Principes d’économie
Application : le commerce international
- Présentation du cours
- Les dix principes de l'économie
- Penser comme un économiste
- Interdépendance et gains à l'échange
- Les forces du marché : l'offre et la demande
- L'élasticité et ses applications
- Offre, demande et politiques publiques
- Consommateurs, producteurs et efficacité des marchés
- Application : le coût de la fiscalité
- Application : le commerce international
- Deux branches : microéconomie et macroéconomie
Principes d’économie
Chapitre 8 : Application : le commerce international
Ouvrir un marché
Ce que les chapitres précédents permettent enfin
Trois acquis réunis
Le chapitre 2 a établi que l’échange enrichit les deux parties, sans le chiffrer. Le chapitre 6 a construit le surplus. Le chapitre 7 a montré comment mesurer ce qu’une entrave détruit.
Il devient donc possible de répondre précisément à la question la plus disputée de la politique économique : qui gagne et qui perd à l’ouverture des frontières, et de combien ?
Prix mondial et petit pays
Le prix mondial est le prix qui prévaut sur le marché international.
On suppose ici un petit pays : ses achats et ses ventes ne suffisent pas à influencer ce prix. Il le prend comme donné — c’est l’hypothèse de preneur de prix du chapitre 3, appliquée à un pays entier.
La comparaison qui décide de tout
- Prix mondial inférieur au prix intérieur d’autarcie : le pays a un désavantage comparatif, il importe.
- Prix mondial supérieur : le pays a un avantage comparatif, il exporte.
Le pays devient importateur
La situation avant et après
Le marché des dattes s’ouvre au prix mondial de 15 dirhams
En autarcie, l’équilibre était P^\star = 20, Q^\star = 60, pour un surplus total de 900.
Le prix mondial est de 15 dirhams. Le prix intérieur s’aligne dessus :
| Quantité | |
|---|---|
| Demandée à 15 dh | 80 kg |
| Produite localement | 40 kg |
| Importations | \mathbf{40} kg |
Les consommateurs achètent davantage, les producteurs locaux produisent moins, et l’écart vient de l’étranger.
Le décompte des gains et des pertes
Les surplus, avant et après
\text{surplus du consommateur} = \tfrac{1}{2} \times 80 \times (35 - 15) = 800
\text{surplus du producteur} = \tfrac{1}{2} \times 40 \times (15 - 5) = 200
| Autarcie | Libre-échange | Variation | |
|---|---|---|---|
| Surplus du consommateur | 450 | 800 | \mathbf{+350} |
| Surplus du producteur | 450 | 200 | \mathbf{-250} |
| Surplus total | \mathbf{900} | \mathbf{1000} | \mathbf{+100} |
Le résultat, en une ligne
Définition
Les consommateurs gagnent 350, les producteurs perdent 250. Le gain net est de 100 dirhams.
Le gain des uns dépasse la perte des autres : le pays dans son ensemble s’enrichit à l’ouverture.
Le même raisonnement à l’exportation
Intuition
Si le prix mondial avait été supérieur au prix d’autarcie, les rôles seraient inversés : les producteurs gagneraient plus que les consommateurs ne perdraient.
Dans les deux cas, le gain total est positif. C’est la traduction chiffrée du chapitre 2.
Le tarif douanier
Ce qu’une taxe à l’importation produit
Tarif douanier
Un tarif douanier est une taxe sur un bien importé. Il relève le prix intérieur au-dessus du prix mondial.
C’est le chapitre 7, appliqué aux importations
Un tarif fait remonter le prix intérieur. Les consommateurs achètent moins, les producteurs locaux produisent plus, les importations se contractent, et l’État encaisse une recette.
Le bilan a exactement la même structure qu’une taxe : un transfert, plus une perte sèche.
Le bilan d’un tarif
| Acteur | Effet |
|---|---|
| Consommateurs | perdent — le prix monte |
| Producteurs locaux | gagnent — ils vendent plus cher |
| État | encaisse le tarif sur les quantités importées |
| Société | perd — deux triangles de perte sèche |
Les deux triangles
La perte sèche d’un tarif a deux origines distinctes :
- La surproduction locale — des unités sont produites ici à un coût supérieur au prix mondial, alors qu’on pouvait les acheter moins cher.
- La sous-consommation — des acheteurs prêts à payer plus que le prix mondial renoncent.
Un quota d’importation produit les mêmes effets, à ceci près que la recette du tarif revient alors aux détenteurs de licences plutôt qu’à l’État.
Le débat, honnêtement posé
Les arguments protectionnistes
Cinq arguments récurrents
- L’emploi — le secteur exposé perd des postes.
- La sécurité nationale — ne pas dépendre de l’étranger pour un bien stratégique.
- L’industrie naissante — protéger un secteur jeune le temps qu’il mûrisse.
- La concurrence déloyale — subventions ou normes plus faibles à l’étranger.
- Le moyen de négociation — menacer pour obtenir une ouverture réciproque.
Ce que l’analyse économique en retient
Application en gestion
L’argument de l’emploi est réel mais mal orienté : les postes perdus dans le secteur exposé sont compensés, à terme, par des créations ailleurs. La difficulté est celle de la transition, et un tarif la retarde au lieu de l’accompagner. Une aide directe à la reconversion coûte moins cher que la perte sèche du tarif.
L’argument de l’industrie naissante suppose de savoir désigner à l’avance le secteur qui deviendra compétitif, et de retirer la protection le moment venu. Les deux se vérifient rarement.
Les arguments de sécurité nationale et de négociation sont les moins contestés — le premier parce qu’il fait entrer un objectif qui n’est pas économique, le second parce qu’il vise à obtenir davantage d’ouverture.
Pourquoi la politique s’écarte de l’analyse
Une asymétrie décisive
Le gain de 100 dirhams se répartit sur des milliers de consommateurs : quelques centimes chacun, que personne ne remarque et pour lesquels personne ne se mobilise.
La perte de 250 se concentre sur une branche, souvent une région : elle est visible, chiffrable, et ceux qui la subissent s’organisent.
La conclusion économique reste juste, et elle reste politiquement minoritaire. Cette asymétrie entre gains diffus et pertes concentrées explique une grande partie des politiques commerciales observées.
Ce qu’il faut retenir
Le résumé du chapitre
Cinq points
- Le pays importe si le prix mondial est inférieur au prix d’autarcie, exporte sinon.
- À l’importation : les consommateurs gagnent 350, les producteurs perdent 250, gain net +100.
- Le libre-échange augmente le surplus total dans les deux sens.
- Un tarif ou un quota rétablit une perte sèche, faite de surproduction et de sous-consommation.
- Les gains sont diffus, les pertes concentrées — d’où la difficulté politique.
La suite
Le cours a construit un outillage complet : offre, demande, élasticité, surplus, efficacité, et deux applications entièrement chiffrées.
Le chapitre 9 fait le point, et montre comment cet outillage se prolonge dans les deux branches de la discipline.
Ressources du chapitre
- Diapositives
- Polycopié du chapitre
- Exercices corrigés
- Application interactive
- — Vidéo
- QCM (bientôt)