Échantillonnage
- Présentation du cours
- Pourquoi sonder ?
- Population, paramètres et plan de sondage
- Estimateur, biais et précision
- Le sondage aléatoire simple
- Proportions, totaux et tirage avec remise
- Choisir la taille de l'échantillon
- Le sondage stratifié
- L'allocation optimale et l'effet de plan
- Le sondage systématique
- Le sondage par grappes
- Le sondage à deux degrés
- Les probabilités inégales
- L'estimateur par le ratio
- Régression, post-stratification et calage
- La non-réponse et le redressement
- Mise en œuvre sur R et Python
Échantillonnage · Chapitre 12
L'estimateur par le ratio
L’information auxiliaire
Ce que l’on sait avant l’enquête
Une variable auxiliaire
Une variable auxiliaire x est mesurée sur chaque unité tirée, et son total X = \sum_{k \in U} x_k est connu pour toute la population, par un recensement ou un fichier administratif. On note \overline{X} = X/N sa moyenne, \overline{x} sa moyenne dans l’échantillon.
Le nombre de personnes
Le recensement donne le nombre de personnes de la population du cours : X = 7\,859 pour N = 2\,000 ménages, soit \overline{X} = 3{,}93 personnes par ménage (le RGPH 2024 en compte 3{,}9 pour tout le pays). L’enquête demande la taille de chaque ménage tiré : l’échantillon fil rouge en compte \overline{x} = 3{,}805 en moyenne.
La dépense suit la taille
Lire le nuage
Les grands ménages dépensent plus : \rho = 0{,}622. La droite issue de l’origine, de pente R = Y/X = 2\,013{,}34 dh par personne, résume ce lien. Des ménages tirés plus petits que la moyenne donnent une dépense moyenne trop basse.
L’estimateur par le ratio
Corriger la moyenne par la taille
On estime le ratio R = Y/X par \widehat{R} = \overline{y}/\overline{x}, puis on le multiplie par le total connu : \widehat{Y}_R = X\,\widehat{R} = X\,\frac{\overline{y}}{\overline{x}}, \qquad \widehat{\overline{Y}}_R = \overline{X}\,\frac{\overline{y}}{\overline{x}} = \overline{y} \times \frac{\overline{X}}{\overline{x}}
Un facteur de correction
Si les ménages tirés sont plus petits que l’ensemble (\overline{x} < \overline{X}), le facteur \overline{X}/\overline{x} dépasse 1 et relève la moyenne ; s’ils sont plus grands, il l’abaisse. Si \overline{x} = \overline{X}, l’estimateur vaut \overline{y}. Il ne demande qu’une chose de plus que \overline{y} : le total X.
Sur la mini-population
Dépense et taille des cinq ménages, sondage de deux ménages
Tailles 2, 3, 3, 4, 6 : X = 18, \overline{X} = 3{,}6, R = 40/18 = 2{,}22. Estimateur : 3{,}6\,\overline{y}/\overline{x}.
| Échantillon | AB | AC | AD | AE | BC |
|---|---|---|---|---|---|
| \overline{y} | 5 | 5{,}5 | 6{,}5 | 9 | 6{,}5 |
| \overline{x} | 2{,}5 | 2{,}5 | 3 | 4 | 3 |
| Ratio | 7{,}2 | 7{,}92 | 7{,}8 | 8{,}1 | 7{,}8 |
| Échantillon | BD | BE | CD | CE | DE |
|---|---|---|---|---|---|
| \overline{y} | 7{,}5 | 10 | 8 | 10{,}5 | 11{,}5 |
| \overline{x} | 3{,}5 | 4{,}5 | 3{,}5 | 4{,}5 | 5 |
| Ratio | 7{,}71 | 8 | 8{,}23 | 8{,}4 | 8{,}28 |
Dix échantillons, dix estimations
Les deux estimateurs sur les dix échantillons
| Moyenne \overline{y} | Ratio | |
|---|---|---|
| Espérance | 8 | 7{,}944 |
| Biais | 0 | -0{,}056 |
| Variance | 4{,}35 | 0{,}108 |
| Valeurs extrêmes | 5 et 11{,}5 | 7{,}2 et 8{,}4 |
Un petit biais, une variance divisée par quarante
La dépense est presque proportionnelle à la taille : y_k/x_k ne varie que de 2 à 2{,}33 milliers de dh par personne. Le ratio efface l’essentiel des écarts entre échantillons : la variance tombe de 4{,}35 à 0{,}108. Il n’est plus exactement sans biais, mais son erreur quadratique moyenne, 0{,}111, reste 39 fois plus faible que celle de \overline{y}.
Le biais
Pourquoi le ratio est biaisé
L’espérance d’un quotient
\overline{y} et \overline{x} sont sans biais, mais E(\overline{y}/\overline{x}) \neq E(\overline{y})/E(\overline{x}) : l’espérance d’un quotient n’est pas le quotient des espérances. Sur la mini-population, l’estimateur vaut 7{,}944 en moyenne au lieu de 8.
L’erreur s’écrit avec des résidus
Posons e_k = y_k - R\,x_k : l’écart du ménage k à la droite de pente R. Leur moyenne dans la population est nulle, car \sum_{k \in U} e_k = Y - R\,X = 0. Comme R = \overline{Y}/\overline{X} : \widehat{\overline{Y}}_R - \overline{Y} = \frac{\overline{X}}{\overline{x}}\,\left(\overline{y} - R\,\overline{x}\right) = \frac{\overline{X}}{\overline{x}}\;\overline{e} où \overline{e} est la moyenne des e_k des unités tirées.
