Tests de spécification
Informatique — EViews, chapitre 3
Une régression estimée n’est pas une régression validée. Les probabilités affichées dans la colonne Prob. ne valent que si les résidus se comportent comme la théorie le suppose : variance constante, absence d’autocorrélation, forme fonctionnelle correcte.
Ce chapitre passe en revue les tests qui vérifient ces hypothèses. Tous se trouvent dans le menu View de la fenêtre d’équation, et tous s’exécutent en deux clics.
Dans presque tous les cas, l’hypothèse nulle est celle qui vous arrange : homoscédasticité, absence d’autocorrélation, normalité, stabilité.
Une Prob. inférieure à 0,05 est donc une mauvaise nouvelle : elle rejette l’hypothèse nulle et signale un problème.
C’est l’inverse du réflexe acquis sur les coefficients, où une petite probabilité était le résultat souhaité. Cette inversion est la source d’erreur numéro un dans la lecture des diagnostics.
L’hétéroscédasticité
Le problème
Si la variance des résidus n’est pas constante, les coefficients restent sans biais — mais leurs écarts-types sont faux, donc les t-Statistic et les Prob. aussi. Vous concluez à tort qu’une variable est significative, ou l’inverse.
C’est fréquent en coupe transversale : la dispersion des dépenses augmente avec le revenu, celle des profits avec la taille de l’entreprise.
Le repérer
View → Actual, Fitted, Residual → Residual Graph
L’œil détecte souvent l’hétéroscédasticité avant les tests : les résidus dessinent un entonnoir, ou leur amplitude change nettement d’une sous-période à l’autre.
Le tester
View → Residual Diagnostics → Heteroskedasticity Tests
| Test | Ce qu’il suppose |
|---|---|
Breusch-Pagan-Godfrey |
la variance dépend linéairement des explicatives |
Harvey, Glejser |
variantes sur d’autres formes fonctionnelles |
White |
aucune forme précise — le plus général |
ARCH |
la variance dépend de son propre passé — chapitre 5 |
Lisez la ligne Prob. Chi-Square associée à Obs*R-squared. Au-dessus de 0,05 : pas d’hétéroscédasticité détectée. En dessous : il y en a.
Le test de White ne suppose aucune forme particulière : il détecte largement, mais ne dit pas d’où vient le problème.
Breusch-Pagan teste une dépendance aux explicatives elles-mêmes : sa régression auxiliaire, affichée sous le test, indique quelle variable est responsable. C’est souvent l’information utile.
Commencez par White pour savoir s’il y a un problème, puis Breusch-Pagan pour comprendre lequel.
Y remédier
La solution moderne n’est pas de corriger le modèle, mais de corriger les écarts-types.
Estimate Equation → onglet Options → Coefficient covariance matrix : White
ls(cov=white) chomage c croissance activite
Les coefficients ne changent pas ; seuls leurs écarts-types deviennent valides. La sortie porte alors la mention White heteroskedasticity-consistent standard errors.
Un tableau de régression doit préciser quels écarts-types il rapporte. « Écarts-types robustes à l’hétéroscédasticité (White) entre parenthèses » en note de bas de tableau suffit.
Sans cette mention, un lecteur averti supposera des écarts-types ordinaires et jugera vos conclusions fragiles.
L’autocorrélation
Le problème
En séries temporelles, les résidus se ressemblent souvent d’une période à la suivante. Les écarts-types sont alors sous-estimés, ce qui gonfle artificiellement les t-Statistic : on croit significatif ce qui ne l’est pas.
Le premier signal : Durbin-Watson
La statistique figure déjà dans toute sortie de régression.
| Valeur | Interprétation |
|---|---|
| proche de 2 | pas d’autocorrélation d’ordre 1 |
| en dessous de 1,5 | autocorrélation positive probable |
| au-dessus de 2,5 | autocorrélation négative |
Dès que la spécification contient y(-1), la statistique de Durbin-Watson est biaisée vers 2 : elle indique l’absence d’autocorrélation même quand il y en a.
C’est un cas extrêmement fréquent, puisque les modèles dynamiques sont la norme en séries temporelles.
