Économétrie spatiale
Le modèle à erreurs spatiales (SEM)
- Présentation du cours
- Pourquoi l'espace compte en économétrie
- La matrice de pondération spatiale
- Détecter la dépendance spatiale (Moran, Geary, LISA)
- Le modèle autorégressif spatial (SAR)
- Le modèle à erreurs spatiales (SEM)
- Modèles généraux et choix de spécification (SDM, SAC, tests LM)
- Effets directs, indirects et totaux
- Panels spatiaux
- Applications, régression géographiquement pondérée et limites (MAUP)
- Bilan du cours
Économétrie spatiale
Chapitre 4 : Le modèle à erreurs spatiales (SEM)
Quand la dépendance loge dans l’erreur
L’écriture du modèle
y = X\beta + u, \qquad u = \lambda Wu + \varepsilon La variable expliquée y ne contient ici aucun terme spatial explicite : toute la dépendance est reportée sur le terme d’erreur composite u, lui-même autorégressif spatial de paramètre \lambda.
Le SEM convient lorsque la dépendance observée n’est pas un mécanisme économique réel entre unités, mais l’empreinte d’une variable omise elle-même corrélée dans l’espace — qualité des sols pour des exploitations agricoles voisines, climat local pour des rendements agricoles, ou politique préfectorale partagée pour des indicateurs communaux. Rien ne se propage véritablement d’une unité à l’autre ; un même facteur non observé les affecte simplement de façon corrélée.
Pourquoi les MCO restent sans biais ici
Une différence essentielle avec le SAR
Contrairement au modèle SAR du chapitre 3, X demeure ici exogène : aucun terme en Wy ne figure au membre de droite. Les MCO appliqués à y=X\beta+u restent donc sans biais et convergents.
La matrice de variance-covariance de u n’est plus \sigma^2 I : les MCO ignorent cette structure et perdent en efficacité, exactement comme en présence d’hétéroscédasticité (chapitre 7) ou d’autocorrélation temporelle (chapitre 11). Pire, les écarts-types usuels des MCO sont biaisés, le plus souvent vers le bas : on croit un coefficient significatif alors qu’il ne l’est pas.
Estimer le modèle correctement
Le maximum de vraisemblance
La transformation u=(I-\lambda W)^{-1}\varepsilon donne, comme au chapitre 3, une vraisemblance avec jacobien |I-\lambda W|. La maximisation numérique fournit \hat\lambda et \hat\beta convergents et efficaces sous normalité.
L’estimateur des moments généralisés
Alternative au ML : estimer \beta par MCO d’abord (convergent, rappelons-le, mais inefficace), récupérer les résidus, puis estimer \lambda à partir de trois moments empiriques liant les résidus à leurs décalages spatiaux. On reconstruit ensuite une estimation par MCG faisable, dans l’esprit de la correction de Cochrane-Orcutt du chapitre 11 — mais appliquée ici à une corrélation spatiale plutôt que temporelle.
La logique est rigoureusement la même qu’au chapitre 11 : on ne connaît pas le paramètre d’autocorrélation (\phi alors, \lambda ici), on l’estime à partir des résidus MCO, puis on transforme les données pour retrouver des erreurs proches de l’homoscédasticité et de la non-corrélation. Seule change la nature du décalage — temporel là-bas, spatial ici.
Une confusion à éviter absolument
SAR et SEM ne répondent pas à la même question
| SAR | SEM | |
|---|---|---|
| Où loge \rho ou \lambda | dans y | dans l’erreur |
| MCO sur le modèle naïf | biaisés | non biaisés, inefficaces |
| Lecture économique | spillover réel entre unités | facteur omis corrélé dans l’espace |
| Multiplicateur spatial | oui, sur X et sur les chocs | non : \lambda ne modifie aucun effet marginal |
Dans un SEM correctement estimé, une hausse de 1 unité de x_k dans la région i n’affecte que y_i : le coefficient \beta_k s’interprète normalement, exactement comme en MCO. Dans un SAR, la même hausse se propage à toutes les autres régions via le multiplicateur spatial — \beta_k seul ne suffit alors plus à décrire l’effet total, question que le chapitre 6 traite en détail.
Synthèse
Ce qu’il faut retenir
Le modèle SEM loge la dépendance spatiale dans le terme d’erreur plutôt que dans y : les MCO restent sans biais mais deviennent inefficaces, avec des écarts-types faussés. Le ML ou l’estimateur des moments généralisés de Kelejian-Prucha restaurent l’efficacité, sur un principe proche des MCG faisables déjà vus en séries temporelles. Contrairement au SAR, le SEM ne modifie jamais l’interprétation des coefficients de X : il ne corrige que l’inférence. Le chapitre 5 réunit SAR et SEM, et affronte la question qu’on ne pouvait plus reporter : comment choisir entre les deux à partir des données ?
Ressources du chapitre
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