Démonstration : L’erreur du ratio s’écrit avec les résidus
Les résidus ont une moyenne nulle. Avec e_k = y_k - R\,x_k et R = Y/X, la somme sur la population est \sum_{k \in U} e_k = Y - R\,X = 0.
L’identité exacte. Dans l’échantillon, \overline{e} = \overline{y} - R\,\overline{x}, donc \overline{y} = R\,\overline{x} + \overline{e}. En reportant dans l’estimateur et en utilisant R\,\overline{X} = \overline{Y}, \widehat{\overline{Y}}_R = \overline{X}\,\frac{\overline{y}}{\overline{x}} = \overline{X}\,\frac{R\,\overline{x} + \overline{e}}{\overline{x}} = R\,\overline{X} + \frac{\overline{X}}{\overline{x}}\,\overline{e} = \overline{Y} + \frac{\overline{X}}{\overline{x}}\,\overline{e}. L’erreur du ratio est donc exactement \dfrac{\overline{X}}{\overline{x}}\,\overline{e}, sans approximation.
Ce que l’on en tire. Si y_k = R\,x_k pour tous les ménages, tous les e_k sont nuls et le ratio vaut \overline{Y} sur tout échantillon. En général, l’erreur est la moyenne d’échantillon \overline{e} d’une variable de moyenne nulle, multipliée par un facteur proche de 1. Et le ratio est biaisé : E(\overline{e}) = 0, mais le facteur \overline{X}/\overline{x} est aléatoire et lié à \overline{e}, donc E\big(\tfrac{\overline{X}}{\overline{x}}\,\overline{e}\big) \neq E\big(\tfrac{\overline{X}}{\overline{x}}\big)\,E(\overline{e}) = 0 en général.
Ce que cela dit. Sur la mini-population, R = 40/18 et les résidus valent -\frac49, -\frac23, \frac13, \frac19, \frac23, de somme nulle ; l’identité tient sur chacun des dix échantillons de deux ménages. Le ratio y a pour espérance 7{,}944 (biais -0{,}056), pour variance 0{,}108 contre 4{,}35 pour \overline{y}, et son erreur quadratique 0{,}111 est 39 fois plus faible. Sur le fil rouge, \overline{y} - \overline{Y} = R\,(\overline{x} - \overline{X}) + \overline{e} = -250{,}7 + 182{,}3 = -68{,}4, tandis que l’erreur du ratio est 1{,}0327 \times 182{,}28 = 188{,}24 : il retire la première erreur et garde la seconde.
Un biais d’ordre 1/n
Le biais approché
B\big(\widehat{\overline{Y}}_R\big) \approx \frac{1-f}{n}\cdot\frac{R\,S_x^2 - S_{xy}}{\overline{X}} = \overline{Y}\;\frac{1-f}{n}\left(CV_x^2 - \rho\,CV_x\,CV_y\right) S_{xy} est la covariance de x et y dans la population (en N - 1), CV_x = S_x/\overline{X} et CV_y = S/\overline{Y} leurs coefficients de variation.
La démonstration courte
Pour \overline{x} proche de \overline{X}, \overline{X}/\overline{x} \approx 1 - (\overline{x} - \overline{X})/\overline{X}, d’où \widehat{\overline{Y}}_R - \overline{Y} \approx \overline{e} - \frac{\overline{e}\,(\overline{x} - \overline{X})}{\overline{X}} Le premier terme est d’espérance nulle (sondage aléatoire simple des e_k, de moyenne 0). Le second a pour espérance -\mathrm{Cov}(\overline{e}, \overline{x})/\overline{X} = -(1-f)\,S_{ex}/(n\,\overline{X}), avec S_{ex} = S_{xy} - R\,S_x^2.
Démonstration : Le biais du ratio, d’ordre 1/n
La covariance de deux moyennes. Pour deux variables a et b et un sondage aléatoire simple, \mathrm{Cov}(\overline{a}, \overline{b}) = (1-f)\,S_{ab}/n. En effet, la moyenne de a + b a pour variance (1-f)\,S_{a+b}^2/n (chapitre 3), avec S_{a+b}^2 = S_a^2 + S_b^2 + 2\,S_{ab} ; or V(\overline{a} + \overline{b}) = V(\overline{a}) + V(\overline{b}) + 2\,\mathrm{Cov}(\overline{a}, \overline{b}). En retranchant V(\overline{a}) et V(\overline{b}), il reste la covariance.
Le développement. Avec l’identité du résultat précédent, \dfrac{\overline{X}}{\overline{x}} = 1 - \dfrac{\overline{x} - \overline{X}}{\overline{x}}, donc exactement \widehat{\overline{Y}}_R - \overline{Y} = \overline{e} - \overline{e}\,\frac{\overline{x} - \overline{X}}{\overline{x}}. Pour n grand, \overline{x} - \overline{X} est de l’ordre de 1/\sqrt{n} ; remplacer \overline{x} par \overline{X} au dénominateur change le second terme d’un ordre 1/n^{3/2}, négligeable.
