Principes de macroéconomie
Politique monétaire et politique budgétaire
- Présentation du cours
- Mesurer le revenu d'une nation : le PIB
- Mesurer le coût de la vie : l'inflation
- Production et croissance
- Épargne, investissement et système financier
- Valeur temporelle de l'argent et risque
- Le chômage
- Le système monétaire
- Croissance monétaire et inflation
- L'économie ouverte : change et balance des paiements
- Offre globale et demande globale
- Politique monétaire et politique budgétaire
- L'arbitrage entre inflation et chômage
Principes de macroéconomie
Chapitre 10 : Politique monétaire et politique budgétaire
La politique monétaire
Comment elle agit
La chaîne de transmission
\text{taux directeur} \;\longrightarrow\; \text{taux de marché} \;\longrightarrow\; I \text{ et } C \;\longrightarrow\; \text{demande globale}
Une baisse du taux rend le crédit moins cher, stimule l’investissement et la consommation durable, et déplace la demande globale vers la droite.
La théorie de la préférence pour la liquidité
La banque centrale fixe l’offre de monnaie ; la demande de monnaie décroît avec le taux d’intérêt.
Le taux d’intérêt équilibre ce marché — et c’est par lui que la politique monétaire atteint la demande globale.
Deux canaux supplémentaires
Application en gestion
Le taux de change — une baisse des taux déprécie la monnaie et soutient les exportations nettes.
Les prix d’actifs — des taux plus bas élèvent la valeur des actions et de l’immobilier, ce qui accroît la richesse perçue et la consommation.
Ces canaux comptent d’autant plus que l’économie est ouverte et financiarisée.
Les limites
Quatre difficultés
- Les délais — plusieurs trimestres entre la décision et son effet.
- La borne inférieure — le taux ne peut guère descendre sous zéro.
- La transmission — des banques fragiles ne répercutent pas la baisse.
- Les anticipations — l’effet dépend de ce que les agents croient que la banque centrale fera ensuite.
Pourquoi l’indépendance et la crédibilité comptent
Le chapitre 1 l’a montré : c’est l’inflation imprévue qui coûte cher. Une banque centrale crédible ancre les anticipations, ce qui lui permet d’agir sans que les prix s’emballent.
Une banque centrale soumise au pouvoir politique est soupçonnée de vouloir financer les déficits — le chapitre 7 en a donné la conséquence. Les anticipations d’inflation se dégradent, et la politique monétaire perd son efficacité avant même d’avoir agi.
La crédibilité est un instrument, au même titre que le taux directeur.
La politique budgétaire
Les effets multiplicateurs
L’effet multiplicateur
Une dépense publique supplémentaire devient le revenu de quelqu’un, qui en dépense une partie, laquelle devient un autre revenu.
L’effet total sur la demande globale dépasse la dépense initiale.
Le multiplicateur, chiffré
Si les ménages consomment une fraction c de tout revenu supplémentaire : \text{multiplicateur} = \frac{1}{1 - c}
Pour c = 0{,}75 : \frac{1}{1 - 0{,}75} = 4
Une dépense de 100 engendrerait, dans ce cadre simplifié, une hausse de 400 de la demande globale.
Trois raisons pour lesquelles il est plus faible en pratique
Définition
- L’éviction — la hausse des taux réduit l’investissement privé (chapitre 3).
- Les importations — une part de la dépense fuit vers l’étranger.
- Les impôts et anticipations — les ménages qui prévoient une hausse future d’impôts épargnent davantage.
Ce que les estimations donnent
Application en gestion
Les multiplicateurs estimés se situent généralement bien en dessous de la valeur théorique, et varient fortement selon les circonstances.
Ils sont plus élevés en récession, lorsque des ressources sont inemployées et que les taux sont bas — donc l’éviction faible. Ils sont plus faibles à plein emploi et en économie très ouverte.
C’est une grandeur empirique, non un paramètre théorique : voilà pourquoi le débat sur la relance est un débat d’économétrie.
Les stabilisateurs automatiques
Stabilisateurs automatiques
Certains mécanismes soutiennent la demande sans décision : l’impôt progressif recule quand les revenus baissent, l’indemnisation du chômage augmente quand l’emploi se dégrade.
Leur avantage décisif
Ils ne souffrent d’aucun délai de décision — la difficulté principale de la politique discrétionnaire.
Ils agissent au moment exact où c’est nécessaire, et se retirent d’eux-mêmes ensuite. Beaucoup d’économistes leur accordent davantage de confiance qu’aux plans de relance décidés au coup par coup.
Faut-il stabiliser
Deux positions, honnêtement exposées
Les arguments pour l’intervention
- L’ajustement spontané est lent, et son coût se compte en chômage.
- Les récessions détruisent du capital humain durablement — les chômeurs de longue durée perdent en employabilité.
- Les stabilisateurs automatiques agissent déjà : la question est celle du degré, non du principe.
Les arguments contre
- Les délais font parfois arriver la relance après la reprise, amplifiant le cycle au lieu de l’amortir.
- Les prévisions sont peu fiables, et l’on agit à l’aveugle.
- Le biais politique pousse à dépenser en récession sans économiser en expansion, d’où une dette croissante.
Où se situe le désaccord
Intuition
Les deux camps acceptent le modèle du chapitre 9. Ils divergent sur des grandeurs : à quelle vitesse l’économie s’ajuste-t-elle seule, et quelle est la valeur du multiplicateur ?
Ce sont des questions positives, au sens du chapitre 1 de Principes d’économie — donc tranchables par les données, en principe. Qu’elles ne le soient pas encore complètement tient à la difficulté d’identifier des effets causaux en macroéconomie, faute d’expériences.
C’est exactement le problème auquel s’attaque le cours d’Inférence causale au niveau Master.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- La politique monétaire agit par le taux d’intérêt, le change et les prix d’actifs.
- Ses limites : délais, borne inférieure, transmission, anticipations — d’où l’importance de la crédibilité.
- La politique budgétaire agit par un multiplicateur, 1/(1-c) = 4 en théorie, bien moindre en pratique.
- Éviction, importations et anticipations le réduisent ; la récession l’augmente.
- Les stabilisateurs automatiques évitent le problème des délais.
La suite
Reste le dernier des dix principes : à court terme, réduire l’inflation coûte du chômage. Le chapitre 11 l’établit, et referme le cours.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)