Principes de microéconomie
Biens publics et ressources communes
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Chapitre 1 : Biens publics et ressources communes
Classer les biens
Deux questions, quatre catégories
Les deux critères
Un bien est excluable si l’on peut empêcher quelqu’un de l’utiliser.
Un bien est rival si son usage par l’un réduit ce qui reste aux autres.
Les quatre types de biens
| Rival | Non rival | |
|---|---|---|
| Excluable | bien privé — un sac de ciment | monopole naturel — un réseau d’eau |
| Non excluable | ressource commune — un aquifère | bien public — la défense nationale |
Là où le marché fonctionne
Tout le raisonnement de Principes d’économie portait sur la case en haut à gauche : des biens privés, excluables et rivaux.
Les trois autres cases posent problème, et chacune pour une raison précise. Ce chapitre traite les deux cases non excluables ; le monopole naturel attendra le chapitre 5.
Les biens publics
Le problème du passager clandestin
Bien public
Un bien public est non excluable et non rival : on ne peut empêcher personne d’en profiter, et l’usage de l’un n’enlève rien aux autres.
Passager clandestin
Un passager clandestin est quelqu’un qui bénéficie d’un bien sans payer pour l’obtenir.
Comme on ne peut pas l’exclure, il n’a aucune raison de contribuer — et si chacun raisonne ainsi, le bien n’est pas produit du tout.
Un feu d’artifice
Une ville de 10\,000 habitants valorise chacun un feu d’artifice à 20 dirhams. La valeur totale est donc de 200\,000 dirhams, pour un coût de 100\,000.
Le feu devrait avoir lieu : il crée 100\,000 dirhams de valeur nette.
Aucune entreprise privée ne l’organisera pourtant, car elle ne peut faire payer personne : le ciel n’est pas clôturable. Chacun compte sur les autres, et le feu n’a pas lieu.
Pourquoi l’État intervient
Application en gestion
La solution habituelle est le financement par l’impôt : on force la contribution, précisément parce que la contribution volontaire échoue.
C’est le principe 7 de l’introduction de Principes d’économie, sous sa forme la plus nette. Défense, éclairage public, recherche fondamentale, lutte contre une épidémie relèvent tous de cette logique.
La difficulté du calcul
Combien vaut une vie sauvée
Décider s’il faut construire ce feu d’artifice suppose de connaître ce que chacun est prêt à payer. Or nul n’a intérêt à le déclarer honnêtement : annoncer une valeur faible réduit sa contribution sans réduire son accès.
Pour les grands projets publics — un pont, une route — l’analyse coûts-bénéfices tente d’estimer ces valeurs. Elle bute sur des grandeurs qui n’ont pas de prix de marché, et ses résultats sont donc fragiles.
C’est une limite honnête de l’exercice, non un défaut de méthode.
Les ressources communes
La tragédie des communs
Ressource commune
Une ressource commune est rivale mais non excluable : chacun peut s’en servir, et ce qu’il prélève manque aux autres.
La tragédie des communs
Chaque utilisateur reçoit tout le bénéfice de son prélèvement, mais n’en supporte qu’une fraction du coût, réparti sur l’ensemble.
Chacun prélève donc trop, et la ressource s’épuise — au détriment de tous, y compris de ceux qui l’ont épuisée.
Quatre tragédies
Exemple
| Ressource | Manifestation |
|---|---|
| Nappe phréatique | pompage excessif, salinisation |
| Stocks de poissons | surpêche, effondrement des captures |
| Atmosphère | émissions de gaz à effet de serre |
| Voirie urbaine | congestion aux heures de pointe |
C’est une externalité négative
Intuition
La tragédie des communs est l’introduction vue sous un autre angle. Celui qui pompe un mètre cube impose aux autres un coût qu’il ne paie pas : la nappe baisse pour tout le monde.
Le diagnostic est le même — coût privé inférieur au coût social — et les remèdes aussi.
Les remèdes
Trois voies
- Réglementer l’accès : quotas de pêche, tours d’eau, péage urbain.
- Taxer l’usage, ce qui internalise le coût imposé aux autres.
- Attribuer des droits de propriété, ce qui transforme la ressource en bien privé.
La privatisation ne convient pas toujours
Découper une forêt en parcelles rend chaque propriétaire soucieux de la sienne, et cela fonctionne.
On ne découpe en revanche ni l’atmosphère ni un banc de poissons migrateurs. Pour ces ressources, seules la réglementation internationale et les marchés de permis restent praticables — et leur difficulté est politique autant qu’économique.
Ostrom : la troisième voie
Intuition
Elinor Ostrom a montré que de nombreuses communautés gèrent durablement des ressources communes sans privatisation ni État, par des règles locales, une surveillance mutuelle et des sanctions graduées.
Ces arrangements supposent un groupe restreint, stable, et capable de faire respecter ses propres règles. Ils échouent à grande échelle — mais ils rappellent que le choix ne se limite pas au marché ou à l’État.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- Deux critères — excluable, rival — définissent quatre catégories de biens.
- Un bien public est non excluable et non rival : le passager clandestin empêche sa production privée.
- Une ressource commune est rivale et non excluable : la tragédie des communs l’épuise.
- Les deux cas sont des externalités, et appellent les mêmes remèdes : réglementer, taxer, ou définir des droits.
- Estimer la valeur d’un bien public reste difficile, faute de prix de marché.
La suite
Biens publics et remèdes aux externalités ont un point commun : ils supposent des recettes fiscales.
Le chapitre 2 examine donc comment on lève l’impôt — et à quel coût, en reprenant la perte sèche du chapitre 7 de Principes d’économie.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)