L’espérance. Le premier terme est d’espérance nulle. Dans le second, E(\overline{x}) = \overline{X}, donc E\big[\overline{e}\,(\overline{x} - \overline{X})\big] = \mathrm{Cov}(\overline{e}, \overline{x}) = (1-f)\,S_{ex}/n, avec S_{ex} = S_{xy} - R\,S_x^2. D’où B \approx -\frac{1-f}{n}\cdot\frac{S_{ex}}{\overline{X}} = \frac{1-f}{n}\cdot\frac{R\,S_x^2 - S_{xy}}{\overline{X}} = \overline{Y}\;\frac{1-f}{n}\left(CV_x^2 - \rho\,CV_x\,CV_y\right), car R\,S_x^2/\overline{X} = \overline{Y}\,S_x^2/\overline{X}^2 = \overline{Y}\,CV_x^2 et S_{xy}/\overline{X} = \rho\,S_x\,S/\overline{X} = \overline{Y}\,\rho\,CV_x\,CV_y.
Un biais qui s’efface plus vite que l’erreur-type. B varie comme 1/n, l’erreur-type comme 1/\sqrt{n} : leur rapport varie comme 1/\sqrt{n} et tend vers 0.
Ce que cela dit. Sur la mini-population, la formule donne -0{,}053 pour un biais exact de -0{,}056 ; l’énumération des échantillons de deux et de trois ménages confirme \mathrm{Cov}(\overline{a}, \overline{b}) = (1-f)\,S_{ab}/n pour les couples (y, x), (x, x), (y, y) et (e, x). Sur la population du cours, CV_x^2 = 0{,}1989 et \rho\,CV_x\,CV_y = 0{,}1397 : pour n = 200, le biais relatif vaut 0{,}0045 \times 0{,}0592 = 0{,}027\,\%, soit 2{,}11 dh, pour une erreur-type de 220{,}84 dh ; pour n = 20, 23{,}2 dh contre 732, soit 0{,}032 ; le carré de ce rapport, 0{,}1\,\%, est la part du biais dans l’erreur quadratique moyenne.
Négligeable devant l’erreur-type
Sur la population du cours
CV_x^2 = 0{,}1989 et \rho\,CV_x\,CV_y = 0{,}1397. Pour n = 200 : biais relatif (0{,}9/200) \times 0{,}0592 = 0{,}027\,\%, soit 2{,}11 dh.
| Taille de l’échantillon n | 20 | 50 | 200 | 800 |
|---|---|---|---|---|
| Biais (dh) | 23{,}2 | 9{,}1 | 2{,}1 | 0{,}35 |
| Erreur-type (dh) | 732 | 460 | 221 | 90 |
| Biais / erreur-type | 0{,}032 | 0{,}020 | 0{,}010 | 0{,}004 |
Le biais s’efface plus vite que l’erreur-type
Le biais décroît comme 1/n, l’erreur-type comme 1/\sqrt{n} : leur rapport tend vers 0. Dès n = 20, le carré du biais fait 0{,}1\,\% de l’erreur quadratique moyenne. La formule est fiable même sur la mini-population : -0{,}053, pour un biais exact de -0{,}056.
La précision
La variance approchée
Variance de l’estimateur par le ratio
V\big(\widehat{\overline{Y}}_R\big) \approx \frac{1-f}{n}\,S_e^2, \qquad S_e^2 = \frac{1}{N-1}\sum_{k \in U}\left(y_k - R\,x_k\right)^2 = S^2 - 2R\,S_{xy} + R^2 S_x^2 Pour le total : V(\widehat{Y}_R) \approx N^2\,(1-f)\,S_e^2/n.
La démonstration courte
Au premier ordre, \widehat{\overline{Y}}_R - \overline{Y} \approx \overline{e}, la moyenne d’un sondage aléatoire simple de la variable e_k. Le chapitre 3 donne sa variance : (1-f)\,S_e^2/n. Le ratio se comporte comme \overline{y}, avec les résidus e_k à la place des y_k. Sur la mini-population, l’approximation donne 0{,}091 pour une variance exacte de 0{,}108 : grossière avec n = 2, mais du bon ordre de grandeur.
Démonstration : La variance du ratio, les résidus d’un sondage simple
Au premier ordre, un sondage simple des résidus. D’après le résultat précédent, \widehat{\overline{Y}}_R - \overline{Y} \approx \overline{e} : le terme omis est de l’ordre de 1/n, devant 1/\sqrt{n}. Or \overline{e} est la moyenne d’un sondage aléatoire simple de la variable e_k, de moyenne nulle dans la population et de variance S_e^2 = \frac{1}{N-1}\sum_{k \in U} e_k^2. Le chapitre 3 donne V\big(\widehat{\overline{Y}}_R\big) \approx \frac{1-f}{n}\,S_e^2. La variance des résidus. Comme R\,\overline{X} = \overline{Y}, on a e_k = (y_k - \overline{Y}) - R\,(x_k - \overline{X}). En élevant au carré et en sommant, S_e^2 = S^2 - 2R\,S_{xy} + R^2\,S_x^2. L’estimation. On remplace R par \widehat{R} et la somme sur la population par la somme sur l’échantillon : s_e^2 = \frac{1}{n-1}\sum_{k \in S}\big(y_k - \widehat{R}\,x_k\big)^2, et \widehat{V} = (1-f)\,s_e^2/n.
