La régression linéaire et sa lecture

Informatique — EViews, chapitre 2

Le chapitre précédent a montré comment estimer une régression en quatre clics. Celui-ci s’attarde sur ce qui suit — car c’est là que tout se joue.

Estimer est facile. Lire ce qu’EViews renvoie l’est moins, et c’est la seule compétence qui compte devant un jury.

L’objet équation

Quick → Estimate Equation

Capture 1 — la boîte de dialogue « Equation Estimation » Montrer les trois onglets (Specification, Options, et le champ de méthode), avec « LS — Least Squares (NLS and ARMA) » sélectionné et un échantillon renseigné.

La spécification s’écrit sans signe égal : l’expliquée d’abord, puis c pour la constante, puis les explicatives.

chomage c croissance activite
AvertissementN’oubliez jamais le c

Sans lui, EViews estime sans constante. Aucun avertissement n’apparaît, et les résultats semblent normaux — mais le R^2 devient ininterprétable et les coefficients sont biaisés dès que la moyenne des résidus n’est pas nulle.

C’est l’erreur la plus fréquente des débutants, et la plus difficile à repérer sur une sortie imprimée.

La zone d’échantillon

Le champ Sample en bas de la boîte limite l’estimation à une sous-période. 1990 2010 estime sur ces années seulement ; @all reprend tout.

C’est ainsi qu’on estime sur une partie de l’échantillon pour prévoir sur l’autre — le principe de validation présenté au chapitre 4.

Lire la sortie, ligne par ligne

Capture 2 — la sortie de régression annotée Montrer la fenêtre de résultats complète : bandeau supérieur (Dependent Variable, Method, Date, Sample, Included observations), tableau des coefficients, et bloc de statistiques du bas.

Le bandeau supérieur

Quatre informations, souvent négligées, qu’il faut pourtant vérifier en premier.

Ligne Ce qu’elle dit
Dependent Variable la variable expliquée — vérifiez que c’est la bonne
Method Least Squares, ou autre
Sample la période effectivement retenue
Included observations le nombre d’observations utilisées
ImportantComparez toujours Included observations à votre effectif réel

Si votre fichier compte 120 observations et qu’EViews en annonce 94, c’est que 26 lignes ont été écartées — valeurs manquantes, ou retards qui consomment le début de l’échantillon.

Ce n’est pas nécessairement une erreur, mais vous devez savoir pourquoi. Une variable comportant beaucoup de manquantes peut amputer l’échantillon de moitié sans que rien ne le signale ailleurs.

Un Sample (adjusted) dans le bandeau indique qu’EViews a lui-même réduit la période.

Le tableau des coefficients

Cinq colonnes.

Coefficient — l’effet estimé. Sur une variable en niveau, il se lit « une unité de plus de x fait varier y de tant ». Sur une variable en logarithme, c’est une élasticité.

Std. Error — la précision de l’estimation. Un coefficient de 2 avec un écart-type de 0,1 n’a rien à voir avec le même coefficient assorti d’un écart-type de 3.

t-Statistic — simplement le coefficient divisé par son écart-type.

Prob. — la probabilité d’observer un tel coefficient si le vrai était nul. En dessous de 0,05, on parle de significativité au seuil de 5 %.

AvertissementLa significativité n’est pas l’importance

Sur 100 000 observations, un coefficient économiquement négligeable ressort avec une Prob. de 0,000. Sur 30 observations, un effet considérable peut rester non significatif.

Regardez toujours l’ordre de grandeur du coefficient avant sa probabilité, et rapportez-le à l’échelle de la variable. Un jury attentif posera exactement cette question.

Le bloc de statistiques

Capture 3 — le bloc inférieur de la sortie Montrer en gros plan les statistiques du bas : R-squared, Adjusted R-squared, S.E. of regression, Sum squared resid, Log likelihood, F-statistic, Prob(F-statistic), Durbin-Watson, Akaike, Schwarz.
Statistique Ce qu’elle mesure
R-squared part de variance expliquée
Adjusted R-squared la même, corrigée du nombre de variables
S.E. of regression écart-type des résidus, dans l’unité de y
Sum squared resid somme des carrés des résidus
F-statistic et sa Prob. significativité globale du modèle
Durbin-Watson stat autocorrélation d’ordre 1 des résidus
Akaike info criterion critère de sélection — plus bas est meilleur
Schwarz criterion idem, pénalise davantage les variables
AstuceS.E. of regression mérite mieux que le R^2

Le R^2 est sans unité et se compare mal entre modèles portant sur des variables différentes.

