Inférence causale
Corrélation et causalité : ce que la régression ne dit pas
- Présentation du cours
- Corrélation et causalité : ce que la régression ne dit pas
- Le cadre des résultats potentiels
- Graphes causaux et variables à ne pas contrôler
- L'expérience aléatoire, référence de toutes les méthodes
- Appariement et pondération par le score de propension
- Les doubles différences
- La régression sur discontinuité
- Les variables instrumentales, revisitées
- Le contrôle synthétique
- Le double machine learning
- Effets hétérogènes et forêts causales
- Décider sous incertitude : de l'effet estimé à la politique
Inférence causale et machine learning
Introduction : Corrélation et causalité : ce que la régression ne dit pas
Prérequis
Ce que ce cours suppose acquis
Économétrie avancée et Apprentissage statistique.
De l’économétrie : les variables instrumentales, les données de panel, le biais de variable omise.
De l’apprentissage : la validation croisée, la régularisation, et l’idée qu’un modèle se juge hors échantillon.
Ce que le cours établit lui-même
L’économétrie sait estimer une corrélation conditionnelle ; l’apprentissage sait prévoir. Ni l’un ni l’autre ne répond à la question de l’économiste : que se passerait-il si l’on changeait la politique ?
Ce cours ferme la branche en revenant à cette question, avec les outils des deux précédents.
La question de ce cours
Ce que les deux cours précédents ont laissé de côté
Ce cours-là s’achevait sur un avertissement répété : le lasso sélectionne pour prévoir, l’importance des variables n’est pas un effet, une valeur de Shapley explique le modèle et non le monde.
Il concluait qu’aucune méthode d’interprétation ne répond à « quel serait l’effet si l’on intervenait ? ».
Ce cours prend cette question en charge.
| Question | Nature | Outil |
|---|---|---|
| Quelle sera la valeur de Y ? | prévision | apprentissage statistique |
| Que se passerait-il si l’on changeait T ? | causalité | ce cours |
Pourquoi la seconde est celle du décideur
Un modèle qui prévoit le défaut à partir du nombre de relances est excellent. Il ne dit pas s’il faut cesser de relancer.
Le décideur ne choisit pas ce qu’il observe : il choisit ce qu’il fait. Toute évaluation de politique — un salaire minimum, une formation, un dispositif fiscal — est une question causale, et aucune performance prédictive n’y répond.
Le piège élémentaire
Un exemple qui suffit à convaincre
Mille personnes formées, mille non formées. On observe le taux d’emploi un an après.
| Formés | Non formés | |
|---|---|---|
| Taux d’emploi | 400/1\,000 = 40\,\% | 600/1\,000 = 60\,\% |
La formation semble nuire, et lourdement : vingt points d’écart.
| Groupe | Formés | Non formés |
|---|---|---|
| Peu qualifiés | 240/800 = \mathbf{30\,\%} | 40/200 = 20\,\% |
| Très qualifiés | 160/200 = \mathbf{80\,\%} | 560/800 = 70\,\% |
| Ensemble | \mathbf{40\,\%} | \mathbf{60\,\%} |
Dans chaque groupe, la formation fait gagner dix points. Au total, elle en fait perdre vingt.
Une association peut s’inverser lorsqu’on tient compte d’une troisième variable.
Ici, l’explication est simple : la formation a surtout été suivie par les peu qualifiés, dont le taux d’emploi est bas de toute façon. La composition des groupes, non l’effet du traitement, produit le chiffre d’ensemble.
Aucune quantité de données ne corrige cela. Avec un million d’observations, l’écart de vingt points serait estimé plus précisément — et resterait faux.
Le problème n’est pas statistique, il est d’identification. C’est la différence de nature entre ce cours et les précédents.
Contrôler ne suffit pas
Trois raisons
- On ne peut contrôler que ce qu’on observe — la motivation, l’aptitude, l’information privée échappent.
- Certaines variables ne doivent pas être contrôlées : le chapitre 2 montrera qu’en ajouter peut créer un biais.
- Rien dans les données ne dit lesquelles contrôler : c’est une décision qui vient d’ailleurs.
« J’ai mis tous les contrôles disponibles » n’est pas un argument d’identification. C’est souvent l’inverse : une régression saturée de variables mal choisies produit des coefficients dont personne ne sait ce qu’ils mesurent.
La qualité d’une estimation causale ne se lit pas dans le R^2, ni dans le nombre de contrôles, ni dans la significativité. Elle se lit dans l’argument qui justifie la comparaison.
Ce qu’il faut construire
Il faut un langage pour écrire ce qu’on voudrait observer avant d’écrire ce qu’on estime — et des conditions explicites sous lesquelles ce qu’on estime correspond à ce qu’on veut.
C’est le cadre des résultats potentiels, au chapitre 1.
Le plan du cours
Trois mouvements
| Chapitres | Objet |
|---|---|
| 1–4 | Le cadre : résultats potentiels, graphes causaux, expérience aléatoire |
| 5–9 | Les stratégies d’identification quand on ne peut pas randomiser |
| 10–12 | Ce que le machine learning apporte, et la décision |
Le cours suit une même question : quel est l’effet d’un programme de formation sur l’emploi et le salaire ?
Chaque méthode y sera appliquée, avec ses hypothèses et ses limites. Comparer les réponses obtenues est plus instructif que d’accumuler des cas différents.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
- Prévoir et estimer un effet sont deux questions irréductibles.
- Le paradoxe de Simpson : le traitement gagne dans chaque groupe et perd au total.
- Le problème est d’identification, non d’échantillon : plus de données ne corrige rien.
- Contrôler ne suffit pas — on ne contrôle que l’observable, et certains contrôles nuisent.
- La crédibilité vient de l’argument, pas du R^2 ni du nombre de variables.
Le chapitre 1 introduit la notation qui rend tout cela précis, et qui permet de dire exactement ce qui manque.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)