Ce que cela dit. Sur la population du cours, S = 3\,984{,}29 mais S_e = 3\,292{,}09 : V \approx 0{,}0045 \times 3\,292{,}09^2 = 48\,770{,}3, soit une erreur-type de 220{,}84 dh contre 267{,}27, un effet de plan de 0{,}683 et une taille effective de 200/0{,}683 \approx 293. Sur la mini-population (n = 2), l’approximation donne 0{,}0907 pour une variance exacte de 0{,}1078 : grossière avec si peu d’unités, du bon ordre de grandeur.
Sur la population du cours
Moyenne simple et ratio, 200 ménages
| Moyenne simple | Ratio | |
|---|---|---|
| Dispersion de la variable | S = 3\,984{,}29 | S_e = 3\,292{,}09 |
| Variance de l’estimateur | 71\,435{,}5 | 48\,770{,}3 |
| Erreur-type (dh) | 267{,}27 | 220{,}84 |
| Effet de plan | 1 | 0{,}683 |
Ce que vaut l’information
L’erreur-type baisse de 17\,\%. Avec la taille du ménage, 200 ménages valent 200/0{,}683 = 293 ménages interrogés sans elle : c’est la taille effective (chapitre 7). Il a suffi d’une question de plus dans l’enquête, et du total X fourni par le recensement.
Quand le ratio gagne-t-il ?
La condition de gain
Le ratio est plus précis que \overline{y} si et seulement si S_e^2 < S^2, c’est-à-dire \rho > \frac{CV_x}{2\,CV_y}
La démonstration
S_e^2 < S^2 \iff R^2 S_x^2 < 2R\,S_{xy} = 2R\,\rho\,S_x\,S. On divise par 2R\,S_x\,S > 0 : \rho > \dfrac{R\,S_x}{2S} = \dfrac{S_x/\overline{X}}{2\,S/\overline{Y}}, puisque R = \overline{Y}/\overline{X}.
Dépense et taille
CV_x = 0{,}446 et CV_y = 0{,}504 : il faut \rho > 0{,}443. Avec \rho = 0{,}622, la condition est remplie.
Le gain selon la corrélation
Lire la figure
L’effet de plan du ratio vaut S_e^2/S^2 = 1 - 2\rho k + k^2, avec k = CV_x/CV_y = 0{,}886. Sous le seuil \rho = 0{,}443, le ratio fait pire que \overline{y}. La régression (chapitre 13) fait toujours au moins aussi bien ; les deux coïncident quand \rho = k.
Démonstration : L’effet de plan du ratio selon la corrélation
La réduction. Posons k = CV_x/CV_y. Comme R = \overline{Y}/\overline{X}, R\,S_x = \overline{Y}\,CV_x et S = \overline{Y}\,CV_y, donc R\,S_x/S = k. Avec S_{xy} = \rho\,S_x\,S, on divise S_e^2 = S^2 - 2R\,S_{xy} + R^2 S_x^2 par S^2 : \mathit{deff} = \frac{S_e^2}{S^2} = 1 - 2\rho\,\frac{R\,S_x}{S} + \Big(\frac{R\,S_x}{S}\Big)^2 = 1 - 2\rho\,k + k^2. La condition de gain. 1 - 2\rho k + k^2 < 1 \iff k^2 < 2\rho k \iff \rho > k/2, puisque k > 0.
Un carré parfait. 1 - 2\rho k + k^2 = (1 - \rho^2) + (\rho - k)^2. Le premier terme est l’effet de plan de la régression (chapitre 13) ; le second est \geq 0, et nul si et seulement si \rho = k : le ratio ne fait jamais mieux que la régression, et autant seulement si \rho = k.
Ce que cela dit. Dépense et taille : k = 0{,}886, \rho = 0{,}622, et 0{,}683 = 0{,}613 + 0{,}070 ; le seuil k/2 = 0{,}443 est dépassé. Avec l’accès à internet comme variable auxiliaire, \rho = 0{,}276 ne dépasse pas le seuil de 0{,}691 : effet de plan 2{,}145 ; avec le milieu urbain, \rho = 0{,}208 pour un seuil de 0{,}621 : 2{,}025. Un ratio mal choisi double la variance.
L’échantillon fil rouge
L’estimation
Les 200 ménages du chapitre 3
| Échantillon | Population | |
|---|---|---|
| Taille moyenne (personnes) | 3{,}805 | 3{,}9295 |
| Dépense moyenne (dh) | 7\,843{,}05 | 7\,911{,}44 |
| Dépense par personne (dh) | 2\,061{,}25 | 2\,013{,}34 |
L’enquêteur ne connaît, dans la seconde colonne, que \overline{X} = 7\,859/2\,000.
Des ménages tirés un peu petits
Les ménages tirés comptent 0{,}12 personne de moins que l’ensemble : le facteur \overline{X}/\overline{x} = 1{,}0327 relève la moyenne de 3{,}3\,\%. \widehat{\overline{Y}}_R = \overline{X}\,\widehat{R} = 3{,}9295 \times 2\,061{,}25 = 8\,099{,}68 \text{ dh} Total estimé : X\,\widehat{R} = 16\,199\,351 dh, pour un vrai total de 15\,822\,870 dh.
Le ratio a trop corrigé
Plus loin de la vérité que la moyenne simple
Erreur de \overline{y} : 7\,843{,}05 - 7\,911{,}44 = -68{,}39 dh. Erreur du ratio : 8\,099{,}68 - 7\,911{,}44 = +188{,}24 dh. Sur cet échantillon, le ratio fait moins bien que la moyenne simple.