Employez alors le test de Breusch-Godfrey ci-dessous, qui reste valide.
Le corrélogramme des résidus
View → Residual Diagnostics → Correlogram — Q-statistics
Les barres qui sortent des pointillés signalent une autocorrélation à ce retard. La colonne Prob. teste la nullité conjointe de tous les retards jusqu’à celui-là : au-dessus de 0,05 partout, les résidus sont un bruit blanc.
Le test de Breusch-Godfrey
View → Residual Diagnostics → Serial Correlation LM Test
EViews demande un nombre de retards. Choisissez-le selon la fréquence : 1 ou 2 pour de l’annuel, 4 pour du trimestriel, 12 pour du mensuel.
Lisez Prob. Chi-Square. En dessous de 0,05 : autocorrélation présente.
Y remédier
Trois voies, par ordre de préférence.
Corriger la spécification. L’autocorrélation résulte le plus souvent d’une variable omise ou d’une dynamique absente. Ajouter y(-1) ou un retard des explicatives règle souvent le problème à la racine.
Employer des écarts-types HAC. L’option HAC (Newey-West) dans l’onglet Options corrige à la fois l’autocorrélation et l’hétéroscédasticité.
ls(cov=hac) chomage c croissance
Modéliser explicitement l’erreur par un terme ar(1) dans la spécification — le sujet du chapitre 4.
Corriger les écarts-types masque le problème sans le traiter. Si vos résidus sont autocorrélés, c’est d’abord que votre modèle oublie quelque chose.
Cherchez la variable manquante ou la dynamique absente avant d’atteindre l’option HAC. Un jury demandera pourquoi vous n’avez pas commencé par là.
La normalité
View → Residual Diagnostics → Histogram — Normality Test
Le test de Jarque-Bera combine l’asymétrie (Skewness) et l’aplatissement (Kurtosis). Sous normalité, la première vaut 0 et la seconde 3.
Une Probability inférieure à 0,05 rejette la normalité.
La normalité des résidus n’est pas nécessaire à la validité des moindres carrés. Elle ne sert qu’à justifier les tests t et F en petit échantillon.
Au-delà d’une centaine d’observations, le théorème central limite prend le relais : les tests restent valides même sans normalité.
Ce que le test révèle d’utile, c’est autre chose : un Kurtosis très élevé signale des valeurs extrêmes, une asymétrie marquée suggère une transformation logarithmique. Regardez l’histogramme plus que la probabilité.
La forme fonctionnelle
View → Stability Diagnostics → Ramsey RESET Test
Le test RESET ajoute des puissances des valeurs ajustées et vérifie si elles apportent quelque chose. Si oui, la relation n’est pas linéaire — ou une variable manque.
Une Prob. inférieure à 0,05 signale un problème de spécification. Les remèdes : passer en logarithmes, ajouter un terme quadratique, ou chercher la variable omise.
La stabilité
Une rupture connue
View → Stability Diagnostics → Chow Breakpoint Test
On indique la date suspectée — une réforme, une crise, un changement de régime. Une Prob. inférieure à 0,05 indique que les coefficients diffèrent de part et d’autre.
Essayer toutes les dates et retenir la plus significative invalide le test : à force de chercher, on finit toujours par trouver.
Si vous ne connaissez pas la date, employez Multiple Breakpoint Test (Bai-Perron), conçu pour cela, ou le CUSUM ci-dessous.
Une instabilité inconnue
View → Stability Diagnostics → Recursive Estimates → CUSUM Test
Tant que la courbe reste entre les deux droites, le modèle est stable. Une sortie de couloir signale une rupture — et l’abscisse indique quand elle se produit.
Le CUSUM of Squares détecte plutôt les changements de variance que de coefficients. Les deux se complètent.
La multicolinéarité
View → Coefficient Diagnostics → Variance Inflation Factors
Lisez la colonne Centered VIF. Au-delà de 10, la variable est fortement liée aux autres : son coefficient devient instable, et son écart-type gonfle.
