Principes de macroéconomie
L’arbitrage entre inflation et chômage
- Présentation du cours
- Mesurer le revenu d'une nation : le PIB
- Mesurer le coût de la vie : l'inflation
- Production et croissance
- Épargne, investissement et système financier
- Valeur temporelle de l'argent et risque
- Le chômage
- Le système monétaire
- Croissance monétaire et inflation
- L'économie ouverte : change et balance des paiements
- Offre globale et demande globale
- Politique monétaire et politique budgétaire
- L'arbitrage entre inflation et chômage
Principes de macroéconomie
Chapitre 11 : L’arbitrage entre inflation et chômage
La courbe de Phillips
Une relation observée, puis expliquée
La courbe de Phillips
La courbe de Phillips relie négativement l’inflation et le chômage : lorsque l’une monte, l’autre baisse.
Elle découle du chapitre 9
Une demande globale plus forte élève à la fois la production et les prix. Production plus forte signifie chômage plus faible.
Inflation en hausse et chômage en baisse vont donc ensemble — et c’est simplement une autre lecture du même graphique.
La verticale de long terme
La critique de Friedman et Phelps
Le taux de chômage naturel
Le taux naturel est le chômage qui subsiste quand l’économie est à son potentiel. Il rassemble le chômage frictionnel et structurel du chapitre 5.
Il ne dépend pas de l’inflation.
La courbe de Phillips augmentée
\text{chômage} = \text{taux naturel} - a\,(\text{inflation} - \text{inflation anticipée})
Seul l’écart entre inflation réalisée et anticipée agit sur le chômage.
Pourquoi l’arbitrage disparaît à long terme
Intuition
Une inflation surprise trompe momentanément : les salaires ont été fixés sur une inflation plus basse, les salaires réels baissent, les entreprises embauchent.
Mais les agents apprennent. Une fois l’inflation anticipée, les salaires sont renégociés, et le chômage revient à son taux naturel — avec une inflation désormais plus élevée.
À long terme, la courbe de Phillips est verticale. On ne peut pas acheter durablement de l’emploi avec de l’inflation ; on ne peut acheter qu’un délai.
La stagflation des années 1970, deux causes
Application en gestion
- Les anticipations s’étaient ajustées après une décennie d’inflation : l’arbitrage exploité s’était épuisé.
- Les chocs pétroliers ont déplacé l’offre globale — et un choc d’offre, on l’a vu au chapitre 9, dégrade les deux grandeurs à la fois.
Inflation et chômage ont monté ensemble, ce que la courbe de Phillips initiale déclarait impossible. C’est l’une des réfutations les plus nettes de l’histoire de la discipline.
Désinflater
Le coût de la désinflation
Le taux de sacrifice
Le taux de sacrifice est le nombre de points de PIB annuel qu’il faut abandonner pour réduire l’inflation d’un point.
Les estimations usuelles se situent autour de cinq, avec une forte dispersion selon les périodes et les pays.
Pourquoi la désinflation coûte
Tant que les agents anticipent une inflation élevée, ils l’inscrivent dans les contrats. Freiner la demande fait alors baisser la production avant les prix.
Le coût vient donc du retard des anticipations — et non de la désinflation elle-même.
Les anticipations rationnelles
Si les agents comprennent la politique annoncée et la croient, ils révisent immédiatement leurs anticipations.
La désinflation peut alors se faire à faible coût. Tout repose sur la crédibilité de l’annonce.
Ce que l’expérience a montré
Application en gestion
Les désinflations menées sans crédibilité initiale ont été coûteuses en chômage. Celles conduites par des banques centrales indépendantes, avec des objectifs annoncés, l’ont été nettement moins.
C’est l’argument décisif en faveur de l’indépendance et du ciblage d’inflation, adoptés par la plupart des banques centrales — et cela relie le chapitre 10 à celui-ci.
Bilan du cours
Le fil rouge chiffré
L’économie de référence, d’un bout à l’autre
| Chapitre | Grandeur | Valeur |
|---|---|---|
| 1 | PIB nominal 2020 \to 2021 | 1000 \to 1155 |
| 1 | PIB réel | 1000 \to 1100 |
| 1 | Croissance réelle / inflation | 10\,\% / 5\,\% |
| 2 | IPC | 100 \to 110 |
| 6 | Chômage / activité | 8\,\% / 66{,}7\,\% |
| 7 | Multiplicateur monétaire | 5 |
| 8 | M doublé \Rightarrow prix | 5 \to 10 |
| 9 | Taux PPA | 10 dh/euro |
Long terme et court terme
Les deux moitiés du cours
| Chapitres | Ce qui détermine la production | La monnaie | |
|---|---|---|---|
| Long terme | 3–9 | productivité, capital, technologie | neutre |
| Court terme | 10–12 | demande globale | agit |
Ce qu’il faut avoir compris en sortant
Intuition
Ces deux moitiés ne se contredisent pas : elles répondent à des questions différentes.
Demander pourquoi un pays est riche appelle le long terme et la productivité. Demander pourquoi il est en récession cette année appelle le court terme et la demande.
Appliquer le mauvais cadre est l’erreur la plus fréquente du commentaire macroéconomique — croire qu’une relance produit de la croissance durable, ou qu’une réforme structurelle sort d’une récession en cours.
Ce que ce cours prépare
Application en gestion
Toutes les séries définies ici — PIB, inflation, chômage, taux, change — seront les données des cours d’économétrie.
Le niveau Master les modélisera : leur dynamique dans Modélisation ARMA, leur volatilité dans GARCH, leurs effets causaux dans Inférence causale.
Aucun de ces modèles ne dispense de savoir ce que la série mesure. C’était l’objet des deux premiers chapitres, et c’est la raison pour laquelle ils venaient en premier.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- La courbe de Phillips relie négativement inflation et chômage — à court terme.
- Seul l’écart entre inflation réalisée et anticipée agit ; la courbe de long terme est verticale.
- Le taux naturel rassemble chômage frictionnel et structurel, et ne dépend pas de l’inflation.
- La stagflation des années 1970 est venue de l’ajustement des anticipations et de chocs d’offre.
- Le coût d’une désinflation dépend de la crédibilité : c’est le retard des anticipations qui se paie.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)