Deux erreurs qui se compensaient
L’erreur de \overline{y} se décompose : \overline{y} - \overline{Y} = R\,(\overline{x} - \overline{X}) + \overline{e} = -250{,}7 + 182{,}3 = -68{,}4.
- R\,(\overline{x} - \overline{X}) = 2\,013{,}34 \times (-0{,}1245) : les ménages tirés sont trop petits ;
- \overline{e} = +182{,}3 : à taille égale, ils dépensent plus que la moyenne.
\overline{y} cumule les deux erreurs, qui se compensent presque. Le ratio retire la première et garde la seconde : \frac{\overline{X}}{\overline{x}}\,\overline{e} = 1{,}0327 \times 182{,}28 = 188{,}24.
La précision estimée sur l’échantillon
Estimer la variance
On remplace R par \widehat{R} et S_e^2 par sa version d’échantillon : \widehat{V}\big(\widehat{\overline{Y}}_R\big) = \frac{1-f}{n}\,s_e^2, \qquad s_e^2 = \frac{1}{n-1}\sum_{k \in S}\big(y_k - \widehat{R}\,x_k\big)^2 = s_y^2 - 2\widehat{R}\,s_{xy} + \widehat{R}^2 s_x^2
L’échantillon fil rouge
s_y = 3\,829{,}16, s_x = 1{,}7812, s_{xy} = 4\,630{,}25 (corrélation 0{,}679), d’où s_e = 3\,009{,}13 et une erreur-type estimée de \sqrt{0{,}0045} \times 3\,009{,}13 = 201{,}86 dh. Intervalle à 95\,\% : 8\,099{,}68 \pm 395{,}6, soit [7\,704{,}0\,;8\,495{,}3], qui contient \overline{Y}. La moyenne simple avait une erreur-type estimée de 256{,}87 dh.
En moyenne, le ratio fait mieux
Vingt mille sondages de 200 ménages
Les deux distributions sont centrées sur \overline{Y} : le biais du ratio, 2 dh, est invisible. Celle du ratio est plus resserrée : écart-type 220 dh, comme le prévoyait la formule (220{,}84), contre 269 pour \overline{y}. Le fil rouge tombe à gauche pour \overline{y}, à droite pour le ratio.
Juger une méthode, pas un résultat
Ce que disent les simulations
| Sur 20\,000 échantillons | Moyenne simple | Ratio |
|---|---|---|
| Erreur de moins de 300 dh | 73{,}4\,\% | 82{,}8\,\% |
| Racine de l’erreur quadratique moyenne | 269{,}3 | 220{,}1 |
| Couverture de l’intervalle à 95\,\% | 94{,}6\,\% | 94{,}7\,\% |
Le ratio est le plus proche de \overline{Y} dans 57{,}3\,\% des échantillons ; dans les 42{,}7\,\% restants, comme le fil rouge, c’est \overline{y}.
Choisir l’estimateur avant de voir le résultat
On choisit un estimateur pour sa loi sur tous les échantillons, pas pour sa valeur sur celui qu’on a tiré : \overline{Y} étant inconnu, on ne sait jamais lequel est tombé le plus près. Retenir après coup celui qui « arrange » fausserait toutes les marges d’erreur.
Ratios et domaines
La dépense par personne
Un ratio comme paramètre
R = Y/X s’estime par \widehat{R} = \overline{y}/\overline{x}, sans avoir besoin de X. Même linéarisation : \widehat{R} - R = \overline{e}/\overline{x} \approx \overline{e}/\overline{X}, d’où V(\widehat{R}) \approx \frac{1-f}{n}\cdot\frac{S_e^2}{\overline{X}^2}, \qquad \widehat{V}(\widehat{R}) = \frac{1-f}{n}\cdot\frac{s_e^2}{\overline{x}^2}
Sur l’échantillon fil rouge
\widehat{R} = 2\,061{,}25 dh par personne, d’erreur-type estimée 201{,}86/3{,}805 = 53{,}05 dh. Intervalle à 95\,\% : [1\,957{,}3\,;2\,165{,}2], qui contient R = 2\,013{,}34. La vraie erreur-type vaut 220{,}84/3{,}9295 = 56{,}2 dh.
Un ratio n’est pas une moyenne de ratios
Dépense par personne selon la taille du ménage
| Taille du ménage | Ménages | Dépense moyenne | Par personne |
|---|---|---|---|
| 1 personne | 119 | 3\,005 | 3\,005 |
| 2 personnes | 318 | 4\,899 | 2\,450 |
| 3 personnes | 454 | 6\,769 | 2\,256 |
| 4 personnes | 419 | 8\,326 | 2\,082 |
| 5 personnes | 338 | 9\,645 | 1\,929 |
| 6 personnes et plus | 352 | 11\,606 | 1\,719 |
Des économies d’échelle
Logement, équipement et cuisine se partagent : la dépense par personne baisse avec la taille. La moyenne des y_k/x_k des 2\,000 ménages, 2\,147{,}75 dh, compte autant un ménage d’une personne qu’un ménage de huit ; R = 2\,013{,}34 dh compte chaque personne une fois (chapitre 1).