Un modèle globalement très significatif — Prob(F-statistic) proche de 0 — dont aucun coefficient n’est individuellement significatif : c’est la signature de la multicolinéarité.
Deux variables se disputent le même pouvoir explicatif ; ensemble elles expliquent, séparément aucune ne ressort.
Les remèdes : retirer l’une des deux, les combiner en un indice, ou accepter la situation si l’objectif est de prévoir plutôt que d’interpréter — la prévision n’en souffre pas.
L’ordre dans lequel tester
1. Le graphique des résidus. Avant tout test. Il révèle ruptures, valeurs aberrantes et hétéroscédasticité d’un coup d’œil.
2. La stationnarité — chapitre 4. Sur séries temporelles, c’est le préalable absolu : tout le reste est sans valeur sur des séries non stationnaires.
3. L’autocorrélation. Breusch-Godfrey, pas Durbin-Watson dès qu’il y a un retard.
4. L’hétéroscédasticité. White, puis Breusch-Pagan si détection.
5. La spécification. RESET et stabilité.
La normalité vient en dernier, et ne conditionne presque rien.
Et surtout : présentez ces tests dans votre mémoire même quand ils sont rassurants. Un tableau de diagnostics vide de mauvaises nouvelles vaut mieux que son absence, qui suggère qu’on n’a pas regardé.
En ligne de commande
eq01.white ' test de White
eq01.hettest ' Breusch-Pagan-Godfrey
eq01.auto(4) ' Breusch-Godfrey, 4 retards
eq01.correl(12) ' correlogramme des residus
eq01.hist ' histogramme et Jarque-Bera
eq01.reset(2) ' RESET de Ramsey
eq01.chow 2008q3 ' test de Chow
eq01.cusum ' CUSUM
eq01.varinf ' facteurs d'inflation de la variance
À vous
Sur une régression de votre choix, conduisez le protocole complet :
- Affichez le graphique des résidus et décrivez ce que vous voyez ;
- Testez l’autocorrélation par Breusch-Godfrey avec un nombre de retards adapté à la fréquence ;
- Testez l’hétéroscédasticité par White ;
- Si l’un des deux rejette, réestimez avec
cov=hacet comparez lesProb.; - Concluez : quelles variables restent significatives après correction ?
Les coefficients sont strictement identiques dans les deux estimations : la correction ne touche que les écarts-types.
Les Prob. changent, en général vers le haut — les écarts-types robustes sont le plus souvent plus grands. Il n’est pas rare qu’une variable significative à 5 % avec des écarts-types ordinaires cesse de l’être une fois corrigée.
C’est exactement pourquoi le diagnostic n’est pas une formalité : il change les conclusions. Un mémoire qui rapporte des Prob. non corrigées sur des données présentant une autocorrélation manifeste sera contesté sur ce point précis.
Ce qu’il faut retenir
| Test | Chemin | Prob. < 0,05 signifie |
|---|---|---|
| White, Breusch-Pagan | Residual Diagnostics → Heteroskedasticity |
hétéroscédasticité |
| Breusch-Godfrey | Residual Diagnostics → Serial Correlation LM |
autocorrélation |
| Corrélogramme Q | Residual Diagnostics → Correlogram |
résidus non blancs |
| Jarque-Bera | Residual Diagnostics → Histogram — Normality |
non-normalité |
| Ramsey RESET | Stability Diagnostics → Ramsey RESET |
forme fonctionnelle erronée |
| Chow | Stability Diagnostics → Chow Breakpoint |
rupture à la date testée |
| CUSUM | Stability Diagnostics → Recursive Estimates |
sortie de couloir = instabilité |
| VIF | Coefficient Diagnostics → Variance Inflation |
Centered VIF > 10 |
| Correction | Commande |
|---|---|
| hétéroscédasticité | ls(cov=white) ... |
| autocorrélation + hétéroscédasticité | ls(cov=hac) ... |
| autocorrélation | chercher d’abord la variable ou la dynamique manquante |
Le chapitre suivant s’attaque au préalable de tout travail sur données temporelles : la stationnarité, puis les modèles ARIMA et la prévision.