Principes de microéconomie
La concurrence monopolistique
- Présentation du cours
- Les externalités
- Biens publics et ressources communes
- La conception du système fiscal
- Les coûts de production
- L'entreprise en concurrence parfaite
- Le monopole
- La concurrence monopolistique
- L'oligopole et l'interaction stratégique
- Les marchés des facteurs de production
- Revenus, inégalités et discrimination
- L'asymétrie d'information
- Le choix du consommateur et ses limites
Principes de microéconomie
Chapitre 6 : La concurrence monopolistique
Entre les deux extrêmes
La structure la plus répandue
Concurrence monopolistique
Un marché est en concurrence monopolistique lorsque :
- les vendeurs sont nombreux ;
- leurs produits sont différenciés — proches, mais non identiques ;
- l’entrée est libre.
Un nom qui dit exactement la chose
Chaque entreprise est un petit monopole sur son propre produit : sa clientèle lui est attachée, elle peut donc monter son prix sans tout perdre. Sa courbe de demande est décroissante.
Mais elle subit la concurrence de substituts proches, et l’entrée libre empêche tout profit durable.
Quatre marchés
Restaurants, coiffeurs, librairies, applications mobiles. Aucun n’est identique à son voisin, aucun n’est seul.
C’est, de loin, la structure la plus courante — bien plus que la concurrence parfaite ou le monopole.
La place des quatre structures
Définition
| Nombre de vendeurs | Produits | Entrée | |
|---|---|---|---|
| Concurrence parfaite | très nombreux | identiques | libre |
| Concurrence monopolistique | nombreux | différenciés | libre |
| Oligopole | peu | identiques ou non | limitée |
| Monopole | un seul | sans substitut | bloquée |
Court terme et long terme
À court terme, un monopole en réduction
La même règle qu’au chapitre 5
L’entreprise fait face à une demande décroissante, donc Rm < P. Elle produit où Rm = Cm et lit son prix sur sa demande.
Si ce prix dépasse son coût moyen, elle réalise un profit. Rien ne la distingue alors d’un petit monopole.
À long terme, l’entrée efface le profit
Le mécanisme
Le profit attire de nouveaux entrants. Ceux-ci prennent des clients aux entreprises installées : la demande adressée à chacune se déplace vers la gauche.
Le mouvement continue jusqu’à ce que le profit soit nul.
La condition d’équilibre de long terme
Rm = Cm \qquad \text{et} \qquad P = CM
Géométriquement, la courbe de demande devient tangente à la courbe de coût moyen.
Pourquoi la tangence
Si la demande coupait le coût moyen, il existerait des quantités où P > CM : un profit serait possible, donc l’entrée continuerait.
Si elle passait entièrement en dessous, l’entreprise perdrait à toute quantité et sortirait.
Le seul équilibre est donc le contact en un point unique — la tangence.
Ce que cette structure coûte
Deux écarts à la concurrence parfaite
Le prix dépasse le coût marginal
À l’équilibre, P > Cm. Il existe donc des clients prêts à payer plus que le coût de production, et qui ne sont pas servis.
C’est une perte sèche, de même nature que celle du monopole — en plus petit.
La capacité excédentaire
La tangence a lieu sur la partie décroissante du coût moyen, donc à gauche de son minimum.
Chaque entreprise produit moins que la quantité qui minimiserait son coût unitaire : elle conserve une capacité inemployée.
La capacité excédentaire, en pratique
Un restaurant à demi plein la plupart des soirs. Un coiffeur qui attend entre deux clients. Un cabinet qui pourrait traiter plus de dossiers.
Chacun produirait à moindre coût unitaire en travaillant davantage. Aucun ne le peut, faute de clients à son prix.
Faut-il s’en inquiéter
Le prix de la variété
Ces deux écarts sont réels. Mais les corriger supposerait de réduire le nombre d’entreprises et d’uniformiser les produits — c’est-à-dire de supprimer la variété.
Or la variété a de la valeur pour le consommateur. Un seul modèle de chaussure produit au coût minimal serait plus efficace au sens étroit, et personne ne le souhaite.
L’inefficacité de la concurrence monopolistique est donc, en partie, le prix du choix. C’est pourquoi aucune autorité ne cherche à la corriger.
Deux externalités qui se compensent
L’entrée d’une entreprise supplémentaire produit deux effets opposés sur les tiers :
- une externalité de variété, positive : les consommateurs gagnent une option nouvelle ;
- une externalité de vol de clientèle, négative : les concurrents perdent des ventes.
Rien ne garantit que le nombre d’entreprises issu du marché soit le bon. Il peut être excessif ou insuffisant, et la théorie ne tranche pas.
La publicité et les marques
Un débat ancien
Deux lectures de la publicité
Critique : elle manipule les goûts, crée des différences imaginaires, et élève les barrières à l’entrée.
Favorable : elle informe sur l’existence, le prix et les caractéristiques, ce qui intensifie la concurrence.
Un argument moins évident
Une publicité coûteuse peut être un signal crédible, indépendamment de son contenu.
Dépenser beaucoup n’a de sens que si l’on compte fidéliser le client : une entreprise qui sait son produit mauvais n’engagerait pas la dépense. Le consommateur peut donc lire dans le coût même de la campagne une information sur la qualité.
Le raisonnement vaut aussi pour les marques, dont la valeur tient à ce que leur détenteur a beaucoup à perdre en cas de défaillance.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- Nombreux vendeurs, produits différenciés, entrée libre : la structure la plus courante.
- À court terme, chaque entreprise se comporte comme un petit monopole.
- L’entrée efface le profit : à long terme, la demande est tangente au coût moyen.
- Deux écarts subsistent : P > Cm, et une capacité excédentaire.
- Cette inefficacité est en partie le prix de la variété, ce qui explique qu’on ne la corrige pas.
La suite
Restait un cas : celui où les vendeurs sont assez peu nombreux pour que chacun tienne compte des réactions des autres.
C’est l’oligopole, et il exige un outil nouveau — la théorie des jeux. C’est le chapitre 7.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)