Principes d’économie
Application : le coût de la fiscalité
- Présentation du cours
- Les dix principes de l'économie
- Penser comme un économiste
- Interdépendance et gains à l'échange
- Les forces du marché : l'offre et la demande
- L'élasticité et ses applications
- Offre, demande et politiques publiques
- Consommateurs, producteurs et efficacité des marchés
- Application : le coût de la fiscalité
- Application : le commerce international
- Deux branches : microéconomie et macroéconomie
Principes d’économie
Chapitre 7 : Application : le coût de la fiscalité
Le coût d’une taxe
La question
Ce que l’État encaisse n’est pas ce que la société perd
Le chapitre 5 a montré qu’une taxe de 5 dirhams sur les dattes rapporte 250 dirhams à l’État. Acheteurs et vendeurs supportent la charge à parts égales.
Mais ce que les uns perdent dépasse-t-il ce que l’État gagne ? Le chapitre 6 a donné l’instrument qui permet de répondre.
Le calcul complet
Avant la taxe
La situation de référence
Équilibre : P^\star = 20, Q^\star = 60.
| Montant | |
|---|---|
| Surplus du consommateur | 450 |
| Surplus du producteur | 450 |
| Recette de l’État | 0 |
| Total | \mathbf{900} |
Après la taxe
Une taxe de 5 dirhams
Rappel du chapitre 5 : l’acheteur paie 22{,}5, le vendeur reçoit 17{,}5, et la quantité tombe à 50.
Les triangles ont désormais une base de 50 :
\text{surplus du consommateur} = \tfrac{1}{2} \times 50 \times (35 - 22{,}5) = 312{,}5
\text{surplus du producteur} = \tfrac{1}{2} \times 50 \times (17{,}5 - 5) = 312{,}5
\text{recette de l'État} = 5 \times 50 = 250
| Avant | Après | Variation | |
|---|---|---|---|
| Surplus du consommateur | 450 | 312{,}5 | -137{,}5 |
| Surplus du producteur | 450 | 312{,}5 | -137{,}5 |
| Recette de l’État | 0 | 250 | +250 |
| Total | \mathbf{900} | \mathbf{875} | \mathbf{-25} |
La perte sèche
Perte sèche
La perte sèche est la réduction du surplus total qu’une taxe provoque, au-delà de ce qu’elle transfère à l’État.
Ici, acheteurs et vendeurs perdent 275 dirhams, l’État en encaisse 250 : 25 dirhams disparaissent sans profiter à personne.
D’où viennent ces 25 dirhams
Ils ne sont pas volés : ils correspondent à des échanges qui n’ont pas eu lieu.
Dix kilogrammes ne se vendent plus. Pour chacun d’eux, un acheteur était prêt à payer davantage que ce qu’il coûtait au vendeur : l’échange créait de la valeur, et la taxe l’a rendu non rentable.
La perte sèche mesure exactement cette valeur non créée.
Vérification par le triangle
Exemple
La perte sèche est un triangle de hauteur t et de base la baisse de quantité :
\tfrac{1}{2} \times t \times \Delta Q = \tfrac{1}{2} \times 5 \times (60 - 50) = 25
On retrouve bien les 25 dirhams du tableau.
Ce qui fait varier la perte
Le rôle des élasticités
La règle
Plus l’offre et la demande sont élastiques, plus la perte sèche est grande.
La raison, en une phrase
L’élasticité mesure à quel point les agents modifient leur comportement quand le prix change. Une taxe ne détruit de la valeur que dans la mesure où elle fait renoncer à des échanges.
Sur un marché très inélastique, la taxe est encaissée et presque rien ne change : la perte sèche est faible. Sur un marché très élastique, la quantité s’effondre, et avec elle beaucoup d’échanges profitables.
Le rôle du taux
La perte sèche croît plus vite que la taxe
Dans la formule \tfrac{1}{2}\, t\, \Delta Q, la baisse de quantité \Delta Q est elle-même proportionnelle à t. La perte sèche varie donc à peu près comme le carré du taux.
Doubler une taxe quadruple approximativement la perte sèche.
Sur notre marché
| Taxe | Quantité | Recette | Perte sèche |
|---|---|---|---|
| 0 | 60 | 0 | 0 |
| 5 | 50 | 250 | 25 |
| 10 | 40 | 400 | 100 |
| 20 | 20 | 400 | 400 |
| 30 | 0 | 0 | 900 |
La recette monte, plafonne, puis retombe : au-delà d’un certain taux, l’assiette se contracte plus vite que le taux ne monte. À 30 dirhams, plus aucune transaction n’a lieu — la recette est nulle et tout le surplus a disparu.
La courbe de Laffer, et sa lecture prudente
Cette relation en cloche entre taux et recette est la courbe de Laffer. Elle établit qu’un taux trop élevé finit par réduire la recette.
Elle ne dit pas où se trouve le sommet, ni de quel côté un pays donné se situe. C’est une question empirique, et les estimations varient selon l’impôt considéré. Utiliser la courbe pour affirmer qu’une baisse d’impôt s’autofinance dépasse largement ce que le modèle autorise.
Ce que ce chapitre ne dit pas
La taxe n’est pas condamnée pour autant
Il manque l’autre plateau de la balance
Ce chapitre chiffre le coût d’une taxe. Il ne dit rien de ce que la recette finance : routes, écoles, hôpitaux, dont la valeur peut largement dépasser la perte sèche.
La conclusion correcte n’est pas « les taxes sont mauvaises », mais : à recette égale, il faut préférer les taxes dont la perte sèche est la plus faible — donc celles qui portent sur des marchés peu élastiques, ou sur des activités qu’on souhaite précisément décourager.
Le cas où la perte sèche devient un gain
Si l’activité taxée nuit à des tiers — pollution, tabac —, réduire la quantité échangée est justement l’objectif poursuivi.
Le raisonnement change alors de signe. C’est le premier chapitre de Principes de microéconomie, sur les externalités.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- Une taxe transfère une partie du surplus à l’État, et en détruit une autre.
- La perte sèche est cette part détruite : ici 25 dirhams pour 250 de recette.
- Elle correspond aux échanges profitables qui n’ont pas eu lieu.
- Elle est d’autant plus grande que l’offre et la demande sont élastiques.
- Elle croît environ comme le carré du taux — d’où la forme en cloche de la recette.
La suite
Le chapitre 2 a montré que l’échange enrichit les deux parties. Le chapitre 6 sait maintenant mesurer ce gain, et le chapitre 7 sait chiffrer ce qu’une entrave lui coûte.
Le chapitre 8 applique ces trois acquis à la plus discutée des entraves : les barrières au commerce international.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)