Principes de microéconomie
Le monopole
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Chapitre 5 : Le monopole
Un vendeur unique
D’où vient un monopole
Monopole
Un monopole est une entreprise unique sur son marché, dont le produit n’a pas de substitut proche.
Sa condition d’existence est une barrière à l’entrée.
Trois barrières
- Une ressource exclusive — le seul gisement, la seule source.
- Une barrière réglementaire — brevet, licence, concession.
- Un monopole naturel — les économies d’échelle sont telles qu’une seule entreprise produit à moindre coût que plusieurs.
Le monopole naturel, cas fréquent en réseau
Distribuer l’eau dans une ville suppose un réseau de canalisations, dont le coût est presque entièrement fixe. Le coût moyen baisse donc sur toute la plage de production utile.
Dupliquer le réseau serait absurde. Le monopole est ici la solution la moins coûteuse — d’où la réglementation plutôt que la mise en concurrence.
Ce qui change vraiment
La recette marginale n’est plus le prix
Le monopoleur fait face à toute la demande du marché. Pour vendre une tonne de plus, il doit baisser son prix — et cette baisse s’applique à toutes les tonnes vendues.
Rm = \underbrace{P}_{\text{la tonne en plus}} - \underbrace{\text{baisse} \times q}_{\text{sur tout le reste}} \;<\; P
Le marché du ciment, avec un vendeur unique
Demande inverse : P(q) = 50 - q. Coût marginal constant : Cm = 10.
Recette totale : R(q) = q\,(50 - q) = 50q - q^2.
Recette marginale : Rm(q) = 50 - 2q.
La recette marginale décroît deux fois plus vite que le prix. C’est la règle du produit du chapitre 2 de Mathématiques pour la gestion.
La décision du monopoleur
Le calcul
Quantité, prix et profit
Le monopoleur applique la même règle que tout le monde — produire tant que la recette marginale dépasse le coût marginal :
Rm = Cm \;\Longleftrightarrow\; 50 - 2q = 10 \;\Longleftrightarrow\; q = 20
Il lit ensuite son prix sur la courbe de demande :
P = 50 - 20 = 30 \text{ dirhams}
\Pi = (30 - 10) \times 20 = 400 \text{ dirhams}
La différence tient en une ligne
Définition
| Règle de production | Prix | |
|---|---|---|
| Concurrence | P = Cm | subi |
| Monopole | Rm = Cm | lu sur la demande, au-dessus de Cm |
Le monopoleur ne fixe pas un prix arbitraire : il choisit la quantité, et la demande fixe le prix.
Il n’y a pas de courbe d’offre de monopole
Intuition
En concurrence, à chaque prix correspondait une quantité : c’était la courbe d’offre.
Le monopoleur, lui, choisit simultanément son couple prix-quantité en fonction de la demande. Il n’existe donc pas de relation prix-quantité indépendante de la demande — pas de courbe d’offre.
Le coût social
Comparaison avec la concurrence
Ce que le marché aurait donné en concurrence
En concurrence, le prix égalerait le coût marginal : P = Cm = 10 \;\Longrightarrow\; q = 50 - 10 = 40 \text{ tonnes}
| Quantité | Prix | |
|---|---|---|
| Concurrence | 40 | 10 |
| Monopole | \mathbf{20} | \mathbf{30} |
Le monopole produit deux fois moins, et vend trois fois plus cher.
La perte sèche
Entre q = 20 et q = 40, chaque tonne vaut pour l’acheteur davantage qu’elle ne coûte à produire — et n’est pourtant pas produite.
\text{perte sèche} = \tfrac{1}{2} \times (30 - 10) \times (40 - 20) = 200 \text{ dirhams}
Le problème n’est pas le profit
Les 400 dirhams de profit sont un transfert : ce que les consommateurs paient en trop, le monopoleur le reçoit. Rien ne disparaît.
Ce qui disparaît, ce sont les 200 dirhams de perte sèche — des échanges profitables que personne ne réalise. C’est cela le coût social du monopole, non le profit lui-même.
Les réponses possibles
Quatre instruments, aucun parfait
Ce que les autorités peuvent faire
| Instrument | Difficulté |
|---|---|
| Politique de concurrence — interdire ententes et fusions | ne s’applique pas au monopole naturel |
| Réglementation du prix | imposer P = Cm fait perdre de l’argent à un monopole naturel |
| Propriété publique | les incitations à la maîtrise des coûts s’affaiblissent |
| Ne rien faire | acceptable si le remède coûte plus que le mal |
Le dilemme du monopole naturel
Intuition
Un monopole naturel a un coût moyen qui décroît sur toute la plage utile. Le coût marginal est donc toujours inférieur au coût moyen.
Lui imposer P = Cm le condamne à vendre en dessous de son coût moyen, donc à perdre de l’argent — et à disparaître sans subvention.
En pratique, on impose souvent P = CM : l’entreprise couvre ses coûts, le profit est nul, mais une perte sèche subsiste. C’est un compromis, pas une solution.
La discrimination par les prix
Discrimination par les prix
Vendre le même bien à des prix différents selon l’acheteur.
Elle exige un pouvoir de marché et la capacité d’empêcher la revente.
Trois pratiques courantes
Billets d’avion selon la date de réservation, tarifs étudiants, remises sur quantité, éditions brochée et reliée d’un même livre.
Un résultat contre-intuitif
La discrimination augmente le profit du monopoleur — c’est sa raison d’être. Mais elle augmente aussi souvent le surplus total, car elle permet de servir des clients qui, au prix unique, renonçaient.
Dans le cas extrême d’une discrimination parfaite, la quantité atteint celle de la concurrence et la perte sèche disparaît — tout le surplus allant au monopoleur.
Efficace ne veut pas dire équitable : c’est, une fois de plus, l’arbitrage du chapitre 6 de Principes d’économie.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- Un monopole existe grâce à une barrière à l’entrée : ressource, réglementation, ou économies d’échelle.
- Sa recette marginale est inférieure au prix, et décroît deux fois plus vite.
- Il produit où Rm = Cm, puis lit son prix sur la demande : ici q = 20, P = 30, \Pi = 400.
- Contre q = 40 et P = 10 en concurrence — d’où une perte sèche de 200.
- Le coût social est la perte sèche, non le profit, qui n’est qu’un transfert.
La suite
Concurrence parfaite et monopole sont les deux extrêmes. La plupart des marchés réels se situent entre les deux.
Le chapitre 6 examine le cas où les vendeurs sont nombreux mais leurs produits différenciés.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)