La moyenne d’un domaine est un ratio
Un domaine, deux totaux
Avec \delta_k = 1 si le ménage est rural et 0 sinon, \overline{y}_d = \sum_{S}\delta_k\,y_k \big/ \sum_{S}\delta_k est le ratio de la variable \delta_k\,y_k à la variable \delta_k. La linéarisation, avec e_k = \delta_k\,(y_k - \overline{y}_d) et \overline{x} = n_d/n, donne \widehat{V}(\overline{y}_d) = \frac{1-f}{n}\cdot\frac{s_e^2}{(n_d/n)^2}
Les ruraux de l’échantillon fil rouge
n_d = 48, \overline{y}_d = 6\,916{,}67 dh, erreur-type 458{,}49 dh. Le chapitre 4, à n_d fixé, donnait 465{,}9 dh ; en y remplaçant n_d/N_d par f, on obtient 462{,}18 dh. Le rapport de ces deux dernières variances, (n_d - 1)\,n/[n_d\,(n-1)] = 0{,}984, tend vers 1 : pour un domaine de quelques dizaines de ménages, les deux approches coïncident.
Démonstration : Un ratio, et la moyenne d’un domaine
Un ratio sans total connu. \widehat{R} - R = \dfrac{\overline{y} - R\,\overline{x}}{\overline{x}} = \dfrac{\overline{e}}{\overline{x}} \approx \dfrac{\overline{e}}{\overline{X}} : même linéarisation, d’où V(\widehat{R}) \approx \dfrac{1-f}{n}\cdot\dfrac{S_e^2}{\overline{X}^2}. On n’a pas besoin de X pour estimer R ; la variance, elle, a besoin de \overline{x}, que l’on met à la place de \overline{X}.
Un domaine est un ratio. Soit \delta_k = 1 si k est dans le domaine, 0 sinon. Alors \overline{y}_d = \sum_S \delta_k\,y_k\big/\sum_S \delta_k est le ratio de la variable \delta_k\,y_k à la variable \delta_k. Le ratio de population est \overline{Y}_d, les résidus sont e_k = \delta_k\,y_k - \overline{Y}_d\,\delta_k = \delta_k\,(y_k - \overline{Y}_d), estimés par \delta_k\,(y_k - \overline{y}_d), de somme nulle sur l’échantillon, et \overline{x} = n_d/n. D’où \widehat{V}(\overline{y}_d) = \frac{1-f}{n}\cdot\frac{s_e^2}{(n_d/n)^2}. Le lien avec le chapitre 4. Les résidus sont nuls hors du domaine : s_e^2 = \dfrac{1}{n-1}\sum_{k \in S_d}(y_k - \overline{y}_d)^2 = \dfrac{n_d - 1}{n-1}\,s_d^2. En remplaçant, \widehat{V}(\overline{y}_d) = \frac{1-f}{n_d}\,s_d^2\times\frac{(n_d - 1)\,n}{n_d\,(n-1)}. Le dernier facteur, \dfrac{1 - 1/n_d}{1 - 1/n}, tend vers 1 dès que le domaine compte quelques dizaines de ménages : on retrouve la formule d’un sondage simple de n_d ménages.
Ce que cela dit. Sur le fil rouge, \widehat{R} = 2\,061{,}25 dh par personne, d’erreur-type estimée 201{,}86/3{,}805 = 53{,}05 dh. Pour les 48 ruraux, \overline{y}_d = 6\,916{,}67 et l’erreur-type est 458{,}49 dh ; le chapitre 4, avec f à la place de n_d/N_d, donne 462{,}18, et le rapport des variances vaut 47 \times 200/(48 \times 199) = 0{,}984.
Quand la taille de l’échantillon est aléatoire
Le tirage de Bernoulli du chapitre 4
Avec \pi = 0{,}1, le tirage a donné n = 202 ménages : \widehat{Y} = 16\,018\,000 dh et \widehat{N} = 2\,020.
| Estimateur de la moyenne | Valeur | Erreur-type |
|---|---|---|
| \widehat{Y}/N (Horvitz-Thompson) | 8\,009{,}0 | 594{,}2 |
| \widehat{Y}/\widehat{N} = \overline{y} | 7\,929{,}7 | 267{,}2 |
Le ratio absorbe la taille aléatoire
\widehat{Y} et \widehat{N} varient ensemble : un tirage qui ramène trop de ménages gonfle les deux. Leur rapport efface cet aléa et retrouve la précision d’un sondage aléatoire simple (267{,}3) : c’était l’annonce du chapitre 4. Même mécanisme pour les grappes de tailles inégales (chapitre 9) : effet de plan 32{,}2 pour Horvitz-Thompson, 8{,}4 pour le ratio.
Démonstration : Une taille d’échantillon aléatoire
Le tirage de Bernoulli. Chaque ménage est tiré avec la probabilité \pi, indépendamment des autres : les indicatrices I_k sont indépendantes, de moyenne \pi et de variance \pi\,(1-\pi), et la taille n = \sum_k I_k est aléatoire, d’espérance N\pi.
Horvitz-Thompson. \widehat{Y} = \frac{1}{\pi}\sum_k I_k\,y_k est sans biais, et par indépendance V(\widehat{Y}) = \frac{1}{\pi^2}\sum_k y_k^2\,\pi\,(1-\pi) = \frac{1-\pi}{\pi}\sum_{k \in U} y_k^2. Cette variance contient \sum y_k^2 : elle porte le niveau de la dépense, et pas seulement sa dispersion.
