme un salarié qui partira ailleurs | positive |
Le fil rouge du cours
Une cimenterie, de l’introduction au chapitre 7
Ce cours suit un même secteur : le ciment. On y étudiera successivement sa pollution, ses coûts, puis son comportement selon la structure du marché.
Marché de référence : Q_d = 100 - 2P \qquad\qquad Q_o = 2P - 20
Équilibre : P^\star = 30 dirhams, Q^\star = 40 tonnes.
Le diagnostic
Coût privé et coût social
Deux coûts à distinguer
Le coût privé est ce que le producteur supporte : matières, travail, énergie. C’est lui qui détermine la courbe d’offre.
Le coût social ajoute ce que l’activité impose aux tiers : \text{coût social} = \text{coût privé} + \text{coût externe}
La pollution de la cimenterie
Chaque tonne produite impose 10 dirhams de dommages aux riverains — santé, nettoyage, perte de valeur immobilière.
La courbe d’offre reflète le coût privé. La courbe de coût social est située 10 dirhams au-dessus, à chaque quantité.
La quantité optimale
Le marché produit trop
Le marché s’équilibre où la demande rencontre le coût privé : 100 - 2P = 2P - 20 \;\Longrightarrow\; P^\star = 30, \quad Q^\star = 40
L’optimum social se situe où la demande rencontre le coût social : 100 - 2P = 2(P - 10) - 20 \;\Longrightarrow\; P = 35, \quad Q = 30
| Quantité | Prix | |
|---|---|---|
| Équilibre de marché | 40 | 30 |
| Optimum social | \mathbf{30} | \mathbf{35} |
Le marché produit 10 tonnes de trop.
Pourquoi le marché se trompe
Intuition
Le producteur compare sa recette à son coût. Les 10 dirhams de dommages n’entrent nulle part dans son calcul : ils sont supportés par des gens qui ne participent pas à la transaction.
Le prix, qui coordonnait si bien au chapitre 5 de Principes d’économie, ne transmet plus toute l’information. Il ne dit pas la vérité sur le coût.
Chiffrer le gaspillage
Exemple
Les 10 tonnes excédentaires coûtent à la société plus qu’elles ne lui rapportent. L’écart croît de 0 à 10 dirhams sur cet intervalle :
\text{perte sèche} = \tfrac{1}{2} \times 10 \times 10 = 50 \text{ dirhams}
Les remèdes
La taxe pigouvienne
Taxe pigouvienne
Une taxe pigouvienne est une taxe égale au coût externe unitaire. Elle fait entrer le dommage dans le calcul du producteur — on dit qu’elle internalise l’externalité.
Une taxe de 10 dirhams par tonne
La condition d’offre devient Q_o = 2(P - 10) - 20, et le nouvel équilibre s’établit à P = 35, \qquad Q = 30
C’est exactement l’optimum social. La taxe n’a pas réduit la production au hasard : elle l’a ramenée là où le coût social égale la valeur pour l’acheteur.
Une taxe qui améliore l’efficacité
Intuition
Le chapitre 7 de Principes d’économie montrait qu’une taxe crée une perte sèche. Ici, c’est l’inverse : elle en supprime une.
La différence tient à la situation de départ. Sur un marché sans externalité, l’équilibre était déjà optimal et toute taxe l’en écarte. Ici, l’équilibre était déjà faussé, et la taxe le corrige.
C’est pourquoi les économistes préfèrent taxer la pollution plutôt que le travail : à recette égale, l’une répare, l’autre dégrade.
Les autres instruments
Trois approches
| Instrument | Principe | Difficulté |
|---|---|---|
| Réglementation | interdire ou plafonner | ignore les écarts de coût entre pollueurs |
| Taxe | faire payer le dommage | exige d’estimer le coût externe |
| Permis échangeables | fixer la quantité, laisser le prix se former | exige un marché organisé |
Pourquoi taxe et permis se valent
Une taxe fixe le prix de la pollution et laisse la quantité s’ajuster. Un marché de permis fixe la quantité et laisse le prix s’ajuster.
Dans les deux cas, la réduction se fait là où elle coûte le moins cher : les entreprises qui dépolluent facilement le font, les autres paient. Une réglementation uniforme n’obtient pas ce tri.
Les solutions privées
Le théorème de Coase
Si les droits de propriété sont clairement définis et si les parties peuvent négocier sans coût, elles parviennent d’elles-mêmes à l’allocation efficace — quel que soit celui qui détient le droit au départ.
La cimenterie et les riverains
Le dommage vaut 10 dirhams par tonne ; réduire d’une tonne coûte 6 dirhams à l’usine.
- Si les riverains ont droit à l’air pur, l’usine préfère payer pour polluer si cela lui rapporte plus.
- Si l’usine a le droit de polluer, les riverains ont intérêt à lui verser jusqu’à 10 dirhams pour qu’elle réduise — ce qu’elle accepte au-delà de 6.
Dans les deux cas, la réduction efficace a lieu. Seule la répartition des gains change.
Pourquoi Coase échoue souvent
Le théorème suppose une négociation sans coût. Or les riverains sont des milliers, chacun faiblement touché, sans organisation.
Chacun a intérêt à laisser les autres payer tout en profitant de l’air pur : c’est le problème du passager clandestin, qui fait l’objet du chapitre 1.
Coase explique pourquoi le marché fonctionne parfois seul ; il explique aussi, par ses conditions, pourquoi il échoue le plus souvent.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- Une externalité est un effet sur un tiers, non payé et non compensé.
- Le marché égalise la demande au coût privé ; l’optimum exige le coût social.
- Sur notre marché : 40 tonnes produites contre 30 optimales, pour une perte sèche de 50.
- Une taxe pigouvienne de 10 ramène exactement à l’optimum — elle supprime une perte sèche au lieu d’en créer une.
- Les solutions privées marchent quand les droits sont clairs et les parties peu nombreuses.
La suite
Ici, le bien avait un propriétaire et un prix. Le chapitre 1 examine les biens qui n’en ont pas — ceux que chacun peut consommer sans payer, et que personne n’a donc intérêt à produire.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)