S.E. of regression s’exprime dans l’unité de la variable expliquée : un écart-type résiduel de 0,8 point de chômage se comprend immédiatement, et se rapporte à l’écart-type de la variable elle-même.

C’est le chiffre à citer quand on veut dire quelque chose de concret sur la qualité de l’ajustement.

Comparer deux modèles

Deux critères servent à choisir entre spécifications : Akaike (AIC) et Schwarz (SIC, ou BIC). Le plus bas gagne.

Schwarz pénalise plus fortement l’ajout de variables : il retient donc des modèles plus parcimonieux. Sur de petits échantillons, les deux peuvent diverger — signalez alors lequel vous suivez.

ImportantCes critères ne se comparent qu’à échantillon identique

Ajouter une variable retardée réduit l’échantillon d’une observation. Les AIC des deux modèles ne sont alors plus comparables.

Vérifiez Included observations avant toute comparaison. Si les effectifs diffèrent, réestimez le modèle le plus large sur l’échantillon du plus court.

Les transformations dans la spécification

EViews accepte des expressions directement dans le champ de spécification, sans créer de variables intermédiaires.

log(pib) c log(capital) log(travail)
d(chomage) c d(pib)
chomage c chomage(-1) croissance
y c x x^2
Écriture Effet
log(x) logarithme
d(x) différence première
d(x,2) différence seconde
dlog(x) différence du logarithme — taux de croissance
x(-1) valeur retardée d’une période
x(-1 to -4) quatre retards d’un coup
@trend tendance déterministe
@seas(q) indicatrice saisonnière
AstuceLes élasticités par le logarithme

Dans log(y) c log(x), le coefficient de log(x) est directement l’élasticité de y par rapport à x : une hausse de 1 % de x fait varier y de tant de pour cent.

C’est la raison pour laquelle les fonctions de production s’estiment presque toujours en logarithmes — et le coefficient devient interprétable sans calcul supplémentaire.

Les variables indicatrices

chomage c croissance dum2020

Une indicatrice se crée par une expression logique :

genr dum2020 = (@year = 2020)
genr crise = (@date >= @dateval("2008q3") and @date <= @dateval("2009q4"))
genr grande = (population > 1.5)

EViews attribue 1 quand la condition est vraie, 0 sinon.

AvertissementLe piège de la colinéarité parfaite

Avec quatre trimestres, on ne met que trois indicatrices en plus de la constante. Les quatre ensemble reconstituent exactement la constante, et EViews répond :

Near singular matrix

C’est le rang déficient : la modalité omise devient la référence, et chaque coefficient se lit par rapport à elle. Précisez toujours laquelle dans votre commentaire.

Après l’estimation

La fenêtre d’équation offre deux menus déterminants.

Le menu View

Capture 4 — le menu View d'une fenêtre d'équation Montrer le menu déroulant ouvert, avec les entrées Representations, Estimation Output, Actual Fitted Residual, Coefficient Diagnostics, Residual Diagnostics, Stability Diagnostics.
Entrée Ce qu’elle donne
Representations l’équation écrite en toutes lettres, coefficients substitués
Estimation Output retour à la sortie standard
Actual, Fitted, Residual le graphique des résidus — à regarder systématiquement
Coefficient Diagnostics tests sur les coefficients
Residual Diagnostics tests sur les résidus — chapitre 3
Stability Diagnostics ruptures et stabilité — chapitre 3
AstuceRegardez le graphique des résidus avant tout test

View → Actual, Fitted, Residual → Actual, Fitted, Residual Graph superpose la série observée, la série ajustée, et les résidus en bas.

Un coup d’œil suffit à repérer ce qu’aucune statistique ne dit d’emblée : une rupture au milieu de l’échantillon, une volatilité qui augmente, une valeur aberrante isolée, un motif cyclique dans les résidus.