Le ratio. La moyenne \overline{y} = \widehat{Y}/\widehat{N}, avec \widehat{N} = n/\pi, est le ratio de \widehat{Y} à \widehat{N}. Sachant la taille n \geq 1, tous les échantillons de n ménages ont la même probabilité \pi^n\,(1-\pi)^{N-n} : c’est un sondage aléatoire simple de taille n. Donc E(\overline{y} \mid n) = \overline{Y} et V(\overline{y} \mid n) = \big(\tfrac1n - \tfrac1N\big)S^2, et V(\overline{y}) = E\Big(\frac1n - \frac1N\Big)S^2 \approx \Big(\frac{1}{N\pi} - \frac1N\Big)S^2 = (1-\pi)\,\frac{S^2}{N\pi} = (1-f)\,\frac{S^2}{\overline{n}}, avec \overline{n} = N\pi et f = \pi : la variance d’un sondage aléatoire simple de taille \overline{n}. Elle ne contient que la dispersion S^2 : l’aléa de la taille a été absorbé.
Ce que cela dit. Pour \pi = 0{,}1 sur la population du cours, l’erreur-type exacte de \widehat{Y}/N est 594{,}2 dh, celle de \overline{y} est 267{,}95 dh, à 0{,}3\,\% de celle du sondage aléatoire simple (267{,}27 ; l’écart vient de E(1/n), un peu supérieur à 1/E(n)). Sur la mini-population avec \pi = 2/5, l’énumération des 32 sous-ensembles confirme V(\widehat{Y}) = \frac{1-\pi}{\pi}\sum y_k^2, et celle des 31 sous-ensembles non vides E(\overline{y}) = 8 = \overline{Y} et V(\overline{y}) = 5{,}43 = E\big(\tfrac1n - \tfrac15\big)S^2.
Bien utiliser le ratio
Ratio, strates ou régression
Trois façons d’utiliser la taille, 200 ménages
| Méthode | Effet de plan |
|---|---|
| Moyenne simple | 1 |
| Strates de taille (1–2, 3, 4, 5, 6+), proportionnelle | 0{,}626 |
| Estimateur par le ratio | 0{,}683 |
| Estimateur par la régression (chapitre 13) | 0{,}613 |
Stratifier exige la taille de chaque ménage de la base ; le ratio, le seul total X.
Ce que coûte la droite par l’origine
1 - 2\rho k + k^2 = (1 - \rho^2) + (\rho - k)^2 = 0{,}613 + 0{,}070. La régression ajuste la meilleure droite ; le ratio l’impose par l’origine. Or les petits ménages dépensent plus que R\,x_k, les grands moins.
Une variable auxiliaire mal choisie
Trois variables auxiliaires pour la dépense
| Variable auxiliaire x | \rho | Seuil | Effet de plan |
|---|---|---|---|
| Taille du ménage | 0{,}622 | 0{,}443 | 0{,}683 |
| Accès à internet (0/1) | 0{,}276 | 0{,}691 | 2{,}145 |
| Milieu urbain (0/1) | 0{,}208 | 0{,}621 | 2{,}025 |
Le seuil est CV_x/(2\,CV_y) ; l’effet de plan, S_e^2/S^2.
Un ratio peut doubler la variance
Les ménages connectés dépensent plus, mais la dépense n’est pas proportionnelle à l’indicatrice : un ménage non connecté (x_k = 0) dépense quand même. Sous le seuil, le ratio fait pire que \overline{y} : ici, deux fois pire. Avant d’employer un ratio, on vérifie la condition sur une enquête antérieure.
Quand l’employer
Trois conditions
- x_k est mesuré sur chaque unité tirée, et X est connu : recensement, fichier administratif.
- y est à peu près proportionnel à x : un nuage allongé le long d’une droite qui passe près de l’origine.
- \rho > CV_x/(2\,CV_y), vérifié sur une enquête antérieure ou une enquête pilote.
Des usages courants en économie
- La production agricole et la superficie cultivée.
- Le chiffre d’affaires ou la masse salariale et l’effectif de l’entreprise.
- La valeur actuelle d’une variable et sa valeur au dernier recensement : le ratio estime alors une évolution.
S’entraîner
Exercice 1 : quatre exploitations
Production et superficie
Quatre exploitations ont une superficie x_k de 2, 3, 5 et 6 ha, et une production y_k de 5, 8, 11 et 16 tonnes. On en tire deux par sondage aléatoire simple ; la superficie totale est connue.
- Calculer \overline{Y}, \overline{X} et R.
- Pour chacun des six échantillons, calculer \overline{y}, \overline{x} et l’estimateur par le ratio \overline{X}\,\overline{y}/\overline{x}.
- Calculer l’espérance et la variance des deux estimateurs. Le ratio est-il sans biais ? Lequel préférer ?
- Comparer la variance du ratio à l’approximation (1-f)\,S_e^2/n.
Exercice 1 : solution
Les six échantillons
- \overline{Y} = 40/4 = 10 t, \overline{X} = 16/4 = 4 ha, R = 40/16 = 2{,}5 t par ha.
- L’estimateur vaut 4\,\overline{y}/\overline{x} :
| Exploitations | 1, 2 | 1, 3 | 1, 4 | 2, 3 | 2, 4 | 3, 4 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| \overline{y} | 6{,}5 | 8 | 10{,}5 | 9{,}5 | 12 | 13{,}5 |
| \overline{x} | 2{,}5 | 3{,}5 | 4 | 4 | 4{,}5 | 5{,}5 |
| Ratio | 10{,}4 | 9{,}14 | 10{,}5 | 9{,}5 | 10{,}67 | 9{,}82 |
Espérance et variance
- E(\overline{y}) = 10, V(\overline{y}) = 0{,}5 \times 22/2 = 5{,}5. Ratio : E = 60{,}03/6 = 10{,}005 (biais +0{,}005), V = 1{,}872/6 = 0{,}312, 18 fois plus faible : on le préfère.
