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Principes de microéconomie

La conception du système fiscal

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Principes de microéconomie

Chapitre 2 : La conception du système fiscal

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

24 septembre 2026

Ce qu’un impôt doit accomplir

Deux exigences, souvent contraires

La question posée

Les deux chapitres précédents ont conclu à la nécessité de recettes publiques : pour financer les biens publics, et pour corriger les externalités.

Reste à savoir comment les lever. Un bon système fiscal poursuit deux objectifs qui ne vont pas ensemble.

Efficacité et équité

Un impôt est efficace s’il coûte peu à la société au-delà de ce qu’il rapporte à l’État.

Il est équitable s’il répartit la charge d’une manière jugée juste.

C’est l’arbitrage du principe 1 de Principes d’économie, appliqué à la fiscalité.

L’efficacité

Les deux coûts cachés d’un impôt

Ce qu’un impôt coûte, au-delà de son montant
  1. La perte sèche — les échanges profitables qui n’ont plus lieu.
  2. Les coûts administratifs — le temps du contribuable, celui de l’administration, les conseils fiscaux, les contrôles.
Rappel chiffré

Sur le marché des dattes de Principes d’économie, une taxe de 5 dirhams rapportait 250 dirhams et détruisait 25 dirhams de surplus.

Le coût réel pour la société n’était donc pas de 250 mais de 275 — sans compter le temps passé à la déclarer.

La conséquence pratique

Puisque la perte sèche croît comme le carré du taux, mieux vaut plusieurs impôts modérés qu’un seul très élevé, à recette égale.

C’est l’une des rares recommandations sur lesquelles les économistes s’accordent largement, et elle explique la structure de la plupart des systèmes fiscaux.

Taux moyen et taux marginal

Deux taux à ne pas confondre

Le taux moyen est l’impôt total divisé par le revenu total. Il mesure le sacrifice consenti.

Le taux marginal est l’impôt payé sur le dernier dirham gagné. Il détermine les incitations.

Un barème progressif
Tranche de revenu Taux marginal
0 à 30\,000 0\,\%
30\,000 à 50\,000 10\,\%
au-delà de 50\,000 20\,\%

Pour un revenu de 80\,000 dirhams :

\text{impôt} = 0 + 0{,}10 \times 20\,000 + 0{,}20 \times 30\,000 = 2\,000 + 6\,000 = 8\,000

\text{taux moyen} = \frac{8\,000}{80\,000} = 10\,\% \qquad\qquad \text{taux marginal} = 20\,\%

Lequel regarder, et quand

Pour juger de l’équité — qui supporte quoi — c’est le taux moyen qui compte : ce contribuable verse 10\,\% de son revenu.

Pour prévoir le comportement — travailler une heure de plus, déclarer ou non — c’est le taux marginal : sur le dirham suivant, il en perdra 20 centimes.

Confondre les deux fausse tout le raisonnement. Un taux marginal de 20\,\% ne signifie jamais qu’on prélève un cinquième du revenu.

L’équité

Deux principes concurrents

Le principe du bénéfice

Chacun devrait payer selon ce qu’il retire des services publics.

C’est la logique de la taxe sur les carburants finançant les routes, ou d’un péage.

Le principe de la capacité contributive

Chacun devrait payer selon ce qu’il peut supporter.

Il se décline en deux exigences :

  • équité verticale — celui qui a plus doit payer plus ;
  • équité horizontale — deux contribuables en situation semblable doivent payer autant.

Trois structures possibles

Exemple
Structure Le taux moyen, quand le revenu monte
Proportionnelle reste constant
Progressive augmente
Régressive diminue

L’équité verticale n’impose pas la progressivité : elle exige seulement que le montant croisse. Choisir entre proportionnel et progressif est un jugement de valeur, non un résultat.

L’équité horizontale est plus difficile qu’elle n’en a l’air

Application en gestion

Deux ménages déclarent 60\,000 dirhams. L’un a quatre enfants, l’autre aucun. L’un a des frais de santé lourds, l’autre non.

Sont-ils « en situation semblable » ? Chaque réponse produit un système fiscal différent — et c’est de là que viennent la plupart des complications des codes des impôts.

Qui paie vraiment

Le retour de l’incidence fiscale

Le chapitre 5 de Principes d’économie l’a établi : la loi désigne un payeur, le marché redistribue la charge. La charge pèse sur le côté le moins élastique.

Un impôt sur les bénéfices des entreprises n’est pas payé par « les entreprises » : il l’est, en proportions variables, par les actionnaires, les salariés et les clients. Laquelle de ces trois parts domine est une question empirique, encore débattue.

La conséquence pour le débat public

Juger de l’équité d’un impôt d’après le texte de loi conduit régulièrement à des conclusions fausses.

Il faut savoir où la charge atterrit, ce qui exige d’estimer des élasticités — donc de l’économétrie. C’est un exemple net de ce que le chapitre 9 de Principes d’économie annonçait : l’économie pose la question, l’économétrie la tranche.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Cinq points
  1. Un impôt coûte sa perte sèche et ses coûts administratifs, en plus de ce qu’il prélève.
  2. Mieux vaut plusieurs impôts modérés qu’un seul élevé, puisque la perte sèche croît comme le carré du taux.
  3. Le taux moyen mesure le sacrifice ; le taux marginal gouverne les incitations.
  4. Deux principes d’équité coexistent : le bénéfice et la capacité contributive.
  5. L’incidence réelle ne se lit pas dans la loi : elle dépend des élasticités.
La suite

Les trois premiers chapitres ont levé l’hypothèse d’absence d’externalité. Les cinq suivants lèvent celle de concurrence parfaite.

Cela suppose de comprendre d’abord d’où vient la courbe d’offre — c’est-à-dire comment se forment les coûts d’une entreprise. C’est le chapitre 3.

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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