Cette figure vous économisera souvent une demi-heure de tests mal orientés.

Le menu Proc

Entrée Effet
Specify/Estimate modifier la spécification et réestimer
Forecast prévoir — chapitre 4
Make Residual Series enregistrer les résidus comme série
Make Regressor Group rassembler les explicatives en groupe
Make Model créer un modèle pour simulation

Make Residual Series est indispensable : il crée une série que vous pouvez ensuite tester, tracer ou réutiliser dans une autre équation.

Tester une hypothèse sur les coefficients

View → Coefficient Diagnostics → Wald Test — Coefficient Restrictions

Capture 5 — la boîte du test de Wald Montrer le champ de saisie des restrictions avec un exemple du type c(2)+c(3)=1, et la sortie du test en dessous.

Les coefficients se désignent par c(1), c(2), dans l’ordre de la spécification — c(1) étant la constante.

c(2) = 0                    ' un coefficient nul
c(2) + c(3) = 1             ' rendements d'echelle constants
c(2) = c(3)                 ' deux effets egaux

C’est ainsi qu’on teste les rendements d’échelle d’une Cobb-Douglas : la somme des élasticités vaut-elle 1 ?

Exporter proprement

Importantfreeze fige un résultat
freeze(tab_reg) eq01

La commande transforme la sortie de l’équation eq01 en un objet table nommé tab_reg, qui ne bougera plus même si vous réestimez.

Sans freeze, une sortie recopiée dans Word ne correspond plus au modèle dès que vous modifiez quoi que ce soit — et personne ne s’en aperçoit.

L’objet figé se copie ensuite dans le presse-papiers par clic droit → Copy, avec l’option de conserver la mise en forme.

Pour un tableau de mémoire, sélectionnez la sortie, clic droit → Copy, puis collez dans Word en texte non formaté et appliquez une police à chasse fixe : l’alignement des colonnes est préservé.

En ligne de commande

ls chomage c croissance activite       ' estimer
ls(cov=white) chomage c croissance     ' ecarts-types robustes
eq01.wald c(2)=c(3)                    ' test de Wald
eq01.makeresid res01                   ' enregistrer les residus
eq01.results                           ' reafficher la sortie
freeze(tab1) eq01                      ' figer

L’option cov=white produit les écarts-types robustes à l’hétéroscédasticité — le sujet du chapitre suivant.

À vous

Sur n’importe quel jeu de données comportant une variable expliquée et deux explicatives :

  1. Estimez le modèle en niveaux, puis en logarithmes ;
  2. Comparez les deux S.E. of regression — sont-ils comparables ? Pourquoi ?
  3. Comparez les AIC en vérifiant d’abord Included observations ;
  4. Affichez le graphique Actual, Fitted, Residual et décrivez ce que vous y voyez ;
  5. Enregistrez les résidus par Make Residual Series.

Les deux S.E. of regression ne sont pas comparables : le premier s’exprime dans l’unité de y, le second dans celle de \log y.

De même, les R^2 de deux modèles dont la variable expliquée diffère ne se comparent pas — et chomage et log(chomage) sont deux variables différentes.

Cette erreur figure dans un grand nombre de mémoires. La règle : on ne compare des critères d’ajustement qu’entre modèles ayant la même variable expliquée et le même échantillon.

Ce qu’il faut retenir

Écriture ou commande Effet
y c x1 x2 spécification — le c est obligatoire
Included observations à comparer à votre effectif réel
Coefficient avant Prob. l’ordre de grandeur d’abord
S.E. of regression plus parlant que le R^2
AIC et Schwarz comparer — à échantillon identique
log(x), d(x), dlog(x), x(-1) transformations dans la spécification
genr dum = (condition) créer une indicatrice
k-1 indicatrices pour k modalités sinon Near singular matrix
View → Actual, Fitted, Residual à regarder avant tout test
Proc → Make Residual Series enregistrer les résidus
View → Coefficient Diagnostics → Wald tester une restriction
c(1), c(2) désigner les coefficients
freeze(tab1) eq01 figer une sortie avant de l’exporter

Le chapitre suivant met ces résidus à l’épreuve : tests de spécification — hétéroscédasticité, autocorrélation, normalité, stabilité.