- e_k = y_k - 2{,}5\,x_k vaut 0 ; 0{,}5 ; -1{,}5 ; 1, d’où S_e^2 = 3{,}5/3 = 1{,}167 et 0{,}5 \times 1{,}167/2 = 0{,}292, proche de 0{,}312.
Exercice 2 : la masse salariale
Une zone industrielle
Une zone industrielle compte N = 500 entreprises qui emploient, selon un fichier administratif, X = 12\,000 salariés. Un sondage aléatoire simple de n = 50 entreprises donne, pour la masse salariale mensuelle y (milliers de dh) et l’effectif x : \overline{y} = 110, \quad \overline{x} = 25, \quad s_y = 80, \quad s_x = 15, \quad r = 0{,}9
- Estimer la masse salariale moyenne par \overline{y}, puis par le ratio. Pourquoi diffèrent-elles ?
- Calculer l’erreur-type et l’intervalle à 95\,\% des deux estimations.
- Estimer la masse salariale totale par le ratio, et l’effet de plan.
Exercice 2 : solution
Les deux estimations
- \overline{X} = 24 ; \widehat{R} = 110/25 = 4{,}4 milliers de dh par salarié, d’où 24 \times 4{,}4 = 105{,}6. Les entreprises tirées sont un peu plus grandes que la moyenne (25 salariés contre 24) : \overline{y} surestime, le ratio corrige.
- Avec s_{xy} = 0{,}9 \times 15 \times 80 = 1\,080, on obtient s_e^2 = 80^2 - 2 \times 4{,}4 \times 1\,080 + 4{,}4^2 \times 15^2 = 1\,252. Avec (1-f)/n = 0{,}018 : ratio, \sqrt{0{,}018 \times 1\,252} = 4{,}75, intervalle [96{,}3\,;114{,}9] ; moyenne simple, \sqrt{0{,}018 \times 6\,400} = 10{,}73, intervalle [89{,}0\,;131{,}0].
Le total
- X\,\widehat{R} = 12\,000 \times 4{,}4 = 52\,800 milliers de dh, soit 52{,}8 millions de dh par mois, d’erreur-type 500 \times 4{,}75 = 2\,374 milliers de dh. Effet de plan estimé : 22{,}54/115{,}2 = 0{,}196. L’effectif explique l’essentiel des écarts de masse salariale.
Exercice 3 : choisir la variable auxiliaire
Une enquête sur la production de blé
On veut estimer la production moyenne de blé de 15\,000 exploitations (CV_y = 0{,}8). Un recensement agricole fournit trois variables auxiliaires :
| Variable x | Corrélation \rho avec y | CV_x |
|---|---|---|
| Superficie totale | 0{,}85 | 0{,}7 |
| Superficie en céréales | 0{,}95 | 0{,}9 |
| Nombre d’actifs familiaux | 0{,}4 | 0{,}5 |
- Pour chaque variable, vérifier la condition de gain et calculer l’effet de plan du ratio.
- Laquelle choisir ? Pour n = 100, quelle est la taille effective (on néglige f) ?
- Comparer à l’effet de plan 1 - \rho^2 de la régression.
Exercice 3 : solution
Seuils et effets de plan
- Avec k = CV_x/CV_y, seuil k/2 et \mathit{deff} = 1 - 2\rho k + k^2 :
| Variable | k | Seuil | \mathit{deff} du ratio |
|---|---|---|---|
| Superficie totale | 0{,}875 | 0{,}4375 | 0{,}2781 |
| Superficie en céréales | 1{,}125 | 0{,}5625 | 0{,}1281 |
| Actifs familiaux | 0{,}625 | 0{,}3125 | 0{,}8906 |
Les trois corrélations dépassent leur seuil.
Le choix
- La superficie en céréales. 100 exploitations valent alors 100/0{,}1281 \approx 780 exploitations tirées sans information auxiliaire.
- Régression : 0{,}2775 ; 0{,}0975 ; 0{,}84. Superficie totale : \rho \approx k, le ratio fait presque aussi bien. Ailleurs, l’écart (\rho - k)^2 pèse.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Sept points
- Une variable auxiliaire de total X connu améliore l’estimation : \widehat{Y}_R = X\,\overline{y}/\overline{x}.
- Le ratio est biaisé, mais d’ordre 1/n : négligeable devant l’erreur-type.
- V \approx (1-f)\,S_e^2/n avec e_k = y_k - R\,x_k, estimée par (1-f)\,s_e^2/n.
- Il gagne si \rho > CV_x/(2\,CV_y) ; dépense et taille : effet de plan 0{,}683.
- Sur le fil rouge, il fait moins bien que \overline{y} ; en moyenne, mieux : on juge une méthode.
- \overline{y}/\overline{x} estime aussi un ratio (dépense par personne) et une moyenne de domaine.
- Le ratio neutralise une taille d’échantillon aléatoire (Bernoulli, grappes).
La suite
Le chapitre 13 remplace la droite par l’origine par la meilleure droite : l’estimateur par la régression. Il combine ensuite plusieurs informations auxiliaires : post-stratification et calage.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)