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Principes d’économie

Application : le commerce international

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Principes d’économie

Chapitre 8 : Application : le commerce international

Auteur·rice
Affiliation

Jaouad Madkour

Faculté d’Économie et de Gestion de Tanger

Date de publication

24 septembre 2026

Ouvrir un marché

Ce que les chapitres précédents permettent enfin

Trois acquis réunis

Le chapitre 2 a établi que l’échange enrichit les deux parties, sans le chiffrer. Le chapitre 6 a construit le surplus. Le chapitre 7 a montré comment mesurer ce qu’une entrave détruit.

Il devient donc possible de répondre précisément à la question la plus disputée de la politique économique : qui gagne et qui perd à l’ouverture des frontières, et de combien ?

Prix mondial et petit pays

Le prix mondial est le prix qui prévaut sur le marché international.

On suppose ici un petit pays : ses achats et ses ventes ne suffisent pas à influencer ce prix. Il le prend comme donné — c’est l’hypothèse de preneur de prix du chapitre 3, appliquée à un pays entier.

La comparaison qui décide de tout
  • Prix mondial inférieur au prix intérieur d’autarcie : le pays a un désavantage comparatif, il importe.
  • Prix mondial supérieur : le pays a un avantage comparatif, il exporte.

Le pays devient importateur

La situation avant et après

Le marché des dattes s’ouvre au prix mondial de 15 dirhams

En autarcie, l’équilibre était P^\star = 20, Q^\star = 60, pour un surplus total de 900.

Le prix mondial est de 15 dirhams. Le prix intérieur s’aligne dessus :

Quantité
Demandée à 15 dh 80 kg
Produite localement 40 kg
Importations \mathbf{40} kg

Les consommateurs achètent davantage, les producteurs locaux produisent moins, et l’écart vient de l’étranger.

Le décompte des gains et des pertes

Les surplus, avant et après

\text{surplus du consommateur} = \tfrac{1}{2} \times 80 \times (35 - 15) = 800

\text{surplus du producteur} = \tfrac{1}{2} \times 40 \times (15 - 5) = 200

Autarcie Libre-échange Variation
Surplus du consommateur 450 800 \mathbf{+350}
Surplus du producteur 450 200 \mathbf{-250}
Surplus total \mathbf{900} \mathbf{1000} \mathbf{+100}

Le résultat, en une ligne

Définition

Les consommateurs gagnent 350, les producteurs perdent 250. Le gain net est de 100 dirhams.

Le gain des uns dépasse la perte des autres : le pays dans son ensemble s’enrichit à l’ouverture.

Le même raisonnement à l’exportation

Intuition

Si le prix mondial avait été supérieur au prix d’autarcie, les rôles seraient inversés : les producteurs gagneraient plus que les consommateurs ne perdraient.

Dans les deux cas, le gain total est positif. C’est la traduction chiffrée du chapitre 2.

Le tarif douanier

Ce qu’une taxe à l’importation produit

Tarif douanier

Un tarif douanier est une taxe sur un bien importé. Il relève le prix intérieur au-dessus du prix mondial.

C’est le chapitre 7, appliqué aux importations

Un tarif fait remonter le prix intérieur. Les consommateurs achètent moins, les producteurs locaux produisent plus, les importations se contractent, et l’État encaisse une recette.

Le bilan a exactement la même structure qu’une taxe : un transfert, plus une perte sèche.

Le bilan d’un tarif
Acteur Effet
Consommateurs perdent — le prix monte
Producteurs locaux gagnent — ils vendent plus cher
État encaisse le tarif sur les quantités importées
Société perd — deux triangles de perte sèche
Les deux triangles

La perte sèche d’un tarif a deux origines distinctes :

  1. La surproduction locale — des unités sont produites ici à un coût supérieur au prix mondial, alors qu’on pouvait les acheter moins cher.
  2. La sous-consommation — des acheteurs prêts à payer plus que le prix mondial renoncent.

Un quota d’importation produit les mêmes effets, à ceci près que la recette du tarif revient alors aux détenteurs de licences plutôt qu’à l’État.

Le débat, honnêtement posé

Les arguments protectionnistes

Cinq arguments récurrents
  1. L’emploi — le secteur exposé perd des postes.
  2. La sécurité nationale — ne pas dépendre de l’étranger pour un bien stratégique.
  3. L’industrie naissante — protéger un secteur jeune le temps qu’il mûrisse.
  4. La concurrence déloyale — subventions ou normes plus faibles à l’étranger.
  5. Le moyen de négociation — menacer pour obtenir une ouverture réciproque.

Ce que l’analyse économique en retient

Application en gestion

L’argument de l’emploi est réel mais mal orienté : les postes perdus dans le secteur exposé sont compensés, à terme, par des créations ailleurs. La difficulté est celle de la transition, et un tarif la retarde au lieu de l’accompagner. Une aide directe à la reconversion coûte moins cher que la perte sèche du tarif.

L’argument de l’industrie naissante suppose de savoir désigner à l’avance le secteur qui deviendra compétitif, et de retirer la protection le moment venu. Les deux se vérifient rarement.

Les arguments de sécurité nationale et de négociation sont les moins contestés — le premier parce qu’il fait entrer un objectif qui n’est pas économique, le second parce qu’il vise à obtenir davantage d’ouverture.

Pourquoi la politique s’écarte de l’analyse

Une asymétrie décisive

Le gain de 100 dirhams se répartit sur des milliers de consommateurs : quelques centimes chacun, que personne ne remarque et pour lesquels personne ne se mobilise.

La perte de 250 se concentre sur une branche, souvent une région : elle est visible, chiffrable, et ceux qui la subissent s’organisent.

La conclusion économique reste juste, et elle reste politiquement minoritaire. Cette asymétrie entre gains diffus et pertes concentrées explique une grande partie des politiques commerciales observées.

Ce qu’il faut retenir

Le résumé du chapitre

Cinq points
  1. Le pays importe si le prix mondial est inférieur au prix d’autarcie, exporte sinon.
  2. À l’importation : les consommateurs gagnent 350, les producteurs perdent 250, gain net +100.
  3. Le libre-échange augmente le surplus total dans les deux sens.
  4. Un tarif ou un quota rétablit une perte sèche, faite de surproduction et de sous-consommation.
  5. Les gains sont diffus, les pertes concentrées — d’où la difficulté politique.
La suite

Le cours a construit un outillage complet : offre, demande, élasticité, surplus, efficacité, et deux applications entièrement chiffrées.

Le chapitre 9 fait le point, et montre comment cet outillage se prolonge dans les deux branches de la discipline.

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Ressources du chapitre

  • Diapositives
  • Polycopié du chapitre
  • Exercices corrigés
  • Application interactive
  • — Vidéo
  • QCM (bientôt)

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